FAÇADE PRINCIPALE
Pendant l'exécution des travaux, l'ensemble des échafaudages de la façade avait été recouvert de cloisons légères, garnies de vitrages, à l'abri desquelles travaillaient les sculpteurs. C'était un aspect assez étrange que cette vaste enveloppe d'un ton neutre, présentant une surface de soixante-dix mètres sur trente environ, où miroitaient des milliers de carreaux. En bas, des affiches s'étalaient; à un coin, un bureau de tabac était installé dans un petit chalet.
Un jour, le 15 août 1867, les ordres furent donnés, la circulation aux abords de la façade fut interrompue, et une équipe de charpentiers et de menuisiers fit tomber à coups de hache les cloisons de volige, voler au hasard les châssis vitrés qui parfois s'émiettaient en tombant, mais qui pourtant, chose incroya-
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ble, résistèrent pour la plupart .à celte chute périlleuse. En moins d'une heure, quelques poutres seules restaient debout, et la façade, jusqu'alors voilée, apparaissait dans son ensemble majestueux.
L'aspect en était saisissant, l'impression fut très-
Cloiscnnage recouvrant les échafaudages.
vive, et Ch. Garnier eut la chance heureuse, (pie n'onl pas tous les arlisles, d'être violemment critiqué et d'être violemment défendu.
Cette façade, tant de fois publiée, est maintenant universellement connue. Notre gravure en donne fidèlement l'aspect ; mais ce qu'une gravure ne peut re-
produire et ce qui frappait alors pour la première fois les yeux du public, c'était la coloration du bâtiment, l'emploi des matières les plus diverses produisant un ensemble harmonieux. Au-dessus des marches du perron en pierre de Saint-Ylie, s'élève le rez-de-chaussée, en liais de Larrys, orné de ses groupes et de ses statues. Au-dessus s'étend la loggia. Les seize colonnes monolithes, en pierre de Bavière, ressortent sur un fond en pierre rouge du Jura. Au premier jour leur blancheur éblouissante tranchait d'une façon trop crue sur le reste, mais l'architecte savait bien que pour ces colonnes, comme pour d'autres parties de l'œuvre, le temps se chargerait d'adoucir les tons et de les ramener à la valeur juste, et dans son ouvrage A travers les arts, il avait déjà démontré que l'architecte fait les monuments , mais que c'est le temps qui les parfait. Ces colonnes sont reliées par des balcons en pierre polie de l'Échaillon portées par dcsbalustres en marbre vert de Suède. Elles sont accompagnées par dix-huit colonnes en marbre fleur de pécher aux chapiteaux en bronze doré de deux ors. Ces dernières colonnes soutiennent un rideau en pierre du Jura, percé d'œils-debœuf où sont placés des bustes en bronze doré et orné de consoles, simple motif de décoration qui ne remplit pas l'office de soutien (l'attique ne reposant que sur les colonnes principales), mais seulement celui de tenture polychrome, destinée à abriter la loggia et ses promeneurs.
L'attique est une des principales modifications ap-
portées à la conception originale. La première pensée de l'architecte avait été d'établir une terrasse au-dessus de la loggia. L'élévation des maisons voisines, leur peu de distance du nouvel Opéra imposèrent la nécessité de donner plus de hauteur à l'édifice, et d'élever cot attique. Le fond des sculptures de cette partie de l'édifice est incrusté de mosaïques dorées qui, selon les reflets du soleil ou par un beau clair de lune, animent l'ornementation de leurs reflets changeants, tantôt scintillant vivement, tantôt découpant à travers une sorte de transparence les arabesques et les figures. Plus haut règne, sur toute la façade, une rangée de masques antiques en bronze doré. Enfin audessus de bandeaux en marbre de brocatelle violette s élèvent, de chaque côté, les groupes également en bronze doré qui dominent les angles.
Tel est l'ensemble qui apparaît, varié, brillant, chaud, quand on se place à quelques mètres de l'édifice. En le regardant de plus loin, l'effet de la façade est complété par la coupole de la salle, dont le mur circulaire, percé d'œils-de-bœuf, supporte un couronnement entièrement revêtu de bronze orné de quelques sobres dorures Plus loin enfin s'élève, juste au niveau des tours Notre-Dame, le grand pignon de la scène, terminé de chaque côté par les Pégases de M. Lequesne et dominé par le groupe de M. Millet, qui représente Apollon élevant sa lyre d'or.
La réalité devant en toute chose se mêler à la poésie, celte lyre est surmontée d'une petite pointe à peine visi-
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ble qui fait office de paratonnerre et qui dirige convenablement le fluide électrique le long des flancs de la statue.
Groupe de M. Millet.
Les groupes en bronze doré de l'attique représentant V Harmonie et la Poésie sont l'œuvre de M. Gumery. Les masques sont la dernière œuvre de M. Klagmann,à qui l'on doit les figures de la fontaine Louvois. Les
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figures dos Trônions dos avant-corps, l'Architecture et l'Industrie tV un coté, fa Peinture et fa Sculpture de Faillir, ont été sculptées par MM. Petit et Gruyère. Celles
Groupe en bronze doré <le M. (iumery.
t|ui soutiennent les médaillons de ratiicjue sont de M. Maillet. Les sculptures d'ornement qui les entourent sont de M. Villeminot.
MM. Chabaud et Evrard ont été chargés de l'exé-
cution des neuf bustes en bronze doré des œils-debœuf de la façade, représentant :
Mozart, 1756-1791. Beethoven, 1770-1827.
Spontini, 1774-1851.
Auber, 1782-1871.
Rossini, 1792-1868.