CHAPITRE II
meax Sacchi doit improviser une pièce nouvelle ? Tout Venise s*y trouve, exœpté vous et moi.
— Hélas ! don Zanetto, mon père ne veut point que j'aille au spectacle, et le pire de Taffaire, c'est que mon futur mari, Marcan tonio, ne m'y conduira pas davantage quand je serai sa femme.
— Votre père est un tyran, et si j'étais à Totre place, je n'accepterais pas un mari comme ce ladre de Marcantonio. Je ne comprends pas que vous vous laissiez ainsi mettre en cage et molester.
— Hélas ! que puis-je faire, mon bon Zanetto?
— Ah ! Luigia, si vous n'aviez pas oublié le temps où vous me promettiez d'être ma femme et où je jurais de vous rester fidèle!... mais cela est sorti de votre mémoire.
— Je m'en souviens, au contraire, parfai-
36 LE IfOUTlL ALABDIN.
tement, cher Zanelto. C'était sur an tas de sable où nous avions coutume de jouer ensemble. J*avais dix ans pour le moins, et vous treize, à ce qu'il me semble. Mais depuis six ans je ne vous ai plus revu. Votre père s'est ruiné ; le mien vous a fermé notre porte, et il ne cesse de me répéter aux oreilles que vous n'avez pas le sou» que vous n'avez point d'ordre, et que vous menez la vie d'un vagabond. Il faut bien qu'une fille se marie le plus tôt possible. Marcantonio est laid, riche et avare. J'en aimerais mieux un autre plus beau, plus généreux, qui me permit d'aller au théâtre; mais où le trouver?
— Le voici! dît Zanetto en se frappant la poitrine avec l'emphase académique de son pays. Le voici, belle Luigia. Je n'ai jamais cessé de vous aimer depuis le jour du tas de sable. Ceux qui disent que mon père s'est ruiné ont raison; mais je prouverai que je