DES ESCALIERS LATÉRAUX
Les escaliers latéraux, que j’appelle quelquefois aussi escaliers secondaires , conduisent à toutes les places de l’Opéra. Ils sont larges, commodes, à rampes nombreuses, à emmarchements réguliers ; ils ont enfin toutes les qualités utilitaires que l’on recherche chez les amis dévoués, et il semblerait qu’on dût les priser assez fort. Mais, hélas ! ils ont à lutter contre le conquérant qui s’est imposé avec la désinvolture d’un matamore : le grand escalier, et les pas qui le foulent à l’occasion sont des pas pressés, dédaigneux ou insouciants, qui se dirigent machinalement vers l’escalier d’honneur.
Pauvres petites rampes délaissées et incomprises, discrètes et résignées! j’ai grande envie de venir à vous et de protester contre l’oubli qu’on fait de vos mérites. A quoi sert dans le monde d’être réservé ? à quoi sert dans la vie d’être honnêtement utile ? Barnum l’emporte sur le modeste travailleur! la grosse caisse l’emporte sur la frêle musette ! Ht pourtant, douce musette, musette caressante, musette du printemps, de l’amour et des fraîches idylles, que de charme en tes murmures ! que de grâces en ta simplicité! Eh bien! toi, escalier latéral, eh bien!
vous, escaliers latéraux, ainsi que le susurrement du pipeau champêtre , tu émeus , vous émouvez doucement et gentiment qui ne vous dédaigne, et Ihaimonie qui se dégage de vos paliers en mosaïques et de vos colonnes de marbre est suave, tranquille et pénétrante! c’est le jour pur et calme sous le soleil de l’automne ; et non le jour éclatant et brutal sous les rayons d’été, qui semble scintiller et s’épanouir parmi les girandoles du grand escalier de l’Opéra !
O modestie ! ô timidité! ô pudeur juvénile! combien votre force ignorée et méconnue est grande! combien les amoureux, les artistes et les rê.veurs la préfèrent souvent aux splendeurs exubérantes et aux tumultueux jaillissements de l’imagination !!!
Vous savez, si je continue ainsi sur ce mode lyrique, il est bien évident que je vais trouver tout à 1 heure que le grand escalier est une monstruosité, que son architecture est celle d’un parvenu, et que sa vaniteuse outiecuidance artistique le fait seul préférer à ses timides voisins!... Mais je ne continuerai pas; car si j’aime les mélodies discrètement charmeresses, je ne deteste pas non plus les symphonies un peu bruyantes et largement rhythmées ; si donc je viens à vous, aimables escaliers de côté, si donc je viens rêver doucement sur vos blancs degrés, ne me forcez pas à décrier et à renier le vaisseau briM'ant de la rampe d’honneur lorsque, de vos emmarchements, je l’aperçois à travers les arcades, faisant miroiter ses marbres et étinceler ses lumières. Fout homme est un composé de sentiments contraires ; il est à l’occasion timide ou brave, amoureux ou sceptique, nigaud ou spirituel, modeste ou vaniteux ; il n’y a que les momies qui
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ne changent pas d’impression. Je puis donc vous aimer fort, chers escaliers latéraux ; mais n’exigez pas pour cela que je dédaigne le grand vaisseau central de l’Opéra! D’ailleurs, si votre discrète apparence sert à faire paraître plus somptueux votre chef de file, la somptuosité de celui-ci sert à faire mieux comprendre votre discrétion ; au lieu de ,vous nuire mutuellement, vous vous portez secours, et devez faire aussi bon ménage que la marche de la Juive et le solfège de Panseron !
