‹ Le nouvel Opéra de ParisChapitre 13 sur 145 · UN TAN · texte numérisé non relu

UN TAN

D'ÉRDACOUSMIOUERDENCAERSAELE

Je vais faire comme font la plupart des gens; je vais parler de ce que je ne connais pas. Ce n’est cependant pas de ma faute si l’acoustique et moi n’avons pu nous entendre. Autant que cela m'a été possible, j’ai fait une cour assidue à cette science bizarre, parente du chien de Jean de Nivelle; mais, malgré mes assiduités, je ne suis, au bout de quinze ans, guère plus avancé qu’au premier jour.

J'avais pourtant appris jadis dans quelques livres et dans quelques cours de physique que les sons se propageaient de telle et telle manière et que les cordes vibraient de telle et telle façon. J'avais vu, sur des plaques de métal touchées avec un archet, de petits grains de sable qui s’arrangeaient suivant des figures déterminées, et je savais que l’air était le véhicule ordinaire des sons. Je reconnaissais même la différence qu'il y a entre les instruments à cordes et les instruments à vent; bref, j'étais de la force de presque tous les bacheliers ès sciences et, comme tous les étudiants forts en X, je m'imaginais que tous les phénomènes de la nature étaient expliqués par une formule.

Lors donc qu'il s’agit pour moi de mettre en pratique les données pédagogiques que je possédais sur l’acousti-

que, cela me parut de la plus grande simplicité, et je ne doutais pas que, les formules aidant, je n’arrivasse bien vite à trouver par À + B la meilleure forme à donner aux salles pour les rendre sonores.

Cependant, j’eus beau chercher dans mes cahiers, j'eus beau feuilleter dans tous les livres, j’eus beau m’entretenir avec les savants, je ne trouvais nulle part la règle positive qui devait me guider; tout au contraire, Je ne rencontrais que des données contradictoires. Je sais bien que l’exception confirme la règle ; mais dans ce cas il y avait tant d’exceptions que la règle n’existait plus et qu’on la cherchait en vain au milieu des si, des mais et des car. Je voyais bien que les livres absolument scientifiques laissaient la question pratique à peu près de côté; je voyais bien que les ouvrages dits spéciaux étaient, comme les politiques, divisés en groupes opposés; je voyais bien enfin que les Allemands voulaient ceci, que les Italiens voulaient cela, que les Français demandaient autre chose et qu’en somme tout le monde avançait sa théorie particulière avec preuves censées à l'appui, sauf peut-être sur le seul point, dont j'ai parlé déjà, de salles longues et étranglées; et encore que de divergences d’opinions!

J’ai étudié tout cela avec conscience pendant de longs mois, j'ai lu les ouvrages dans les langues que je savais ; je me suis fait traduire ceux publiés dans les langues que je ne connaissais pas; j'ai causé avec celui-ci, discuté avec celui-là, et je suis arrivé, après toutes ces études, à découvrir ceci : c’est qu’une salle, pour être sonore et avoir un timbre agréable, devait être longue ou large, être haute ou basse, être en bois ou en pierre, ronde ou carrée, avoir des parois rigides ou capitonnées, pas-

DERPCACOUSTIQUEUVDE LASALLE. 183

ser sur un cours d’eau ou être bâtie en plein sol, avoir des saillies ou être complétement nue, être chaude ou glaciale, vide ou remplie de monde, sombre ou éclairée; j'ai appris que quelques-uns voulaient que l’on y plantät des arbres, que d’autres voulaient qu’on la fit toute en cristal, que d’autres encore prétendaient que la neige était le meilleur conducteur des sons et qu’il fallait garnir les parois de neige factice (?) et que d’autres enfin, revenant au principe de Vitruve, demandaient que l’on plaçât quelques casseroles au dessous des banquettes!

Tout cela me donnait assez à penser, et je voyais que vraiment j’aurais bien de la peine à en sortir. Je pris alors bravement mon parti et je me dis que, puisque les livres me laissaient dans l'incertitude, ce que j’avais de mieux à faire était de chercher moi-même ces lois introuvables, et, ne pouvant découvrir le moyen infaillible de passer de la théorie à la pratique, il fallait que je passasse de la pratique à la théorie.

