‹ Le nouvel Opéra de ParisChapitre 28 sur 145 · DU VESTIBULE DE CONTROLE · texte numérisé non relu

DU VESTIBULE DE CONTROLE

trôle, mon idée n’a pas prévalu et nous nous sommes arrêtés à l'emplacement qui est occupé aujourd’hui.

Je ne sais si ce que je proposais eût été préférable pour le service des contrôleurs ; en tout cas, ce qui a été décidé paraît devoir donner satisfaction à tout le monde, et 1l est à croire que cet emplacement sera conservé.

Au surplus, je désire moi-même la conservation de cette disposition. S'il y a un inconvénient, en ce que les baies latérales, qui donnent accès aux galeries du rezde-chaussée dans le vaisseau de l’escalier, sont, en ce moment, bouchées par les bureaux de contrôle, il y a certainement un grand avantage, en ce que la disposition adoptée laisse complétement libres les trois grandes baies d'entrée de l’escalier, et qu’à la sortie, lorsque les guides sont enlevés, la circulation se fait très-librement et sans aucune entrave.

Je trouve aussi un grand avantage à ce que le vestibule de contrôle soit débarrassé de tout bureau encombrant, car cette salle prend ainsi plus de grandeur; or, comme un des beaux effets de l’escalier est celui qui se produit lorsqu'on le regarde du vestibule de contrôle, de façon à ce que les grandes baies médianes entre le vestibule et l’escalier fassent cadres à l'architecture de celui-ci, 1l est heureux que le vestibule de contrôle ne contienne rien qui offusque ou qui, du moins, distraie les yeux, ce qui füt arrivé si les bureaux avaient été installés aux places projetées.

Dans la visite que j’ai faite hier et que je vous racontais dans le chapitre précédent, j'ai constaté l’impression agréable qui se produit quand ces grandes baies, formant

cadre, coupent de façons diverses les emmarchements

et les colonnes de l’escalier. C’est certainement moins vaste d’aspect que lorsqu'on est dans le vaisseau même ; mais les architectures ainsi circonscrites ont plus de netteté, plus d’accent, et le regard, porté sur un point déterminé, se rend mieux compte de ce qu'il voit. C’est par les baies de droite et de gauche que le tableau s'arrange le mieux, et c’est là un de ces coins que j'aurais copié, comme je le disais, si je n’avais pas le malheur d’y être un peu intéressé.

J’ai peu de choses à signaler dans le vestibule de contrôle : les candélabres, cela va sans dire ; les tympans, bien exécutés par Knett, ornemaniste fort habile; les panneaux, couronnés par des têtes que Chabaud a modelées, et, si l’on veut, le dallage, taillé et posé avec une rare perfection, sous la direction effective de Verne, digne compagnon marbrier de la maison Drouet et Langlois ; puis enfin les balcons de fonte bronzée, avec leurs consoles à anneaux, qui, de l'extrémité des galeries de l’orchestre, donnent sur le vestibule. Je regrette un peu que ces balcons, dont le dessin est heureux, ne soient pas en bronze, car, malgré la perfection de la fonte de fer, il y a bien des finesses qui. n’ont pu venir comme elles seraient venues en cuivre; mais ce sont des détails un peu subtils, et ils passent inaperçus du plus grand nombre.

Dans ce vestibule, il n’y a guère qu’un point qui ne me satisfasse pas tout à fait: c’est le platond en plâtre, peint seulement avec trois couches à l’huile. Il aurait fallu un autre parti; une décoration moins misérable, et qui pourtant fût assez discrète pour ne pas trop attirer les regards. C'était assez difficile; j'y ai pensé bien souvent, et n’ai jamais rien trouvé qui fût comme je le désirais. Ilen est, dureste,

D'UMMES'ETB UPENDELCONFROCE: 403

aussi de même pour les plafonds des couloirs de la salle ; ce n’est pas cela que j'aurais voulu. J’ai cherché pendant tout le cours des travaux quel motif simple et peu banal je pourrais employer pour déguiser la pauvreté de ces plafonds; mais, dans les arts, lorsque du premier coup on n’est pas instinctivement guidé vers un parti décoratif, il arrive bien souvent que les recherches sont vaines et que lon s’égare dans tous les chemins que l’on prend. Faute de mieux, je me suis décidé à suivre ce précepte : « Où rien ne fait bien, ne mettez rien.» C’est là une fiche de consolation pour moi; mais, qui me dit pourtant qu’il n’y avait pas quelque chose qui eût mieux fait que ce rien, auquel j'ai abouti?

