‹ Le nouvel Aladdin, suivi de FleurangesChapitre 41 sur 56 · CHAPITRE III. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. S

parce que je suis absent qu*on m'aime, et, si je voulais conserver cette bonne position, je devrais demeurer dans les bois, puisqu'on me rudoie aussitôt que je me montre. Cependant je suis trop galant homme pour me laisser prier, et demain je me rendrai à rinvitation de mademoiselle de la Noue et aux ordres de ma belle protectrice. »

Lorsqu'il parut dans le salon de la marquise, Fleuranges reçut un accueil plus gracieux qu'à sa dernière visite. Henriette, par un grand effort sur elle-même, lui reprocha son absence avec assez de douceur. Cette disposition bienveillante ne dura qu'un moment. Au premier mot que le chevalier prononça, la jeune personne répondit par une contradiction, au second par une attaque, et bientôt elle ne sortit plus du ton de la raillerie -, et tout cela était encore accompagné de petits airs si dédaigneux, que îleuranges en perdait contenance. Enfin,

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comme on parlait de la campagne, mademoiselle de la Noue déclara qu'elle voulait aller passer quinze jours chez une de ses amies, dans la vallée de Ghevreuse. Elle insistait pour obtenir de sa tante la permis^ sion de partir le lendemain, le jour même s'il était possible.

— Allez en Chine, si vous voulez, s'écria la marquise en colère ; ou plutôt dans une cellule pendant deux au trois ans. Voilà où je vous mettrai pour vous former le caractère. Et vous, M. le chevalier, ajouta la bonne dame, si vous vous plaisez dans les bois, ne les quittez plus pour cette petite sotte.

— De grâce, madame, dit Fleuranges, ne grondez point mademoiselle votre nièce à cause de moi . Je suis heureux qu'elle ait bien voulu me revoir ; c'est une marque de bonté dont je conserverai le souvenir, quand même je n*en tirerais pas d'autre avantage.

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~- Bon Dieu, ma tante, reprit Henriette, qu'aî-je donc fait de si méchant? J'aime la campagne. Il y a dans le jardin de mon amie des marguerites fort belles. J'en veux cueillir pour une garniture de robe en fleurs naturelles.

— Ma nièce, vous n'avez pas de cœur, et vous irez au couvent ; je vous en donne ma parole.

A peine Fleuranges fut-il dans la rue qu'il se sentit blessé de Tindifférence d'Henriette.

— Elle est belle, se disait-il, elle a de l'esprit, de la gentillesse, de l'originalité ; mais, quand elle serait dix fois plus séduisante, je ne veux pas aimer cette petite ingrate.

£n parlant ainsi, le chevalier passa devant une marchande de fleurs qui vendait des marguerites. Il s'arrêta pour en acheter, et mettait déjà la main à sa poche, lorsqu'il

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changea d'avis et s'éloigna brusquement en répétant :

— C'est une ingrate qui n'a point de cœur.

Le commandeur rencontra le soir madame de Polignac :

— Tout va mal, lui dit-il avec consternation. Ma nièce est intraitable.

— Gomment cela? répondit la duchesse; n'a-t-elle pas envoyé courir après Fleuranges ? C'est au contraire le jeune homme qui ne se conduit pas trop bien.

— Point du tout. Il a été tendre, galant, aimable autant que possible.

— Vous m'étonnez ! Galant, dites-vous?

— Parfaitement. Plut au ciel que ma nièce lui rendit autant de tendresse qu'il en montre pour elle.

— S'il en est ainsi, tout ira bien, car c'est de lui que j'ai peur et non de la jeune personne.

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