C’est convenu; eh bien, je puis maintenant dire que si, dans ces escaliers latéraux, le détail est pour quelque chose dans l’effet, le parti de composition y est pour presque tout, et que ce parti-là est venu à mon esprit, comme tout ce qui vient à la pensée, un peu accidentellement. Dans le premier projet, le projet de concours , j’avais mis en cet endroit des escaliers de forme circulaire ; sans grand raisonnement , il est vrai ; mais à peu près parce que ça faisait bien en plan. Il ne faut pas trop se moquer de cette façon de composer; car il arrive souvent que ça fait bien en plan parce que la disposition est bonne, et que l’image n’est agréable que parce qu’elle est raisonnable; mais il y a des exceptions, et les escaliers circulaires en faisaient partie. Ils auraient pu être à leur place dans un monument ayant de grandes hauteurs d’étage, parce que le développement des rampes eût pu se concilier avec les hauteurs de montée ; mais dans un théâtre, où les planchers des loges sont inévitablement assez voisins les uns des autres, un escalier établi sur un plan circulaire assez développé dépassait le but en ce que, contrairement à ce qui arrive souvent dans un avantprojet, on montait trop; puis on arrivait du côté opposé
aux couloirs, puis il fallait un grand palier inutile; puis les escaliers ronds ont des marches désagréables du côté du collet; puis enfin, cette grande niche, qui était bonne à voir en plan, aurait fait bien mauvais effet en élévation. Tout cela me tracassait un peu et je cherchais à trouver autre chose, tournant malgré moi autour de la pensée première et arrivant plutôt à modifier un peu la donnée primitive qu’à faire quelque chose de neuf; quand un dimanche matin, l’idée de faire des rampes droites, revenant à mi-chemin sur elles-mêmes, me jaillit au cerveau, sans que rien m’y ettt préparé. Ce fut un éclair que cette idée-là! Je courus tout de suite à l’Opéra, où mes inspecteurs devaient venir comme ils en avaient l’habitude, et je fis part de mon invention à Louvet, à Jourdain, à Le Deschault et à ceux qui se trouvaient là et qui furent immédiatement saisis de l’excellence de ma trouvaille. Vous voyez que je ne farde pas mes paroles et que je ne cherche pas à diminuer l’importance de ma découverte! C’est qu’en efi'et si elle est vraiment bonne, logique, si elle donne un motif heureux, bien pondéré, bien harmonieux, elle est venue d’ elle-même, sans que je puisse m’attribuer d’autre mérite que celui d’avoir reçu inconsciemment de la capricieuse déesse Imagination un de ces petits chocs étranges qui amènent les idées à la cervelle. Quand on étudie avec soin quelques parties de son art, avec du travail, de la patience et de la volonté, on arrive toujours à un résultat assez satisfaisant, et l’on peut, sans trop s’en faire accroire, prétendre au titre d’artiste consciencieux; mais quand un parti quelconque, une composition heureuse vient se présenter à votre esprit, il ne faut se considérer que comme un intermédiaire entre l’instigateur in-
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connu de l'idée émise etl’expression pratique de cette idée. On dit bien, il est vrai, que les bonnes pensées ne germent que dans les bons terrains; c’est possible; mais le terrain fût-il encore meilleur, il serait toujours infertile si la semence n’y était pas jetée. Pour la satisfaction de mon amour-propre, je veux bien admettre que ma cervelle n'était pas tout à fait improductive ; mais pour rendre hommage à la vérité, il faut bien que je constate que la graine est venue sans que j’y pense, occupé que j’étais à fouiller dans des sacs remplis d’ivraie, et loin de me douter du bon épi de froment qui venait me germer au front, au milieu de mes glanes de mauvaise qualité.
Comme tout cela en somme vous réduit à peu de chose ! comme on se sent petit près de ces éclairs de pensées qui ne viennent pas de vous et comme on voit que pour vous faire oublier un peu tout cela les hommes ont eu bien raison d’inventer ce que l’on appelle le mérite, le talent, la supériorité et voire même le génie! Chacun prend une petite part dans cette distribution-là et finit pars’imaginerqu’il a inventé de lui-même ce que Dieu avait mis dans les phosphates et les albumines qui composent son corps! Ne pensons pas à cela; on deviendrait non pas seulement modeste et timide, mais même découragé et insouciant. Ayons encore un peu de foi en nous si nous n’avons plus guère foi dans les autres ; disons-nous qu’après tout la supériorité entre les hommes n’est qu’affaire de pure comparaison et qu’il n’est pas défendu d’être roi dans le royaume des aveugles !...
Admettons donc, si vous voulez, que j’ai mon petit banc à la cour, pardon, à la présidence de la république des arts, et que les escaliers latéraux m’ont aidé à monter
jusque-là. Eh bien, je m’y installe commodément sur ce petit banc; j’en fais comme un piédestal de rencontre, et de là je vais défendre ma position en disant à qui veut l’entendre que, si les escaliers latéraux n’occupent que la seconde place dans la Rome de l’Opéra, ils pourraient bien occuper la premièi*e dans le Landerneau des auties théâtres.
Tenez! ne trouvez-vous pas un grand charme à regarder les rampes légères qui se jouent parmi les colonnades? Ces gentilles petites gaines qui portent des lampes ne vous semblent-elles pas toutes gracieuses et toutes aimables? Cette délicate ferronnerie qui s’appuie sur les degrés ne vous parait-elle pas bien arrangée et d’un bon dessin? Et ces chapiteaux de métal, qui surmontent les fûts de granit ou de jaspe, n’ont-ils pas bonne apparence? Si vous êtes justes et sincères, vous serez de mon avis, et ne chercherez pas à renverser mon petit banc; et puis remarquez combien est logique cette dégradation de force et de couleur qui se voit dans les colonnes de support. En bas le granit, puis le jaspe, puis le marbre, puis la pierre d’Échaillon rose, puis jaune, puis blanche ; le robuste en bas, le léger en haut; le fonce au depait, le clair au sommet ! Vraiment, tout cela est combiné à merveille et ça serait un de mes confrères qui aurait inventé tout cela que je dirais : « Ah ! sapristi! comme il a du talent! » 11 est bien entendu que ce talent-là est toujours celui dontje parlais plus haut, et qui n’est qu’une convention faite entre les hommes, pour avoir le plaisir de dauber sur ceux qui ne font pas partie de la confrérie.