Quoi qu'il en soit, à la fin des travaux, j'ai renoncé franchement à mes recherches infructueuses; car si l’idée était venue, le temps aurait manqué pour l’exécution, et Si j'avais eu le temps et l’idée, c’est l'argent qui eùût fait alors défaut. Mais je ne renonce pas pour cela à cette idée qui me fuit; j'espère bien l’attraper un jour, et lorsqu'il faudra plus tard rafraichir les peintures courantes de l'Opéra, peut-être aurai-je trouvé le moyen de garnir les plafonds par une décoration simple, harmonieuse, faisant bien, et ne coûtant pas cher. C’est un problème que je me pose ; pourtant si quelqu'un trouve la solution avant moi, je ne serai pas fâché qu’il me la donne; mais, vous savez, pas de nuages, pas de caissons simulés, pas de couleurs voyantes, et surtout rien de ce qui tendrait à faire surplomber les plafonds! Il faut que les plafonds s’harmonisent avec les parois; qu’ils paraissent plus élevés qu’ils ne le sont; qu’ils soient d’une teinte douce, d’un dessin peu compliqué, et surtout qu’ils soient originaux! Si vous

ne trouvez pas cela, vous ne serez pas plus avancés que moi, et ce n’est pas alors la peine de me prévenir. Puisque je suis en train de demander ce conseil, je vais en requérir un autre. Connaîtriez-vous un moyen qui me permit, avant l’ouverture de l’exposition, de terminer la galerie du glacier et d'établir l’ascenseur? Le ministère le désire bien; mais il est fort empêché en ce moment. N’y aurait-il pas un brave financier qui voudrait « encourager les arts? » .….. Il parait que, dans d’autres temps, ça

se trouvait.

Je ne puis pourtant pas de sang-froid, comme cela, dire tous les mérites qui se trouvent dans les grands murs de la scène! Comme je n’y vois rien à reprendre et que J'y vois tout à approuver, ce serait vraiment par trop dif- 4 Cxprimer! Etrpuis, si jeudis i.du bien de’ ces murs, de ces attiques, de ces couronnements et de ces pignons, on croira peut-être que je veux dire du bien de moi, et ce n’est pas ça du tout! Je n’entre pas dans la question ; je suis mort, si vous voulez ; et je ne m'intéresse pas plus personnellement aux louanges que je voudrais décerner, qu’un cheval qui a gagné le grand prix de Paris ne s'intéresse aux félicitations que l’on adresse à son propriétaire. J’ai couru; je suis arrivé ; mais je sais bien que ce n’est pas ma faute, et que les bonnes idées qui me sont survenues ne sont autres qu'un petit cadeau que j'ai reçu de la Providence. Je porte simplement les reliques que l’on m'a confiées ; seulement, comme je tiens à ce que l’on ne m’'accuse pas de les avoir perdues en route, je voudrais en faire l’inventaire exact.

Menez, pour cela, si yous le permettez, je vais prendre un moyen tout nouveau, moyen auquel personne n'avait jamais pensé : je vais supposer que deux interlo-

cuteurs causent ensemble de l’Opéra : le premier en sera le détracteur, il aura un caractère grincheux; le second en sera le défenseur, et tout ce qu’il dira sera marqué au sceau du bon sens et de la vérité, et, naturellement, il confondra l’autre, qui se retirera tout honteux de sa défaite! Voilà, n’est-ce pas, un système bien ingénieux, bien original, et qui me mettra tout à fait hors de cause ? car, qui s'imaginerait que le monsieur qui parle bien est. soufflé par moi, et que le monsieur qui pense mal n’est là que pour les répliques ?.…

C’est donc une conversation véridique que je vais vous rapporter ; il n’y a plus aucun doute à avoir à cet égard. Les noms même des causeurs sont un sûr garant d'authenticité, puisqu'ils sont connus de tout le monde : c’est Tant pis et Tant mieux.

