LE GRAND ESCALIER
Par la nouveauté de sa composition, l'habile agen : cernent de toutes ses parties, la richesse et l'éclat des matériaux employés, le grand escalier est assurément Tune des conceptions les plus remarquables du nouvel Opéra et de celles qui feront le plus d'honneur à l'architecte.
Le spectateur qui, entré par le pavillon des abonnés, arrive aux premières marches] du grand escalier, a devant les yeux l'ensemble décoratif le plus élégant et le plus pittoresque que l'on puisse imaginer. Les voûtes du palier central, les colonnes qui les soutiennent, construites en pierre de l'Échaillon, sont fouillées de fines arabesques, ornées d'attributs et d'ornements de toute sorte ; on voit se développer devant soi la première révolution de l'escalier aux marches de marbre blanc de Serravezza, bordées par une balustrade en onyx dont les balustres en marbre rouge antique reposent sur des socles de marbre vert de Suède. On voit de là, à travers les colonnes accouplées, scintiller le plafond en mosaïque vénitienne de l'avant-foyer, puis s'ouvrir les portes du foyer; plus haut l'œil s'arrête sur les sculptures des tympans, puis enfin sur les peintures du plafond. — Il y a dans cet ensemble un effet d'autant plus puissant que les galeries d'accès, étant rela-
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:!>se et rappelle n avait réalisé que par le dessin cette ar h tect u ne théâtrale. Les peintres sont 1rs premiers saisis : îr ces lignes harr. : lieuses et hars rji s arrangent - : : n pour des motifs à lîrures: aussi ap pellent-ils Garnier le Yéronèse des archîîecïes. On monte, on arrive à la hauteur du vestibule lie la façade : ici l'aspect est changé; on se retourne et l'on a devant soi la rampe centrale de l'escalier, les deux rampes qui montent aux première? lo?es et celles «jui descendent au vestibule circulaire. Les lignes de ces diverses rampes qui m croisent et se balancent d'une façon pittoresque attirent les regards et savent les charmer. De chaque
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côté un groupe de trois figures en galvanoplastie, œuvre de M. Carrier-Belleuse, supporte des appareils d'éclairage composés de divers bouquets de lumière que soutiennent les figures. Cette ingénieuse idée, qui
Entrée de l'amphithéâtre, des baignoires et de l'orchestre.
paraît bien simple, n'est pourtant venue à l'esprit de l'architecte qu'après de nombreuses études qui lui paraissaient toujours imparfaites. Celle à laquelle il s'est arrêté produit un charmant effet. En haut de la rampe,
M LE XOCVEf. OPÉRA.
à la hauteur du premier palier, des candélabres élégants animent la montée et font jouer leurs mille lumières sur les piédestaux et les rampes de marbre.
En face, une porte monumentale de grand goût et de grand air donne accès aux baignoires, à Eamphil li lire et à l'orchestre: cette porte, exécutée avec des marbres précieux et de belle harmonie, est décorée de deux cariatides en bronze, dont les draperies sont de marbre jaune et de marbre vert de Suède ; elles soutiennent un fronton au-dessus duquel deux enfants en marbre blanc s'appuient sur les armes de la ville de Paris. Ces diverses figures sont l'œuvre de M. Jules Thomas. Elles sont un curieux exemple de la sculpture polychrome jadis en faveur chez les anciens et font le plus grand honneur à l'architecte qui a voulu cet effet décoratif et au sculpteur qui en a tiré un si bon parti. Ces deux cariatides représentent la Comédie et la Tragédie: c'est M. Chrisloflc qui a exécuté les bronzes. (Juant à la marbrerie, comme toute celle de l'escalier, elle a été faite par MM; Drouet et Lozier.
A droite et à gauche de ce palier l'escalier aboutit par une double rampe à l'étage des premières loges.
A cet étage, tout autour de la cage de l'escalier, s'élèvent trente colonnes monolithes de marbre sarrancolin, aux bases et aux chapiteaux en marbre blanc de Saint-Béat. Du côté de l'avant-foyer ces colonnes sont accouplées par groupes de quatre; sur les autres faces, au droit de chaque colonne et sur le mur cor-
respondant, est placé un pilastre en fleur de pêcher ou en brèche violette. Ces colonnes et ces pilastres soutiennent les archivoltes des arcades de la voûte. Depuis Louis XIV, il n'y avait pas eu d'exemple d'une telle série de colonnes de cette dimension et ce n'est pas sans peine que Garnier a décidé les marbriers de Sarrancolin à faire les découvertes nécessaires à l'exploitation de pareils blocs. Mais à force de patience il a pu parvenir à ses fins, malgré les fâcheux pronostics qui ne lui faisaient pas faute et lui prédisaient un échec complet. Il est vrai que, pour trouver ces trente colonnes de près de cinq mètres de haut, il a fallu extraire plus de cinquante blocs et en rejeter ensuite vingt qui avaient des fils; ces colonnes, polies et taillées, ont été payées chacune quatre mille deux cents francs. Dans les tympans des arcades, douze médaillons de marbre jaune clair sont entourés de têtes d'enfants et d'ornements sculptés par M. Chabaud. L'ornementation de l'entablement est complétée par des incrustations de marbres de diverses provenances.