Vous voyez bien que je ne cherche pas a lutter avec Artaban, et que c’est par simple courtoisie envers moi-
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même que je fais des courbettes aux escaliers latéraux; mais je ne voudrais pas non plus lutter avec la violette, et ce n’est pas non plus sans quelque plaisir que je soulève le voile qui cache tous mes mérites. Ainsi je ne suis pas fâché de dire que la construction des rampes ellesmcnies est ingenietise et nouvelle, que les chapiteaux de fonte polie sont une heureuse idée et que les petits bancs qui accompagnent les gaines font bon effet à la vue. Il est vrai que la fonte polie s’oxyde facilement et qu’après avoii lutte deux ans pour vaincre la rouille, j’ai été forcé de peindre les chapiteaux en ton de fer, sauf ceux du grand étage, et que si les bancs de pierre sont agréables à la vue, ils sont un peu froids pour ce qui s’assied dessus. Ah! dame, Vutile dulci est chose difficile à mettre toujours en pratique, et il faut s’estimer heureux quand Yutile se trouve d’un côté et quand de l’autre se trouve le dulci !
C’est dans le chapitre spécial aux marbres que je donnerai des détails techniques et pratiques sur les colonnes des escaliers latéraux ; car, comme ces détails excluent un peu la fantaisie, ils feraient peut-être étrange ffguie dans ces articles ou l’art, le sentiment et le laisseraller se montrent tant bien que mal; il vaut donc mieux ajourner ces choses sérieuses, ayant un certain intérêt général, et me laisser simplement finir ce que je disais des escaliers secondaires, en me laissant croire que si j en pense du bien on ne pensera pas du mal de moi.
Ainsi soit-il !
Lorsque la façade principale de l’Opéra fut découverte, tous ceux à qui elle déplaisait, et ils n'étaient pas absolumentrares, et avec qui j’avais occasion de parler, me disaient ; n Ah ! ce sont vos façades latérales qui sontbellesi c’est simple, c’est grand, et ça vous fait honneur. « C’est ainsi que l’on dit à la maman d’une petite fille laide ou bossue : Comme cette fillette a de beaux yeux ou a de jolies oreilles! Ça signifie clairement : elle ne louche pas, elle n’a pas les oreilles de Midas; mais, mon Dieu, quelle vilaine petite guenon vous avez là!
Vous comprenez donc bien que je ne me laissais pas tout à fait prendre aux compliments, et que je trouvais fort impertinents ces éloges qui ne cachaient qu’un blâme. J’ai gardé de cette impression une certaine rancune aux façades latérales, et je leur en veux encore un peu du rôle de dérivatif qu’elles ont joué. Pourtant, je ne voudrais pas les bouder toujours, et aujourd’hui que j’ai à parler d’elles, je sens que le sentiment de la justice est bien capable de l’emporter sur ma mauvaise humeur. D’ailleurs les temps sont changés : la façade principale a moins de détracteurs que jadis, et l’occasion se perd de me jeter au nez les autres façades en guise de consolation.
Parlons donc avec équité de ces façades', et puisque, paraît-il, elles sont recommandables, ne montrons pas un trop mauvais caractère en n’étant pas de l’avis des autres. Vous voyez que je fais là un sacrifice d’amour-propre, et j’espère que vous me saurez gré si je trouve maintenant que les anciens admirateurs des façades latérales et des pavillons avaient raison lorsqu’ils m’en disaient les louanges.
J’ai cependant un peu oublié les points principaux qui les avaient touchés. Etaient-ce les fenêtres du premier étage ? cela se peut, car elles sont bien étudiées. Etaient-ce les arcades du rez-de-chaussée? c’est possible, car elles sont de bonnes proportions. Etait-ce l’ensemble du second étage, avec ses occultis et ses bustes ? Je ne dirai pas non ; car cela se tient bien et fait un bon couronnement, quoique les pilastres-consoles soient quelque peu vulgaires d’étude. Etait-ce enfin l’ensemble général de la construction, avec ses bons rapports de pleins et de vides? Ma foi, cela peut bien être; car les oppositions des baies et des trumeaux sont fort réussies. Mais tout cela ne forme qu’un doute et je suis vraiment embarrassé pour dire au juste ce qui plaisait à tout ce monde! Moi qui voudrais tant être du même avis qu’eux, j’ai peur de marcher à côté et de louer ce à quoi on ne pensait pas I J’ai grande envie de trouver tout bon! de cette façon, les intéressés pourront choisir à leur gré, et je ne blesserai personne. Et dites maintenant que je ne suis pas sage et modeste et que je ne sais pas écouter la vox populi?
