‹ Le nouvel Opéra de ParisChapitre 15 sur 145 · DEL'ACOUSTIQUE DE LA SALLE · texte numérisé non relu

DEL'ACOUSTIQUE DE LA SALLE

qu’on dise que vous êtes un savant. C’est assez adroit; mais, cher architecte, ça n’est pas nouveau, et vous ne nous ferez pas accroire que vous n’avez pas en cachette quelque formule bien scientifique qui vous a servi dans votre construction. » Et je ne puis parvenir à faire changer cette idée, et toujours mes protestations d’ignorance me valent ce malicieux sourire et cet ironique clignement d'œil. Je suis amené, comme Sganarelle, à être savant malgré moi. Ma foi, puisqu'il en est ainsi, j'aurais tort de garder pour moi ma recette et je veux montrer ma science à tous ceux qui prétendent que je la possède.

Voici donc toutes les raisons qui m'ont réellement conduit dans la construction de ma salle. Écoutez-les et vous en saurez ensuite autant que moi.

... Or, ces vibrations dont je vous parle venant à passer du côté gauche, où sont les numéros pairs, au côté droit, où sont les numéros impairs, il se trouve que le parterre, que nous appelons en latin armyann, ayant communication avec le paradis, que nous nommons en grec nasmus, par le moyen du trou du lustre, que nous appelons en hébreu cubili, rencontre en son chemin lesdites vibrations qui remplissent les cavités des premières loges; et parce que lesdites vibrations... comprenez bien le raisonnement, je vous prie; parce que lesdites vibrations ont une certaine malignité qui est causée par la variété des ornements, engendrés dans la concavité de la voussure, 1l arrive que ces vapeurs, acoustica acousticum potarinum quipsa milus.. et voilà justement ce qui fait que la salle est sonore!

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Les couloirs de la salle ont une très-srande qualité et un très-grand défaut : leur qualité est d’être fort larges; leur défaut est d’être fort tristes; mais vous allez voir que si je me fais honneur de celle-ci, je vais chercher à m’excuser de celui-là!

Ne croyez pas cependant que je veuille mettre trop d’acharnement à ma défense; car cela n’en vaut guère la peine, et quelques billets de mille francs, quelques journées de travail, quelques couches de peinture et quelques becs de gaz, sufliraient pour changer l'aspect un peu lugubre de ces couloirs et leur donner plus de gaieté et d'éclat; mais en attendant que je me défende, ou plutôt que je m'explique, bien ou mal, il est un fait certain: c’est que les corridors des loges sont trop monochromes et trop peu éclairés. Donc, sinon mea maxima culpa, au moins ea culpa !

J'avais pourtant rêvé de faire de ces couloirs, qui sont presque toujours traités avec négligence et comme une chose secondaire, des espèces de galeries chaudes de tons, lumineuses, agréables à parcourir, et formant ainsi comme un vestibule confortable et élégant à toutes les loges auxquelles ils donnent accès. J’avais

même émis sur ce sujet des théories fort sages et fort rationnelles, et montré que les couloirs des salles de spectacle prêtaient à une décoration particulière et typique. Si donc je n’avais pas eu l’occasion d’en construire, j'aurais pu rester sur les principes que j'émettais et adresser des reproches aux architectes qui les auraient délaissés pour rester dans la banalité ordinaire, affectée à ces sortes de dégagements.

Mais voilà que j'ai dû édifier et que je n’ai pas fait mieux que les autres, tout en sachant pourtant ce qu’il fallait faire! Que deviennent alors mes théories sur ce point si je ne les suis pas moi-même? et me voilà réduit au rôle de ce prédicateur qui sermonnait ainsi ses ouailles : « Mes frères, faites ce que je vous dis et non pas ce que je fais. » C’est, du reste, le meilleur moyen de prècher, et je crois qu’en somme, c’est le seul pratique pour le prédicateur, à moins de dire : « Faites comme je fais et non pas comme je dis »; ce qui est aussi pratique, mais cette fois pour les auditeurs. x

Cependant je vous assure que je cherchera ètre logique et à mettre mes actions en rapport avec mes paroles; aussi je me sens un peu humilié en cette occurrence d’avoir si bien prêché pour agir si mal. Que voulezvous? Ce n’est pas ma faute! |

Ce n’est pas ma faute! C’est la grande raison que l’on donne à tout ce que l’on fait de mal, et il semble que cela doive suffire à vous mettre hors de cause. Mais si, malheureux, c’est ta faute! Il fallait prévoir les empèchements ; il fallait être assez vaillant pour triompher des entraves ; il fallait, en résumé, gagner la partie puisque tu avais accepté de la jouer! Tu voulais être à l'honneur;

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