‹ Le nouvel Aladdin, suivi de FleurangesChapitre 43 sur 56 · FLEU RANGES · texte numérisé non relu

FLEU RANGES

Tavouer à un confident. Toutes les pensées d*Henriette étaient à son volage chevalier; cependant elle apprit avec un peu de surprise que pas un de ses adorateurs n'était venu pour la voir. Le commandeur entra dans le salon avec un visage sombre et décomposé.

— Encore une catastrophe ! murmura le bonhomme en jetant sa canne et son épée dans un coin.

— Une catastrophe ? Vous me faites frémir, mon oncle.

— Saint-André s'est brûlé la cervelle par amour pour toi, mon enfant. Il est pourtant triste d'être la cause de tous ces malheurs.

— N'y a-t-il pas encore quelque méprise? demanda Henriette.

— La chose n'est que trop sûre. Le pauvre garçon n'a fait aucun éclat. Il a prétexté des affaires en province, et il est allé se tuer à Saint-Gloud. J'ai voulu voir de mes yeux

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son tombeau dans le cimetière du viltoge. On Ta enterré à l'écart et sans dire une messe pour le repos de son âme. Gela est cruel ; j'en suis navré.

Les visites du matin suffirent pour confirmer la nouvelle. Chaque personne qui entrait chez la marquise débutait par ces mots :

— Savez- vous le malheur du pauvre Saint- André?

— C'est un événement affreux, dit Henriette ; j'en suis désolée, je rendais justice à l'esprit et au mérite du baron. Je prierai Dieu pour lui fidèlement chaque soir.

Ces paroles furent rapportées à Saint-André par un ami qui avait son secret; elles lui semblèrent d'un heureux augure. Une jeune fille ne pouvait, selon lui, prier chaque soir pour l'âme d'un homme bien fait, sans faimer dans le délai d'une semaine ou deux.

Personne, depuis huit jours, n'avait remarqué Fabsence de M. de Béville, lorsque la marquise s'avisa de s'informer de lui. Un ami officieux répondit qu'il était à la campagne, et on n'en parla plus.

Un matin, Fleuranges se rendait plus tard que de coutume chez sa maîtresse, en repassant dans sa tète les inconvénients d'une liaison avec une grîsette ignorante, à qui on ne sait que dire pendant des entrevues mortelleiuient longues. Arrivé chez Jeannette, il frappa plusieurs fois sans qu'on vînt ouvrir. La portière courait après lui, une lettre à la main.

« Mon cher petit chevalier, lui écrivait la grisette, vous êtes bien aimable. Je suis bien fâchée de vous quitter. Vous comprendrez qu'une pauvre fille comme moi ne pouvait pas refuser quatre mille écus. C'est une grosse somme. Avec cela, j'achèterai une métairie dans mon pays. Adieu. Pensez

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à moi quelquefois. Je me souviendrai toujours de vous. Je vous embrasse tendrement. A propos : j'oubliais de vous dire que c^est M. de Pïoyon qui me donne tant d'argent. II est fort généreux. Je me suis bien fait prier, je vous assure ; mais quatre mille écus ! Il me les a payés. Je les ai dans mon tiroir, la moitié en pièces d'or, le reste en argent blanc. Je suis bien contente.

Adieu. »

— Moi aussi, je suis bien content, s'écria Fieuranges. Ce bon Noyon ! il me débarrasse d'un grand fardeau.

Le chevalier retourna chez lui, chantant de tout son cœur comme un écolier en récréation. Le soir, en se promenant dans les couloirs d'un théâtre, il aperçut M. de Noyon et Jeannette par la lucarne d'une loge. Il posa sa tète à la place de la vitre qui était baissée :

— Je vous suis obligé, Noyon, dit-il en

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riant. Vous me rendez un service signalée Ayez soin de cette bonne fille comme elle le mérite.

Quand une femme se mêle de faire du bien à ses amis, elle y met toute son âme ; elle y applique son esprit avec suite et s'en acquitte souvent avec bonheur, toujours avec grâce et intelligence. Ainsi faisait madame de Polignac. Au milieu de son emploi et des fatigues du métier de favorite d'une reine, elle trouvait encore le temps de penser aux autres. Gomme elle estimait le caraclére de Fleuranges, l'envie de le servir auprès d'Henriette ne lui sortait pas de la tète. Un soir qu'on jouait à la cour ks Femmes Savantes, elle fut frappée du naïf dénouaient de la comédie :

— Voilà, se disait-elle, le moyen de marier mon petit chevalier, non pas en dessillant les yeux d'une Philaminte, puisqu'oa ne refuse pas de lui donner son Heuriette,^

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