Et pour les pavillons que faut-il faire? m’engager dans la corporation des claqtieurs bénévoles qui les ont vivement applaudis ? Le fait est, entre nous, qu’ils ne sont
pas mal du tout, ces deux pavillons-là. Mais, entre nous aussi, il faut dire que ce n’est pas trop difficile à faire et qu’il faudrait être bien maladroit pour ne pas réussir des motifs qui peuvent avoir toutes les proportions imaginables. C’est là une particularité des formes circulaires, qu’étant moins rigides que. les formes rectangulaires, elles laissent au sentiment plus de liberté et à la critique moins de prise. Oui, j’entends bien, vous me parlez des colonnes, qui sont, elles aussi, de forme circulaire! ça’ dérange un peu ma théorie ; mais ce qui est écrit est écrit, et sophisme pour sophisme, j’aime autant celui-ci qu’un autre, et je pourrais citer à l’appui les proportions diverses et toutes harmonieuses de la Halle au blé, du Tombeau de Cecilia Metella, du Pavillon de Hanovre et de toutes les tourelles trapues ou élancées de l’époque du moyen âge ; oui, décidément, mon sophisme est un axiome, et si les pavillons de l’Opéra sont d’une bonne apparence, c’est qu’ils ne pouvaient en avoir une mauvaise !...
Mais ce qui pouvait être mauvais et qui ne s’en est pas fait faute , c’est l’arrangement du derrière des frontons de ces pavillons! Par suite de divers aménagements d’écoulement d’eaux ; par suite de la difficulté qu'il y avait en exécution de donner à ces frontons une épaisseur égale à celle du contre-fort à pilastre qui les soutient sur leurs profils, je me suis arrêté à couvrir en plomb les dessus de ces frontons et à leur donner une épaisseur insuffisante. Cela ne se voit pas de face ; ça se voit assez peu de profil; mais ça se voit fort bien, trop bien, de trois quarts et àtine certaine distance. Alors le toit paraît dégingandé, le fronton à la fois maigre et lourd, et l’arrangement de tout cet ensemble est assez mal combiné. J’ai bien vu
cela dès que la chose a été découverte; mais c'était construit et fini, et ma foi, lassitude d’un côté, indécision de l’autre, j’ai laissé tels quels ces malheureux frontons qui me désespèrent chaque jour, lorsque je passe dans leur voisinage, C’est vraiment une punition assez forte pour ma faute, et comme elle se renouvelle à tout instant, je crois bien que j’aurai mérité amplemement l’absolution. On n’a imposé souvent qu’un Pater et qu’un Ave pour pénitence de fautes plus grosses que la mienne, et cela fait, ces fautes pardonnées ne sautent plus à l’esprit avec la persistance de celle dont je m’accuse en ce moment.
Je vous dirai aussi que bien que les lucarnes du couronnement soient d’une bonne silhouette et d’une assez ferme composition, elles sont un peu lourdes et pataudes, et que la forme de l’œil-de-bœuf qui fait le jour de ces lucarnes est molle et assez peu distinguée. Les griftbns pourtant ont un assez bon caractère ; mais ça ne suffit pas à donner plus de délicatesse au motif de couronnement des pavillons.
Quant aux proues sculptées au-dessus des arcades d’entrée et de sortie de la descente à couvert, elles sont d’une apparence bien pesante et d’une exécution bien imparfaite. Je pourrais bien, si je voulais, en rejeter la faute sur le sculpteur ornemaniste qui a modelé et exécuté ce motif, mais je m’en garderai bien. Comme je me plais à me considérer comme entièrement responsable des ornements composés et sculptés à l’Opéra et que je les trouve presque partout de bonne allure et de bonne qualité, je n’ai pas envie, pour me désintéresser de deux ou trois motifs un peu médiocres, de délaisser la paternité de toutes les compositions ornementales de l’Opéra. Ce
serait métier de dupe et comme si je refusais de payer 10 centimes pour ne pas recevoir une centaine de louis. Je ne renie donc pas ma dette au sujet des deux proues formant clef d’arcade; mais je conserve ma créance sur tous les ornements disséminés dans tout l’édifice.
11 est évident que ma prétention ne s’étend pas jusqu’aux statues de toutes sortes qui entrent dans la décoration du monument et que je laisse aux sculpteurs la responsabilité qui leur appartient. C’est donc aux statuaires qui ont sculpté les frontons et les cariatides des façades latérales et des pavillons que revient tout l’honneur de leur travail, et l’on peut féliciter directement Elias-Robert, Follet, Travaux, Gabet, Mathurin Moreau, Maniglier, Sobre, Truphème et Girard de leur composition et de leur exécution.