Me voilà donc suivant cette idée, parcourant toute l’Europe en compagnie de Louvet, mon inspecteur et mon ami, entrant dans toutes les salles de spectacle, écoutant si elles étaient sourdes ou sonores. Nous allions en haut, nous allions en bas, nous allions au milieu, demandant souvent l’opinion de quelques artistes ou de quelques directeurs ; puis nous relevions le plan de la salle lorsque nous ne le possédions pas, nous notions le genre de construction, l’âge du bâtiment et enfin les petits détails qui pouvaient avoir une importance quelconque. Tout cela fait, mis en notes, les échos reconnus, les sonorités entendues, les salles mesurées, nous passions à d’autres, faisant le même travail ; de sorte que, tant et si bien, nous

sommes arrivés à ausculter ainsi un certain nombre de salles et des plus connues, en Italie, en Allemagne, en France, en Espagne, en Angleterre, en Écosse, en Belgique, en Scandinavie, etc., etc.

Nous avions donc là une statistique exacte, et il était permis d'espérer que quelques lois se dégageraient de cette foule d'observations ; mais point. Tout cela mis en ordre, étudié, comparé, arriva à nous donner comme résultat une incertitude certaine. Cette salle de telle forme était sonore; cette autre de forme identique était sourde; ici, c'était le bois qui paraissait devoir être le meilleur; là, c'était la maçonnerie. Deux salles absolument semblables et construites de même façon étaient absolument différentes comme résonnance. Écho par-ci, silence par-là, timbre vibrant d’un côté, timbre étouffé de l’autre ! et tout cela sans ordre, sans principe, sans continuité ! Le hasard paraissait avoir seul participé à ces cabrioles acoustiques, et je me trouvais aussi dépourvu de guide qu’un homme qui met un quine à la loterie! Et encore, en cherchant un quine, on se souvient qu’on a rêvé chat ou rêvé chien, et on espère un peu dans quelques fétiches; tandis que moi, j'avais beau rêver, je ne voyais que le cauchemar de toutes ces salles qui vibraient à mes oreilles en formant un affreux charivari.

Voilà où j'en étais et voilà, hélas! où j’en suis encore! Je ne demandais pas mieux que d’apprendre quelque chose ; mais j'ai eu tant de professeurs différents que je n'ai jamais pu parvenir à les mettre d'accord, et j’ai lu tant de grammaires diverses que je ne sais même pas encore le genre des noms. Cela ne prouve pas, il est vrai, que toutes ces grammaires ne soient pas excellentes et

que tous ces professeurs ne soient pas très - savants ; mais Ça prouve au moins que lorsqu'on veut enseigner une langue à quelqu'un, il ne faut pas lui parler en même temps turc, chinois, arabe, indien, grec et polonais.

Il ÿy a pourtant des gens qui paraissent de bonne foi et qui pensent que tout cela est fort clair; ces heureux illuminés sont bien près de mépriser de pauvres diables comme moi, qui n’y voient goutte, et j'ai déjà reçu sur les ongles de certains pseudo-savants ayant à ce qu’il paraît le don de se diriger dans les ténèbres. Je veux bien croire que ces esprits favorisés sont réellement convaincus de leur science et qu’en réalité l’acoustique est pour eux le pont aux ânes. Que voulez-vous? je n’ai pas trouvé le moyen pour passer même à côté; mais je voudrais bien Savoir si ces doctes personnes, qui ont trouvé le moyen infaillible de passer dessus, sont arrivées jusqu’au bout. Je vois bien leurs théories, je vois bien leurs préceptes, je vois bien ce qu'ils conseillent, mais je ne vois tout cela que d’une façon un peu arbitraire, et rien ne me dit que si on les écoutait, on arriverait sans mécompte au résultat qu’ils préconisent. Il n’est pas difficile de prècher la guerre quand on ne se bat pas, et je sais des gens qui ont des principes bien arrêtés sur la façon de nager ; mais qui se noieraient bien vite si on les mettait à l’eau. Tout ce que disent ces croyants de l’acoustique doit être d’une vérité absolue, puisqu'ils l’affirment; mais n'importe! si je ne craignais de copier une annonce de la quatrième page des journaux, je mettrais en lettres capitales : « JE DONNE CENT MILLE FRANCS à qui Construira une salle qui, à

priori, sera la meilleure des salles connues et à qui pourra

dire d'avance la qualité des résonnances, l'intensité des sons et les effets des vibrations. »