TanT pis. — Laissez-moi donc avec vos grands mots : c’est magnifique ! c’est superbe ! on croirait, à vous entendre, qu'il s’agit du temple de Salomon, et c’est d’un grand mur de grange, avec des petits trous dedans, dont vous parlez avec tant d'enthousiasme, comme s’il y avait là quelque chose d’extraordinaire !

LANT MIEUX. — Pardon, cher monsieur Tant pis, je ne dis pas que ce soit extraordinaire, bien qu’en architecture une chose logique ne” soit pas déjà si commune.

TanT pis. — C’est cela, vous allez attaquer tout ce qui a été fait pour défendre votre protégé, et vous vous piquez de justice |

TANT MIEUX. — Je n’attaque personne ; je dis seulement que dans un théâtre la scène devant être forcément plus élevée que le reste de l'édifice, il est bien d’in-

diquer cette scène par une masse spéciale, et c’est ce qui a été fait à l'Opéra.

TanrT pis. — Alors, à vous en croire, quand vous

construirez une caserne, vous mettrez un appentis audessus du quartier des chasseurs, un dôme au-dessus de celui des carabiniers, etun clocher au dessus de la chambre du tambour-major.

TANT MIEUX. — Il y a plaisir à causer avec vous, parce que vous n’exagérez rien; car vous auriez bien dû demander deux clochers au lieu d’un : l’un pour le tambour-major, l’autre pour sa canne; mais il ne s’agit pas de cela en ce moment; j’approuve Ia division des masses de la salle et de la scène, et tout simple que cela soit, je constate que ça n'avait été fait dans aucun théâtre avant Opéra.

TanT pis. — Eh bien, qu'est-ce que cela prouve? Que les autres architectes étaient d’un avis différent de celui de l’architecte de l'Opéra, et comme des milliers d'artistes avaient toujours mis le monument sous un même toit, sans se préoccuper de faire voir la scène au dehors, il me semble que cette continuité de parti pris vaut bien mieux que la tentative d’un architecte isolé! Nous avons le suffrage universel, que diable! et ce n’est pas à un monsieur tout seul à vouloir faire la loi à tous |

TANT MIEUX. — N'ayez peur! Garnier ne veut faire la loi à personne ; mais il n’en est pas moins vrai que, depuis dix ans, tous les théâtres non enclavés, construits en France et à l’étranger, ont adopté le parti de POpéra. J'en sais même plusieurs qui n’en sont qu’une fidèle copie. Tenez, voyez-vous, cher monsieur Tant pis, les architectes ne sont pas infaillibles, parce qu'ils ont beaucoup

à faire et beaucoup à savoir ; mais, si, par bonne fortune, ils trouvent un motit qui satisfait les yeux et la raison, il faut savoir le reconnaître, ne füt-ce que par patriotisme ; car les étrangers qui, par intérêt bien entendu, prennent leur bien où ils le trouvent, ne tarderaient guère à s’emparer de l’idée méconnue ici pour l’implanter dans leur pays. Voyez à Londres, à Genève, en Amérique, en Espagne ; voyez les nouveaux théâtres qui s'élèvent, et dites-moi si leurs architectes ont été aussi difiiciles que vous l’êtes vous-même en ce moment.

TanT pis. -— Vous voulez me prendre par mon côté aible en me parlant de patriotisme ; et puisque vous m’assurez que les étrangers copient la disposition de l'Opéra, ou du moins s’en inspirent, je veux bien admettre que votre architecte a eu raison ; mais il est bien convenu que je ne fais cette concession que par amour-propre national; sans cela je ne faiblirais point, soyez-en certain ; car c’est évidemment une défaillance que de louer les choses qui se font dans notre pays... Vous dites?

TANT MIEUX. — Je ne dis rien; je vous écoute -et trouve que vous avez une philosophie tout à fait consolante ! Enfin, ne revenons plus sur ce point que vous m'avez abandonné avec tant de bonne grâce, et laissez-moi vous faire remarquer la composition simple et grande des murs latéraux de la scène. J'espère que pour cela vous serez tout de suite de mon avis.