Hélas ! en écrivant ces noms au courant de la plume, je m’aperçois que les quatre premiers n’ont plus de félicitations à recevoir! ainsi que Carpeaux, que Gumery, que Perraud, ils sont morts dans la force de l’àge et du talent, et c’est presque un article nécrologique que j’écris en écrivant aujourd’hui ces fascicules ! Et cela va continuer ainsi ; car il est assez probable que les autres sculpteurs , que les peintres et que même l’architecte finiront un jour ou l’autre par disparaître de notre monde, de sorte que de tous ces vaillants artistes (pardonnez-moi si je me mets dans la catégorie) il ne restera peut-être plus que leurs œuvres ! Avouez que vraiment cette perspective est un peu dure, et qu’il faut avoir une conscience bien forte pour travailler pour des héritiers qui seront toujours ingrats ! J’ai bien cherché s'il y avait des moyens de s’opposer à ces catastrophes finales; mais je n’ai pas
encore trouvé, et le mieux est toujours de croire à Tàme immortelle ! Si cela se passe ainsi, ce qu’il faut bien espérer, je me promets un jour, en compagnie de mes collaborateurs de 1 Opéra, de mettre l’oreille aux écoutes afin de savoir si dans quelques milliers d’années les ruines de notre théâtre, illustrées par un Guide-Joanne de l’avenir, auront le privilège que l’on accorde aux ruines, celui de les préférer à toute édification nouvelle !
En attendant les paroles qui se prononceront dans ce temps-là, il faut bien faire attention à celles qui se prononcent de nos jours; c’est pour cela que j’ai commencé ce chapitre en me préoccupant des mots qui m’avaient été dits a propos des façades latérales de l’Opéra, et que je le finis en me préoccupant de ceux qui pourront se dire encore sur un brave monument qui fera, j’espère, son chemin sous la protection de la patine que le temps y dépose chaque jour !
Puisque j’ai parlé des pavillons, quelques mots sur la descente à couvert; cela est plus que suffisant pour une partie du monument qui ne comporte pas un chapitre spécial, du moins dans cet ouvrage, car le chapitre a été déjà fait autre part et a compris une grosse question qui n’a pas encore été résolue, celle de l’emplacement logique et pratique de ces descentes à couvert. Je ne peux pas toujours en écrivant par ici renvoyer à ce que j’ai écrit par là; ces fascicules n’ont pas été faits pour servir de réclame à mon livre sur le Théâtre, et si je le cite encore aujourd’hui, c’est par pure paresse et pour ne pas recommencer dans ces pages une discussion certainement utile, mais qui a été assez développée.
D’ailleurs, ceux qui me lisent en ce moment montrent
une certaine confiance en moi puisqu’ils veulent bien s’intéresser à mon style irrégulier et à mes idées un peu prime-sautières ; eh bien, pourquoi deviendraient-ils méfiants si je leur recommande une lecture qui fait le complément de celle qu’ils entreprennent? Je le relis bien quelquefois moi-même, ce livre du théâtre, et si je le trouvais ennuyeux, soyez bien certain que je le laisserais bien vite de côté! Mais, loin de là! quand l’occasion se présente pour moi de parcourir quelques-unes de ces pages sincères, je me vois là-dedans rempli de jugement et de raison !
Vous dire que je n’en suis pas étonné, je ne le ferai pas; car à force d’entendre dire que les artistes ont plus de sentiment que de bon sens, j’en viens à croire aussi que j’ai moins de logique que d’imagination, et c’est surprise agréable, je vous l’avoue, de constater que si je fais assez bon ménage avec la folle du logis, je ne divorce pas non plus avec la judicieuse Minerve. Telle est, du moins, ma façon de penser, et comme elle me fait plaisir, laissez-moi donc cette illusion.
Or donc, quand vous aurez lu la discussion sur les descentes à couvert en général, je n’aurai plus rien à vous dire en particulier sur celle de l’Opéra, qui est établie d’après les principes que j’ai développés, sauf peut-être de vous prier de regarder la voûte et les candélabres qui en sont les seuls points à signaler. L’indication est laite maintenant, je puis clore ce chapitre.
DES SCULPTURES DE CHABAUD
Si je consacre un chapitre ou plutôt un titre à l'œuvre de Chabaud, ce n’est pas pour revenir sur ses mérites et faire à nouveau la nomenclature des nombreux travaux qu’il a exécutés à l’Opéra. Je laisse de côté la question de qualité et de quantité, en me bornant seulement à dire que le talent et le nombre vont de compagnie dans les productions de mon ami Chabaud.
Ce qui fait que je détache un peu ce statuaire des autres, c’est que sa collaboration m’a apporté tant de facilités dans l’exécution , que je voudrais insister sur ce point que, dans la construction des grands édifices, il y aurait toujours avantage à diminuer le nomljre des collaborateurs et à placer sous une même direction des œuvres d’art le plus souvent disséminées en plusieurs mains.
