AVANT-FOYER
L'avant-foyer, à chacune de ses extrémités, communique par un salon ouvert avec les corridors du premier étage de la salle. Le reste forme une galerie de vingt mètres de long, donnant d'un côté sur le grand escalier et de l'autre sur le grand foyer. Cette dernière partie est ornée de huit pilastres en marbre fleur de pêcher, portant des arcades dans le tympan desquelles des enfants, assis sur la corniche et soutenant des médaillons, ont été modelés par MM. Chevallier, Mathieu Meunier et Guitton.
Avant-f >jer.
Entre les pilastres se trouvent alternativement trois portes de sept mètres de haut donnant accès sur le grand foyer, et deux panneaux garnis de glaces. Sur les pieds-droits des extrémités sont appendus quatre médaillons en émail ornés de bronze, œuvre de M. Sollier, et représentant les instruments de musique de la France, de l'Italie, de l'Égypte et de la Grèce, entourés de feuillages typiques.
La voûte de l'avant-foyer, unique etbrillant spécimen en France d'un art décoratif, objet des prédilections de Garnier, est entièrement revêtue de mosaïques.
Garnier, dans son livre A travers les arts, a consacré un chapitre aux mosaïques. Il retrace leur histoire, aussi bien pour les mosaïques exécutées avec des fragments de marbre que pour celles qui se composent de pâtes vitrifiées. Les deux systèmes ont été employés à l'Opéra. Nous reparlerons du dallage des sols, en mosaïques formées de petits dés de marbre, noyés dans un enduit de ciment. La voûte de l'avantfoyer est exécutée au moyen de fragments de pâtes vitrifiées. Elle revêt toutes les surfaces, se modèle sur toutes les courbes, faisant partout scintiller l'or et miroiter ces tons chauds propres à la mosaïque seule et qu'aucun autre système de coloration ne saurait produire. La décoration se compose de quatre grands caissons dont les figures, de grandeur naturelle, ont été exécutées d'après les cartons de M. Curzon et représentent Diane et Endymion — Orphée et Eurydice — V Aurore et Céphale — Psyché et Mercure.
Ces caissons, encadrés de brillantes bordures, sont entourés d'ornements de toute sorte, où des instruments de musique, des animaux, des arabesques, produisent l'effet le plus varié. A l'extrémité de chaque
voûte, une inscription en caractères grecs épigraphiques rappelle les noms des artistes et des ouvriers.
En voici le sens :
La mosaïque décorative a été appliquée pour la première fois en France pour l'ornementation de cette voûte et la vulgarisation de cet art.
Les figures peintes par Curzon ont été exécutées par Salv ia ti , les ornementspar Facchina , V architecture est de Ch. Gamier.
Garnier, dans un rêve d'artiste, a en-
Orphée et Eurydice.
(Croquis de M. de Curson.)
trevu le moment où, la mosaïque ayant pris sa place dans l'architecture, « les fonds des corniches reluiront « de couleurs éternelles; les trumeaux seront enri- « chis de panneaux scintillants, et les frises dorées
MO XOUVKL OPÉRA. 9J
« courront le long des édifices revêtus de marbres et « d'émaux. » En attendant la réalisation, peut-être encore lointaine, de ces brillantes conceptions, la décoration d'une galerie tout entière, revêtue de mosaïques vénitiennes, est un fait accompli, et le nouvel Opéra a réalisé l'introduction de cet art décoratif à Paris.
Déjà, à la fin du dernier siècle, des tentatives de ce genre avaient été faites. Elles ne furent pas heureuses, et leur existence même pourrait être contestée si nous n'avions retrouvé récemment, par hasard, le prospectus de l'établissement qui fut fondé alors. Ce document, d'une excessive rareté, n'est pas sans intérêt pour l'histoire de l'art et nous ne pouvons résister au désir d'en reproduire une partie.