FAÇADES LATÉRALES
Les façades latérales sont d'une ornementation plus sobre. L'emploi des marbres y est plus rare. Les balustrades des fenêtres sont, au rez-de-chaussée, en pierre de Sampan, au premier élage en marbre vert de Suède ; sous la corniche court un bandeau de marbre de Scrravezza, le cheneau est en bronze. Tout le reste est en pierre.
Pour se faire une idée exacte de l'étendue du nouvel Opéra, il faut se placer dans la rue Caumartin : de là on aperçoit à la fois par la rue Auber l'angle d'un des avant-corps de la façade, et par la rue des Mathurins la porte de l'administration. Ces deux points extrêmes sont distants de 166 mètres.
Bien que l'espace ait été ménagé autour de l'Opéra, on peut, à l'intersection des rues transversales, saisir l'ensemble des façades latérales. De là il es! facile d'ap-
précier le parti rationnel qu'a pris l'architecte d'indiquer pour In première fois dans un théâtre la division bien marquée de toutes les parties constitutives de l'édifice. L'avant-corps du bâtiment contenant les ves-
Sculpture de la corniche.
tibules et l'escalier est dominé par la coupole de la salle, que domine à son tour le grand mur de la scène s'élevanl a une hauteur de 47 mètres et produisant l eftet le plus majestueux. Au-dessous d'une sério de
Façade latérale. Pavillon du Chef de l'Ktat.
guirlandes qui décorent la frise sont placés des œils-dcbœuf dont les uns, pleins, sont garnis d'un fond de mosaïque, les autres, destinés à éclairer les étages supérieurs de la scène, sont fermés par un grillage en fonte représentant une lyre.
Celte partie du monument est, au dire des architectes
JL
Couronnement de la coupole <le la salle.
et des hommes compétents, fort typique et fort belle, et de fait elle a un aspect de grandeur qui saisit même les plus indifférents.
Parmi les obligations imposées par le programme, on demandait à l'architecte une entrée pour le Chef de l'État absolument distincte des autres services, et don-
liant accès, en montant un petit nombre de marches, au point le plus rapproché de la loge d'avant-scène. On demandait aussi une entrée à couvert pour les voitures du public. On demandait enfin que ces entrées fussent placées latéralement et en retraite de la façade principale.
Ces exigences ne laissaient pas que de créer d'assez grandes difficultés. Garnier s'en est tiré de la manière la plus heureuse en imaginant les pavillons, qui donnent un aspect si élégant aux façades latérales.
Du côté de la rue Gluck, le pavillon, percé à jour par de hautes arcades, offre une descente à couvert aux voitures de toute sorte, équipages de maîtres, voilures de remise ou simples fiacres. Cinq voitures à la
fois peuvent se ranger le long du trottoir d'accès. Il y a en tout cinq baies servant alternativement à l'entrée ou à la sortie. Grâce à ces dispositions, il suffira d'une consigne bien conçue pour assurer une circulation rapide.
Au surplus, celte question fort compliquée des descentes â couvert a été disculée sur tous les points dans le livre de Ch. Garnier, le Théâtre, et ceux qui liront ce chapitre pourront se faire une opinion raisonnée sur le parti adopté au nouvel Opéra.
Les entrées du pavillon sont ornées de deux grands lampadaires, dont le motif principal est un obélisque en marbre fleur de pêcher. La composition de ces ôdicules est des plus originales.
Le pavillon placé du côté de la rue Scribe, et qui
était destiné àl'entrée du Chef de l'État, est muni d'une double rampe qui permet aux voitures de s'arrêter dans le vestibule clos et couvert, situé à la hauteur des loges du rez-de-chaussée et d'où quelques marches conduisent à la loge de l'avant-scène.
Lôs cariatides placées aux entrées de ce vestibule sont dues au ciseau de MM. Élias Robert et Mathurin Moreau. Le fronton était orné d'une aigle aux ailes éployées , œuvre remarquable de M. Rouillard, et qui a été enlevée au mois de septembre 1870.
Chaque façade latérale est décorée de douze busics de musiciens, placés dans une niche circulaire dont le fond est revêtu de marbre rouge du Jura.
Ces bustes sont les suivants : à droite, Moule- Lampadaire des entrées latérales.
verde, Durante, Jomclli, Monsigny, Grétry, Sacchmi. (Sculpteur M. Walter.)
Lesueur, Berton, Boïehlieu, Ilérold, Donizetli, Verdi. (Sculpteur M. Bruyer.)
58 LE XOrVKL OPÉRA.
A gauche : Cambert, Campra, Rousseau, Philidor, Piecini, Paisiello. (Sculpteur M. [tasse.)
C/terubhù, Mêftul, Nieoto, Weber 7 Bellini, Adam.
Sculpteur M. Denéchaux.) Chacun de ces bustes est accompagné ^'un écus-
son où sont sculptées les armes de la ville natale du compositeur.
Aux extrémités des façades latérales, les trônions en banc royal sont ornés de figures qui personnifient la Comédie et le Drame (sculpteur M. Girard), la Science et Y Art (M. Maniglier), le Chant cl la Poésie (M. Cabet), la Musiqw et la Danse M. Ottin).
MM. Truphème et Sobre ont sculpté les ligures du fronton du Pavillon des
Abonnés. — Celles des frontons du pavillon de gauche ont été sculptées par MM. Pollet et Travaux.
statue lampadaire.
De chaque côté, l'enceinte périmétrique du bâtiment est déterminée par une balustrade en pierre polie de Saint-Ylie, avec baluslres en marbre bleu turquin
pale, placée à l'alignement des rues Gluck, Halévy, Auber, Scribe. Ces balustrades sont coupées par onze entrées de grilles de simple caractère ; elles sont surmontées de vingt-deux statues lampadaires en bronze, dues à M. Chabaud, et de huit colonnes en marbre bleu turquin foncé qui portent chacune trois lanternes.
Du côté gauche, dont la double rampe carrossable a modifié nécessairement l'aspect, deux colonnes rostrales en granit d'Ecosse, surmontées d'aigles, ornent l'entrée du pavillon.
On a pu admirer depuis plusieurs années le poli inaltérable de ces magnifiques granits. Ni le froid ni les brouillards ne peuvent les ternir. Il semble que les matériaux aien t leur tempérament d'origine comme les hommes.
Colonne rostrale porte-lanternes.
A voir ces granits du Nord restant intacts sous les températures les plus rigoureuses, pendant que les marbres italiens de la façade se ternissent, on pourrait croire que ceux-ci ont iroid en France; pourtant
cet effet ne dépend pas du milieu dans lequel se trouvent ces matériaux, mais bien de leur nature diverse. Les granits ont des immunités de durée que n'a pas le simple calcaire et les marbres extérieurs ne gardent pas plus leur poli à Rome qu'à Paris. C'est donc à l'architecte à se rendre compte des tons définitifs que doivent prendre les marbres et à les employer ensuite judicieusement. Si les marbres extérieurs conservaient leur poli pendant qife les pierres se teintent sous l'action du temps, il y aurait désaccord dans l'harmonie générale ; les cheveux blancs vont mieux à la ligure des vieillards qu'une perruque toujours noire.