‹ Le nouvel Aladdin, suivi de FleurangesChapitre 46 sur 56 · CHAPITRE IV. 5S · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 5S

sang, s'il le fallait, pour vous sauver de cette ruine complète; ou plutôt, comoie il sentirait combien ses vœux sont inutiles, je suis sûr qu'il s'offrirait avec ravissement à partager votre sort. Il ne possède qu'un petit bien, situé au bord d'une rivière, dans le plus joli lieu du monde. Sa mère vous adorerait, et il consacrerait le reste de sa vie à tâcher de vous faire oublier ce que vous avez perdu. Un jour , peut-être , si vous aviez quelque tendresse pour lui , vous ne souhaiteriez plus de rien changer à votre existence.

— Ma nièce, dit la marquise, que pensezvous de ceci ? Vous n'êtes pas dans des conditions à faire la petite bouche. Répondez vous-même à M. le chevalier.

— Monsieur, répondit Henriette en tremblant, si je connaissais ce gentilhomme dont vous parlez, et qu'il s'exprimât comme vous venez de le faire...

324 FLBVRANÏiBS.

— Eh bien? reprit la marquise, achevez donc. Faut-îl se laisser tant prier pour dire ce qu'on pense? Que les filles d*à présent ont le cœur loin des lèvres ! Bonté divine ! De mon temps, on nous aurait cousu le gosier que nous aurions bien su répondre à nos amoureux.

— Ma tante , ménagez-moi. Je vous ai dit le fond de mes pensées ; soyez mon avocat.

— Je le veux bien. Mon cher Fleuranges, dans ma jeunesse , on vous eût dit tout franchement : «£st-il possible, chevalier, que vous m*aimiez encore après mes bizarreries et mes caprices? Je ne sais quel démon, ennemi de mon bonheur, m'a toujours fait parler au rebours de mes sentiments ; mais cette fois au moins ma bouche sera d'accord avec mon cœur. Apprenez que je vous aime, et que je vous aimais dès le premier jour que je vous ai vu... »

CBAPITRE IV. 325

— Ah! ma taote!... dît la jeune fille en cachant son visage dans son mouchoir.

— Henriette! s'écria Fleurange^, est-ce bien là ce que vous pensez?

— Je n'exagère pas d'un mot , reprit la marquise. Allons , ma nièce , donnez votre main au chevalier ; ce n'est qu'un acte de justice.

Flenranges avait saisi la main qu'Henriette lui présentait timidement, et il la portait à ses lèvres , lorsque le commandeur, passant derrière sa nièce , la prit par la taille, et la jeta dans les bras du chevalier.

— Maintenant, dit le vieillard, embrassez aussi votre oncle, et, puisque vous voilà l'époux de notre Henriette, je pense que la dot ne gâtera rien. L'histoire de la banqueroute n'est qu'un mensonge.

— Oh ! quel mauvais comédien vous êtes, mon frère! dit la marquise.

tt NOIJVEt. AI.AODIN. 28

526 FtEDRARGES.

— Vons êtes sans pitié, ma sœur. N'avezvous pas de remords de laisser souffrir ce pauvre garçon? Çà, chevalier, que devient votre grisette?

— M. de Noyon me Ta enlevée.

— Que c'est bien à lui ! nous y gagnerons tous.

L'heure des visites du soir approchait.

Un carrosse entra dans la cour de l'hôtel, et la conférence fut interrompue par l'un des joueurs de whist qui faisaient d'habitude la partie du commandeur.

— Jouons au whist, reprit le bonhomme ; nos jeunes gens causeront ensemble pendant ce temps-là.

— Mais nous ne sommes que trois.

— Jouons toujours, il y aura un mort.

On dressa la table de jeu.

— Un mort! répéta le commandeur en soupirant. Ce mot me rappelle le malheureux Saînt-André. Je l'aimais assez. S'il vi-

Page 1