C’est là une question qui offre sans nul doute des difficultés dans la pratique et qui ne pourra, je crois, être maintenant résolue dans le sens qui me semble le plus convenable ; mais le principe de la concentration limitée n'en est pas moins excellent, et sans le pousser à outrance, il faudrait au moins s’en servir le plus possible. Il est évident qu’au point de vue de l’harmonie seulement, les édifices gagneraient si les décorations picturales ou
sculpturales d’un ensemble étaient de la même pensée et de la même main, et personne ne mettra en doute que si les peintures qui s’exécutent actuellement au Panthéon étaient toutes du même artiste, elles ne présenteraient pas les dissonances de tonalités qui vont avoir lieu quand, à côté de Puvis de Cliavanes, vont se trouver placés des Bonnat ou des Laurens. Remarquez bien que je ne parle pas du talent des artistes: je les suppose tous hors ligne; je parle seulement de leurs tempéraments divers, qui les empêcheront de produire une œuvre collective ayant la tenue et la coloration égale dérivant d’un seul sentiment.
En mettant de côté les difficultés inhérentes à ce genre de productioji unique, on doit convenir, je le suppose, que le principe de l’unité est certes plus sauvegardé dans un cas que dans un autre, et comme dans un monument la question d’unité a souvent une extrême importance pour l’aspect général, il est positif qu’on doit rechercher, autant que faire se peut, l’application de ce principe d’unité.
Mais ce n’est pas tout encore, et indépendamment de cette harmonie générale désirée et désirable, il est encore un autre point qui n’est pas à dédaigner pour l’architecte : celui du grand secours effectif que lui procure l’association continue d’un artiste qui s’incorpore plus intimement avec votre pensée. Sans vouloir faire de comparaison blessante, on pourrait dire que l’artiste qui ne fait qu’un tableau ou qu’une statue pour un monument, est comme une femme de ménage qui balaye la chambre, fait le lit et s’en va à d’autres affaires ; tandis que l’artiste qui tient à 1 édifice par des attaches plus nombreuses , est comme la bonne à tout faire, qui ne quitte pas la maison et s’in-
DES SCULPTURES DE CHABAUD
téresse à elle. La femme de ménage dit, en parlant de ses travaux : Je cire les bottes de Monsieur, ou je brosse les jupons de Madame; mais la domestique attitrée et attachée dit en parlant de sa besogne : Nous avons fait ceci et nous ferons cela! Dans le premier cas, occupation accidentelle ne formant pas de liens bien serrés ; dans le second, occupation continue, amenant souvent à l’intétérét de la chose commune.
Si les artistes me pardonnent cette comparaison un peu triviale, et qu’ils veuillent bien pour un instant ne pas s’en formaliser, ils reconnaîtront certainement que, pour celui qui fait une seule statue, le monument où elle doit être placée ne le préoccupe guère, tandis que s’il devait décorer toute une salle, il ferait de son mieux pour s’entendre avec l’architecte qui lui fournit un grand cadre, qu’il doit grandement remplir.
Donc vous avez, je suppose, sous la main, et vivant de la même pensée que vous, un jteintre ou un statuaire qui considère l’édifce comme étant sa propre maison. Ehbien, chemin faisant, lorsque mille petits détails de forme ou de coloris viennent à se présenter devant vous lors de l’exécution, vous trouverez dans cet artiste un collaborateur assidu et dévoué et suivant bien votre voie. Tous deux alors, vous arrivez, en mettant chacun de votre art, à triompher des difficultés renaissantes et à produire ces multiples détails qui tiennent entièrement à la composition de l’édifice. Ainsi, pour Chabaud, par exemple, qui a passé dix ans avec moi à l’Opéra, je le trouvais toujours prêt, lorsque quelque motif nouveau venait à se produire, à m’aider de son habileté et de sa hardiesse de main. Que ce fussent des amours, des bustes, des mascarons, des
tètes, devant se montrer seuls ou s’enchevêtrer avec des ornements, je demandais Chabaud, qui, en un instant,
. esquissait ce que je proposais et l’exécutait ensuite pres-
tement, et dans les conditions décoratives qui devaient convenir àl édifice. Lorsque, ce qui arrivait fréquemment, les sculpteurs ornemanistes avaient à inscrire dans leurs modèles quelques tetes ou quelques masques, au lieu de leur laisser l’exécution de ces parties importantes, je la confiais immédiatement à Chabaud, qui travaillait avec ( 1 un ou avec 1 autre avec le même entrain, la même cer-
titude de formes et le meme sentiment d’arrang'ement qu’il a à un si haut degré.
Grâce à lui, grâce à ce sculpteur faisant quasi-partie ! . de 1 agence des travaux, toutes les têtes ornementales de
l’Opéra n’ont pas le caractère vulgaire de ces sortes de niascarons a nez épatés que les ornemanistes modèlent si fréquemment, et qui ont le don de m’irriter. Oui, vraiment, lorsque je vois des rinceaux délicats, des guirlandes légères, des cartouches élégants, modelés avec charme, avec talent, et qu’au milieu de ces gracieuses compositions se détachent ces têtes sans caractère, mal dessinées, mal coiffées, j’en viens presque à regretter le grand mérite des ornements, puisque ce mérite ne sert qu’à faire ressortir encore plus puissamment les mauvaises figures qui y prennent place !
