CHAPITRE IV
mais en faisant naitre dans son cœur un bon mouvement comme celui de Glitandre. Nous verrons bien par là si les scrupules de délicatesse sont le véritable obstacle à son bonheur.
A peine la duchesse eut-elle conçu cette idée, qu'elle y ajouta ces accessoires d'artifice dont le beau sexe connaît à fond les ressources. Son thème fut préparé immédiatement pour la première visite qu elle recevrait de Fleuranges. Le chevalier arriva enfin, un peu déconfît de ses fautes et inquiet de ce qu'on pensait de lui.
— Votre longue absence ne m'a pas étonnée, lui dit madame de Polignac avec l'air le plus innocent du monde. Il était généreux devons tenirsur la réserve en face d'une fortune dix fois plus grande que la vôtre ; il est sage de vous retirer à présent. Vous n'êtes point assez riche pour prendre une femme qui n'a rien.
518 FLEl RANGES.
— Dequiparlez-vousdoiic?demandaFletiranges.
-- Quoi ! Vous ne savez pas ce qui arrive? Mademoiselle de la Noue est ruinée entièrement. On a vendu les biens que son père avait en Picardie, pour en acheter d*âutres. L'intendant de la marquise, chargé de rapporter d'Amiens toute cette fortune en argent comptant, n'a plus reparu, et Ton vient d'apprendre qu'il s'est enfui en Amérique. Ce misérable a laissé les affaires du commandeur dans un désordre abominable ; la famille de Champré découvre une foule d'infidélités et de dettes qu'elle ne soupçonnait pas ; ils sont tous réduits à la dernière extrémité.
La duchesse eut la cruauté de se lamenter avec Fleuranges pendant une demi-heure, et joua si parfaitement la compassion, qu'il s'en fallait de peu qu'elle n'eût les larmes aux yeux.