Enfin, tout est possible ; je ne puis nier la compétence des gens qui se déclarent formellement si compétents; je ne puis que regretter mon ignorance, et Si je n’ai pas la prétention de prouver que l’acoustique, appliquée aux salles de spectacle, est une science absolument indécise, j'ai au moins la liberté de dire que, quant à moi, je n’y comprends rien. Je n’ai pas l’outrecuidance d'offrir mon timide avis à ceux des chroniqueurs ou des feuilletonnistes qui ont la science infuse; j'ai seulement celle de déclarer mon incompétence et de dire mon ahurissement au milieu de toutes ces théories opposées.

Je laisse donc le champ libre pour l’avenir ; je veux même espérer que quelque jour 1l sortira la vérité de ce chaos, et ce jour-là je mériterai bien d’être malmené pour mon audacieux scepticisme; mais en attendant que la lumière se fasse, je reste dans mon obscurité, allant à tâtons, marchant à l’aveuglette, et n'ayant qu’un seul guide ou plutôt qu’une seule espérance : le hasard.

Ne croyez pas cependant que ce soit de gaieté de cœur que je me laisse ainsi aller à l’inconnu. Il est tou jours assez pénible de se sentir mené sans savoir où l’on va, et si j'ai abandonné tous les petits jalons que j'avais cherché à mettre sur ma route, c’est qu’au lieu de me guider, tous ces petits piquets, plantés sans méthode, ne servaient à autre chose qu’à me faire trébucher quand je les rencontrais. J’ai fait alors place nette ; je me suis accroché à la grande corde du ballon l’Zncertain, qui gambadait devant moi, et, fermant les yeux, je me suis laissé entrai-

D'ERLACOUSTIQUE?DENLATSALLE. 187

ner en me demandant si j’arriverais au bout du chemin ou si je tomberais dans une fondrière.

Eh bien ! je suis arrivé.

Je suis arrivé, et c’est ce qui m’a permis de dire que je m'étais laissé aller à la dérive. Je suis arrivé, et c’est pour cela que je puis avouer le peu de part que j'ai prise à mon heureux voyage.

Voyez, si par malheur la salle de l’Opéra avait été mauvaise, voyez combien j'aurais eu mauvaise grâce à mettre ce résultat sur le compte du hasard! Personne n'eut cru à ma sincérité et l’on n’eût vu dans ma déclaration qu’un moyen assez malhonnète d'échapper à ma responsabilité. Cela eût été vrai pourtant et je n’aurais pas eu, en conscience, à encourir plus de blâme en échouant que je n'ai de mérite pour avoir réussi! mais puisque, grâce au ciel, la salle est excellente, cela me met fort à mon aise pour dire que je n’y suis absolument pour rien, etsije me félicite plus que personne de cet heureux résultat, jai encore assez de loyauté pour ne pas laisser croire que je suis un architecte étonnant et pour lequel la science n’a plus de secrets!

C’est bien convenu, n’est-ce pas? je suis en dehors de cette grosse question de l’acoustique, et vous me permettez de dire alors que la salle du nouvel Opéra, du moins pour ce qui touche au chant, est non-seulement fort bonne comme résonnance, mais que probablement même elle est la meilleure en sonorité de toutes les autres salles de spectacle.

Si vous n'êtes pas de mon avis, eh bien, rappelezvous que cela se passe en dehors de moi et discutez avec ceux qui valent la peine d’être battus en brèche.

Je ne suis pas un très-grand musicien; mais il n’est pas besoin d’être un célèbre virtuose pour avoir des oreilles, comme il n’est pas indispensable d’avoir écrit les Oraisons funèbres pour savoir lire dans un journal. J’ai donc des oreilles suffisantes en qualité pour pouvoir juger si un son est fort ou faible, pur ou chevrotant, aigu ou velouté, et c’est au moyen de cela que tout simplement j'aurais apprécié la bonté de la salle, si je n’avais eu l’occasion fréquente d’être entouré par des gens dont la profession est d’avoir l’ouie délicate et le sentiment musical développé; c’est tout le personnel chantant de l’Opéra, voire même les directeurs passés et présents, ainsi que les professeurs, les accompagnateurs et les dilettantes de la maison.