La voûte est percée par douze pénétrations en forme d'arcades correspondant aux arcades inférieures. Enfin cette voûte elle-même est décorée de quatre caissons d une dimension de quinze mètres sur cinq, où M. Pils a peint de grandes compositions représentant des sujets allégoriques.
L'entre-colonnement, qui du côté du foyer s'ouvre majestueusement jusqu'à la hauteur des arcades, est, sur les autres faces, relié à chaque étage par des
balcons qui, depuis les premières loges jusqu'aux cinquièmes, permettent de jouir d'une vue d'ensemble du grand escalier et d'assister à l'entrée ou à la sortie d'une foule élégante. Au second et au troisième étage, ces balcons sont en bronze. Au premier étage, ils avancent sur la cage de l'escalier par un encorbellement d'une courbe gracieuse, dont les balustres de spath fluor et les dés de marbres divers supportent une rampe en onyx d'Algérie.
Aux cinquièmes loges, ces balcons sont en marbre de Campan et en pierre de Saint-Ylie, et supportent des pots à feu destinés à éclairer la partie supérieure de cet escalier monumental.
Garnier a exposé en détail dans le Théâtre les théories d'où il déduit la disposition logique qui convient le mieux à l'escalier d'une salle de spectacle; qu'elles soient admises ou non, on doit reconnaître qu'en dehors de tout raisonnement, la pratique de son art a amené l'architecte de l'Opéra à composer un ensemble d'une grande majesté et d'un splendide aspect.
Au surplus, Charles Garnier a eu pour les escaliers une prédilection marquée. Il trouve dans ces motifs d'architecture des ressources imprévues, et il ne se contente pas, en agençant ses degrés et ses paliers, d'être un architecte et un constructeur; car, en môme temps qu'il dispose les pierres et les marbres, il sait, avec l'imagination d'un poëte et l'habileté d'un metteur en scène, faire agir les personnages qui doivent con-
courir à l'effet de son œuvre. Nous n'en voulons pour preuve que ce qu'il écrit à ce sujet dans son livre.
« .... A chaque étage, les spectateurs accoudés aux balcons garnissent les murs et les rendent pour ainsi dire vivants, pendant que d'autres montent ou descendent et ajoutent encore à la vie. Enfin en disposant des étoffes ou des draperies tombantes, des girandoles, des candélabres ou des lustres, puis des marbres ou des fleurs, on fera de tout cet ensemble une composition somptueuse et brillante qui rappellera en nature quelques-unes des dispositions que Véronèse a fixées sur ses toiles. La lumière qui étincellera, les toilettes qui resplendiront, les figures animées et souriantes, les rencontres qui se produiront, les saluts qui s'échangeront, tout aura un air de fête et de plaisir, et, sans se rendre compte de la part qui doit revenir à l'architecture? dans cet effet magique, tout le monde en jouira, et tout le monde rendra ainsi par son impression heureuse hommage à ce grand art, si puissant dans ses manifestations et si élevé dans ses résultats. »
La composition des escaliers du nouvel Opéra donnera raison à l'architecte, et tous les spectateurs s'empresseront de collaborer avec lui en circulant sur les degrés de marbre dont il a garni les spacieux vaisseaux qui les abritent. Alors, aux jours de grandes représentations, ce ne sera pas un spectacle moins curieux que celui de la scène, de contempler l'animation, le mouvement d'une foule élégante, se groupant sur les marches du grand escalier, et l'éclat des soies, des
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velours, des broderies, des diamants, se mêlant aux reflets de ces marbres, de ces onyx, de ces bronzes et de ces dorures.
En terminant cette description succincte de ce monument dans un monument, il est juste de ne pas oublier les artistes qui ont interprété avec tant de goût les dessins d'ornement de l'architecte. M. Choiselat a exécuté les sculptures de la partie supérieure de l'escalier à partir du niveau des premières loges. M. Corboz a exécuté toute la partie inférieure, et M. Chabaud a fait les têtes décoratives de tout l'ensemble. Quant aux candélabres, ils ont été fondus par MM. Lacarrière, D3latour et C,e, et par MM. Romain et Languerean.