Cette infériorité générale des figures décoratives vient de ce que les statuaires de talent ne veulent guère condescendre à faire à peu près le métier d’employé chez un confrère d’une catégorie artistique moins élevée que la leur, et que force est donc aux ornemanistes de s’adresser à des sculpteurs de talent secondaire. Mais lorsqu’un
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statuaire de valeur est, pour ainsi dire, attaché à un édifice, il se préoccupe de tout ce qui a rapport au monument , et trouve presque autant d’importance à une modeste figure qu’à un groupe de grande dimension. 11 ne lui semble donc pas déchoir en mettant son talent au service de ce monument, et tel qui eût refusé de se mettre à la remorque d’un sculpteur ornemaniste, collaborera volontiers avec une demi-douzaine d’entre eux lorsqu’il sera stimulé par l’intérêt général de l’édifice. 11 verra alors que son devoir est de ne laisser aucune partie incorrecte et qu’en somme, si on peut faire du grand art en composant un frontispice de temple, on peut aussi faire de l’art fort élevé en modelant, dans un caractère convenable, un mascaron ou une tête de chimère.
Si donc chaque monument avait de cette façon quelque peintre ou quelque statuaire en faisant presque partie inhérente, il n’y aurait plus de détails négligés ou de tonalités regrettables, et l’association complète de l’architecte, du sculpteur et du peintre, amènerait à un résultat bien plus puissant et bien plus harmonieux que celui auquel on peut aspirer en commandant seulement une compagnie d’hommes d’élite, mais ayant tous une arme différente .
Un bon général, il est vrai, serait celui qui choisirait ses soldats dans des corps de même allure, et de cette façon il arriverait sans doute à faire aller du mêjne pas la troupe qu’il dirigerait; mais ça n’est pas toujours facile à recruter ainsi, et l’on préfère parfois réunir de vaillants tirailleurs, marchant à peu près à- l’aventure, que composer un bataillon ayant une belle uniformité. J’ai bien cherché, quant a moi, à mettre côte à côte des artistes de mêmes
tendances, et en général je ne pense pas qu’à l’Opéra il y ait grand antagonisme entre les diverses productions de mes collaborateurs. Cependant je n’ai pas su toujours agir ainsi, et il faut avouer que je n’ai pas cherché ou du moins trouvé une grande parité de sentiment lorsque j’ai placé sur la façade le groupe de JoufFroy et celui de Carpeaux! Mais il ne s’agit pas de moi en ce moment ; je tâche seulement de montrer les avantages qu’il y a pour l’architecture à être faite pour ainsi dire en participation perpétuelle avec des sculpteurs et des peintres, et si j’ai fait comme tant d’autres en ne mettant pas en pratique une théorie si utile, c’est que cela n’est guère facile à faire et qu’il faut compter avec bien des oppositions et même avec bien des injustices pour aller jusqu’au bout du procédé.
11 faut reconnaître, en effet, que ce qui, au temps de la Renaissance italienne, permettait à quelques artistes d’élite de se charger d’immenses travaux de peinture et de sculpture dans les monuments, c’est que ceux qui alors portaient réellement le titre de maîtres, étaient beaucoup moins nombreux que ceux qui peuvent maintenant, sinon se prétendre peintres, au moins aspirer à ce titre ; mais en revanche, ceux qui s’honoraient d’être les eleves des premiers, étaient plus nombreux que ceux qui aujourd’hui veulent accepter franchement cette appellation. Ces élèves , alors nourris dans les traditions de leurs maîtres, confondaient le plus souvent leurs talents particuliers avec celui qui était la marque distinctive de l’atelier qu’ils suivaient, et cette espèce de soumission aux procédés et aux sentiments de celui qui les conduisait, amenait forcément à ce qui constituait une école, c’est-à-dire presque une formule
DES SCULPTURES DE CHABAUD
convenue , que chacun appliquait à peu près sans hésitation et sans récrimination. De cela il résultait que le maître chargé d’un grand travail pouvait obtenir et obtenait en effet aide efficace de ses nombreux élèves, et que, quelque grande que fût la besogne, elle arrivait toujours à bonne fin. Je parle, bien entendu, des peintres féconds, comme les Véronèse, les Dominiquin , les Lanfranc, les Raphaël même; mais il va sans dire que j’excepte les compositions grandioses et développées en elles-mêmes comme, par exemple, celles de la chapelle Sixtine, et que si j’indique un des procédés suivis lors de l’exécution de travaux considérables, je ne puis poser cette règle en principe immuable.
