CHAPITRE IV
— Grand Dieu ! s'écria le chevalier, ils vont prendre mon silence pour un lâche abandon. Sans doute tout le inonde les délaisse, et ils me croiront aussi vil que les autres. Je veux aller les voir. Il me semble qu'on m'accuse, et chaque instant de retard aggrave mon crime.
— Attendez encore un moment. J'ai d'autres choses à vous dire.
Madame de Polignac écrivit à la hâte un billet au commandeur pour l'avertir de sa supercherie, et retint Fleuranges, afin que son messager pût prendre les devants.
— Pauvre jeune fille ! répétait le chevalier, si charmante, si accomplie, et ruinée tout à coup ! Passer ainsi de la plus heureuse position à la misère et à l'isolement ; car on n'ira pas même lui porter de stériles consolations ; ou, si l'on y va, ce sera pour insulter à son malheur.
— C'est affreux! répondait la duchesse
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en regardant sa pendule ; cette aimable fille avait bien raison de penser qu'on la recherchait pour son argent ; tous les prétendants ont déjà disparu.
— Les misérables ! ah ! du moins, il en reste encore un. Si elle voulait partager ma modique fortune...
— Vous l'aimez donc, chevalier?
— £h ! sans doute je Taime.
— £h bien ! allez. Il est temps à présent. Une action comme celle que vous voulez faire vaut un douaire de cent mille écus. Mariez-vous, je ne vous retiens plus.
Fleuranges partit. Il courut si vite qu'on avait à peine eu le temps de se préparer chez la marquise, et que la lettre de madame de Polignac brûlait encore dans la cheminée au moment où il entra dans le salon. Le commandeur n'osait ouvrir la bouche, de peur de mal jouer son rôle ; la tante se recueillait avant de commencer le sien ; Hen-
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nette pâlissait et rougissait trois fois en une minute.
— Mademoiselle, madame la marquise, cher commandeur, je ne vous apporte pas ces fades compliments de condoléance que tout le monde peut faire et qui ne prouvent rien. Sans savoir si mon chagrin doit adoucir ou augmenter le vôtre, je viens vous dire que vos revers de fortune me brisent le cœur. J'arrive bien tard, n'est-ce pas ? C'est aujoard'hui seulement que j'ai appris ce malheur.
Le bon commandeur avait déjà pitié de rémotion de Fleuranges :
— Tout n'est pas perdu pour nous , dit-il.
— Non, certes, interrompit la marquise en jetant un regard terrible à son beau-frère, tout n'est pas perdu, puisqu'il nous reste encore un excellent ami. Gela soutient et console. Nous nous retirerons à la campagne.
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dans le fond de quelque province, avec deux ou trois mille livres de rente.
— Trois ou quatre , dit le cotnmandeur. Je me porte bien malgré mon grand âge. Je rentrerai au service. Mais ma nièce , mon Henriette, qu'est-ce que nous ferons de toi?
— Il est certain, reprit la tante, que cela est cruel. Vous et moi, qui avons fini notre carrière, nous ne regretterons pas grand chose. C'est à dix-huit ans que les malheurs sont déplorables. Il ne faut plus songer à vous marier, ma nièce.
— J'entrerai en religion si vous le youlez, ma tante.
— En religion ! ^'écria Fleuranges. Désespérez-vous des hommes à ce point? Sommes-nous donc tous des cupides et des lâches ?^ 'êtes- vous plus aimable et charmante comme auparavant V Sans chercher bien loin, je ne serais pas en peine de vous désigner un gentilhomme qui donnerait son