Toutes ces personnes-là sont en général fort polies, et il est présumable que si elles avaient été mécontentes elles auraient caché ce mécontentement sous des paroles gracieuses ; car à l’Opéra il faut naturellement être bien élevé ; cela rentre dans les traditions ; mais j'aurais toujours découvert sous ces aimables paroles l’impression particulière et intime, et je me serais bien vite aperçu des réserves que chacun pouvait faire ?n petto. Mais il n’en a pas été ainsi, et ce ne sont pas seulement des compliments à forme banale que tous les artistes de l'Opéra m'ont adressés ; mais bien des félicitations chaudes, senties, vraies, et qui allaient même jusqu’à l'émotion et à la reconnaissance! Il n’y a pas eu une note discordante dans cette appréciation de ceux qui étaient le plus intéressés à la sonorité de la salle, et depuis le soprano le plus aigu jusqu’à la basse la plus profonde, depuis le premier sujet en vedette jusqu’au dernier et modeste choriste, la nou-

DESRBACOUSDIQUEMDEI PASSALLE. 189

velle salle a été reconnue non-seulement parfaite, mais bien supérieure même à l’ancienne salle, dont chacun pourtant vantait les grandes qualités acoustiques.

Rappelez-vous toujours que je ne suis pour rien dans ce concert d’éloges, que je porte seulement les reliques, et laissez-moi continuer en vous disant que, de la déclaration formelle des chanteurs, ceux-ci sentent leurs moyens vocaux se développer avec grande abondance et que la fatigue qu'ils éprouvaient, lorsqu'ils chantaient dans des salles de dimensions même restreintes, est pour ainsi dire nulle lorsqu'ils chantent dans la nouvelle salle, si vaste et si étendue.

J'aurais bien pu, et rien ne m'était plus facile, demander à tous ces artistes que j'ai l'honneur et le plaisir de connaitre depuis déjà longtemps, j'aurais pu, dis-je, leur demander à chacun un petit mot constatant leur impression personnelle sur les qualités de sonorité du vaisseau de l'Opéra, et nul doute que je n’eusse eu là une suite de compliments ou de remerciements qui eussent édifié le public sur la valeur réelle de l’acoustique. Mais toutes ces lettres, tous ces billets, que j'aurais publiés à la queue leu-leu, m’eussent fait penser à toutes les cures de la renalescierendumBamyptnt 2117, "M'mFaure, déclare la salle exquise; n° 7122, M" Carvalho la déclare adorable; n° 8121, MM. Gailhard et Villaret ne connaissent rien qui lui soit supérieur, etc. J’ai eu peur naturellement de toutes ces félicitations numérotées, et je me contente de dire que tout le monde a été satisfait et trèssatisfait ; c’est le principal. Cette unanimité de sentiment ne vaut peut-être pas le dire d’un abonné qui a change de loge ou d’un critique qui n’a pas reçu son service ;

mais que voulez-vous? je ne puis donner que ce que j'ai; c’est-à-dire l’assentiment général de vaillants artistes, qui, pourtant, ne sont pas toujours d'accord sur des points moins importants. Si l’on ne trouve pas cela sufisant, je m'en laverai les mains, en pensant que le hasard sertautant dans les jugements humains que dans les lois de lacoustiquels

Il paraïitrait pourtant, du moins à ce que prétendent un ou deux mécontents, que l’orchestre de l’Opéra ne résonne pas tout à fait assez. Je ne sais trop à quel point il faudrait que l’intensité arrivât pour assourdir les spectateurs; mais enfin il se peut que quelques personnes, ayant l'oreille un peu dure, trouvent que les chanterelles ne font pas assez de bruit. Comme je ne me constitue pas juge en la question, je ne puis que signaler ce fait à M. le directeur de l'Opéra, que l’on accuse d'économiser les altos et les violons. Ce qu’il y a de bien certain, c’est que les cors et les bassons, lorsqu'ils s’y mettent, font un assez joli tapage et que les pistons et les trompettes semblent s’en donner à cœur joie. Ce n’est pas tout à fait de ma faute si la sonorité de ceux-ci éteint un peu la sonorité de ceux-là, et il y aurait peut-être moyen d’arranger l'affaire en augmentant le nombre des instruments à cordes ; je parle bien entendu dans l’intérêt de ceux qui se plaignent, et ce n’est guère n1 le public ni les chanteurs ; mais enfin si on peut contenter tout le monde, je je n’y vois guère d’inconvénient.