Cependant, il est réel que, dans certains cas très-fréquents, cette adjonction d’élèves de valeur aux maîtres dirigeants a permis à ceux-ci de produire des œuvres plus nombreuses qu’ils n’auraient pu le faire livrés à leurs seules forces. Aujourd’hui cet état n’existe plus : peu d’élèves gardent intactes les leçons du professeur, et le désir de se produire un peu hâtivement fait que ces élèves, encore loin d’être parfaits, préfèrent courir à la renommée en produisant des œuvres signées de leur nom, qu’en travaillant incognito pour un autre artiste, si grand qu’il soit! 11 n’y a guère qu’en architecture où cette aide est presque indispensable, parce qu’il s’agit là souvent de choses à répéter ou tout au plus à interpréter, que les jeunes travaillent pour les plus avancés dans la carrière. Mais il ne faut pas leur en faire un trop grand mérite ; car il est rare qu’un architecte puisse produire avant d’avoir quelques cheveux blancs, et leur abandon du métier de dessinateur et de commis ne leur servirait
pas à grand’chose pour illustrer leur nom. D’ailleurs, comme peu à peu les ateliers de peintres et de statuaires particuliers ont été délaissés pour les ateliers officiels, il n’y a plus entre les maîtres et les élèves cette communauté d’idées qui existait jadis : le respect, la reconnaissance sont déjà bien affaiblis envers ceux qui, au lieu d’être librement choisis, et qui voulaient bien vous accepter dans leurs écoles, ne sont plus guère maintenant que des professeurs payés par l’État et n’ayant plus grande influence morale sur les jeunes gens, ceux-ci considérant l’enseignement qu’ils reçoivent d’eux comme un droit absolu.
11 ne faut pas trop exagérer le sentiment d’ennui que peut causer un tel changement de procédés ; il est devenu presque fatal avec les nouveaux règlements scolaires, et je ne pense pas que les élèves de maintenant aient une nature moins affectueuse et moins généreuse que ceux des temps passés; mais si on ne peut blâmer les gens de subir une modification j>resque inévitable, on peut toujours la regretter un peu, et constater en tout cas que cette rupture du lien qui autrefois réunissait le maître et les élèves empêche en certains cas ceux-ci de devenir les aides de ceux-là. Je dis en certains cas, car, grâce à Dieu, il se trouve encore quelques braves écoliers de valeur, qui, à l’occasion, se dévouent de tout cœur à 1 œuvre de leur patron. Lenepveu fut de ceux-là avec M. Picot. Clairin en fut également avec Pils lorsqu’il refit presque toute la peinture de l’escalier de l’Opéra, et d’autres feraient certainement de même à l’occasion.
On voit par lesr éticences que j’apporte dans l’exposition de ces faits, que l’on ne peut guère accuser spéciale-
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ment telle ou telle cause de l’effet produit ; mais s’il y a un peu d’enchevêtrement dans toutes ces causes-là, il est bien évident que la manipulation pratique des arts n’est plus maintenant ce qu’elle était autrefois, et que de grandes différences se sont accusées.
De plus, il est souvent difficile à un architecte, voire même à une administration, de restreindre les commandes à quelques élus seulement, alors que tant d’artistes de talent ont des titres pour être également choisis. On éparpille donc les commandes, ou on en diminue l’importance pour les rendre plus nombreuses, et l’on va de ce fait et fatalement à l’encontre de ce principe dont je soutenais l’excellence, celui de la concentration et de l’unité.
Et pourtant, qui oserait franchement se plaindre trop haut de ce nouveau genre de distribution? La grande peinture et la grande scuplture ne sauraient trop être encouragées au détriment même des productions secondaires de ces arts, et s’il y a en France en ce moment abondance de grands artistes, faut-il, dans l’intérêt S23écial d’un édifice, retirer à une partie de cette brillante phalange le moyen de se montrer au jour et de produire des œuvres remarquables?
C’est là la question délicate qui ne peut, du reste, être résolue d’une façon brutale. Ce ne sera que peu à peu, si on croit devoir pratiquer la réforme, que l’on pourra réduire le nombre des artistes choisis pour décorer les monuments ; de sorte que je m’aperçois qu’après avoir écrit tout ceci, j’arrive presque à conclure autrement que je n’avais commencé. N’importe ! il me semble qu’il n’est pas inutile de remuer un peu ces idées, ne fût-ce que
pour engager plus apte, plus éloquent et plus persuasif que moi à les étudier à son tour. Mais, quoi qu’il en soit, je puis au moins dire encore qu’il est désirable dans l’intérêt décoratif des édifices, que les artistes qui doivent l’orner de sculptures et de peintures soient en nombre assez limite, et que j’ai pu en faire l’expérience en confiant à Baudry le soin de décorer une seule salle, et à Chabaud celui de modeler toutes les têtes décoratives du nouvel Opéra.