Enfin ce que je demande là, en compagnie de plusieurs, parait assez logique; car si l’on tient à entendre le bourdonnement d’une mouche, il ne faut pas tirer en même temps une salve d’artillerie ; mais je crois, soit dit

DEMACOUSTIQUE DESLANSALLE. 191

sans froisser personne, que si un architecte dispose un emplacement pour des musiciens, il doit laisser le chef d'orchestre libre de la proportion de ses divers intrumentistes. C’est donc bien timidement que j’émets cette idée : que l’on pourrait essayer de donner quelque renfort aux violons, et comme j'ai dans l’idée que dix exécutants font plus de bruit que cinq, il est possible que grâce à ce renfort les modestes violons soient moins dominés.

Il y a au surplus assez de place pour cela dans l’orchestre, qui peut contenir environ quinze musiciens de plus que dans l’autre salle, et si l’envie prenait un jour d’éprouver ce moyen, qui n’est pas précisément révolutionnaire, peut-être pourrait-on satisfaire les malheureux auditeurs atteints de demi-surdité.

Je sais bien que l’on a prétendu que les artistes de l'orchestre, mécontents de l’emplacement qui leur était réservé, ont joué quelque peu en sourdine pendant les jours d’essai, afin de faire modifier cet emplacement. Cela m'a été assuré; mais je n’en crois absolument rien, car des exécutants de la valeur de ceux de l’Opéra ont trop souci de leur réputation pour s’aviser de la compromettre par un méchant tour joué à leur architecte!

Je crois donc tout simplement que ceux qui se sont plaints dès l’abord n’ont pas voulu entendre, et que s'ils avaient écouté sans parti pris, ils auraient trouvé qu’en résumé, s’il manquait un peu d'équilibre dans la distribution des instruments (et encore en manque-t-il?), cela ne dépendait ni de la forme ni de l’emplacement de l’orchestre.

Mais, après tout, je pourrais fort bien supposer qu'il y à là un grand défaut, puisque cela ne me regarde pas,

et si je défends la sonorité de l’orchestre, c’est seulement par conscience et parce que, réellement, je la trouve trèssatisfaisante. Dans tous les cas, il y a un effet positif et dont, il me semble, on ne saurait trop se louer : lorsque le rideau est baissé, la sonorité est manifestement très-puissante, et les ouvertures, exécutées par les musiciens, ont toutes leurs nuances de finesse et de force; on passe à son choix du plus petit murmure indécis aux plus vibrants éclats, et lorsque l'orchestre tout entier se livre aux forte, on se sent résonner soi-même, tant il y a de puissance de vibration dans l’air. Quand, au contraire, le rideau est levé, il y a un petit, tout petit amoindrissement de sonorité, amoindrissement presque insensible que le chef d’orchestre peut au surplus graduer à sa fantaisie, et cela permet alors aux chanteurs de faire traverser leur voix au-dessus de ces masses instrumentales, avec l'espoir qu’elles seront entendues, ce qui n’est pas tout à fait inutile.

Enfin! je ne discute plus sur ce point; je crois bien que les coups de tempête du wagnérisme ont un peu faussé les sensations musicales, et que ce que quelquesuns appellent sonorité serait appelé par tout le monde brouhaha et charivari! Il n’y a pas besoin d’avoir une voix de stentor pour dire : Je vous aime, et on peut se passer de tirer un coup de canon pour sonner à la porte des gens.

J’admets donc que la sonorité de l’orchestre vaut à peu près celle de la salle ; si on ne l’admet pas avec moi, eh bien, il y aura deux avis différents, voilà tout!

Cependant, il est un fait qui, lui, est très-réel, et, bien que je me refuse à croire qu'il ait eu de l'influence

sur le jeu des artistes de l’orchestre, je dois constater que

Page 1