TanT pis. — Mais, pas du tout, pas du tout! Comme vous y allez! Je fais des réserves et de fortes réserves.

TANT Mieux. — Ah! et lesquelles ?

Tanr pis. — Je n’ai pas besoin de vous le dire, ça saute aux yeux; est-ce que vous croyez, par hasard, que

pour juger qu'une œuvre est mauvaise il faille indiquer ce qui est mauvais? mais alors il n’y aurait plus de critique possible. Lorsqu'on dit qu’il fait vilain temps, tout le monde le voit bien, et il n’y a pas besoin de montrer qu'il pleut ou qu'il vente.

TANT MIEUX. — Parfaitement, cher monsieur ; mais l’inverse a lieu aussi; et quand je vous dis qu’il fait beau temps, vous le voyez fort bien, sans que je vous fasse remarquer que le soleil brille. Je vous dis donc en ce moment que ces murs latéraux de la scène et que le grand pignon sont fort beaux et de très-noble allure, et vous devez alors le voir aussi bien que moi. Je serai cependant moins discret que vous et vous dirai que cette grande frise, qui couronne le mur, est ample et puissante ; qu’elle est largement composée, que les aigles de Rouillard, qui surmontent les cartouches des angles, ont une belle tournure ; que ces panneaux circulaires, pleins ou ajourés, qui contournent la salle et la scène, sont d’une étude simple, harmonieuse; que ces longues barbacanes efllées, qui fendent le nu du grand mur, donnent à cet ensemble un caractère particulier de force et d’unité; je vous dirai enfin que cette grande baie postérieure, si largement ouverte et si fermement comprise, n’est pas un motif banal, et, qu'en résumé, je défie toute personne non prévenue de regarder, sans se sentir impressionnée, ces grandes lignes vigoureuses qui contournent la coupole de la salle, qui courent horizontalement sur ses parois latérales, et s'élèvent, en s’inclinant, jusqu’au haut du comble de la scène, pour servir de support à la grande lyre de pierre et au grand groupe de bronze de Millet!

TANT pis. — Arrêtez-vous, de grâce! quel entrain,

quel feu! on dirait que c’est l’architecte lui-même qui a écrit votre discours! Peste, comme vous y allez, un peu plus je me sentais entraîné après vous!

TANT MIEUX. — Ce n’est pas ce que vous feriez de plus mal; mais laissez-moi d’abord vous dire que ce que j'exprime est bien ma pensée et non celle de l’archi- ‘tecte. Celui-ci n'aurait jamais eu le courage d’assembler tant d’épithètes louangeuses sur son œuvre; il sait combien il est dificile d’être bon juge de ce que l’on a produit.

TANT Pis. — Eh bien, vous, vous avez plus de courage que lui. Je vous en félicite. Est-ce fini? N’avez-vous plus de fanfares à sonner sur ces tas de pierres qui montent si haut et sur ces grosses pyramides qui ressemblent à des métronomes et qui sont juchées dans les angles? Vrai! j’ai plaisir à vous entendre. On dirait saint Bernard prèchant la croisade sainte!

Tant MIEUx.— Ah! vous voulez m’entendre. Eh bien, entendez-moi donc:

Lorsque vous passez le soir autour de l’Opéra, que la lune brille ou que le ciel soit noir, vous voyez se dresser devant vous ces hautes murailles, cette coupole de pierre et de cuivre, ces grands pignons menaçants, et, malgré vous, en votre àme se produit une sensation étrange, qui tient de la crainte, du respect, de la superstition. Jamais, à ce sentiment puissant, ne viendront se mêler de mesquines pensées; Le désir de la critique est absent; le Parisien sceptique disparait, il ne reste plus que l’homme grave, le poëte mélancolique ou l'artiste enthousiaste! C’est qu’alors le monument, qui se silhouette dans la nuit, laisse, pour ainsi dire, à la terre le côté humain de

l’œuvre et ne garde plus que celui qui touche aux choses divines : la grandeur, la simplicité des lignes, le contour énergique ! Peu importent alors les défauts qu’il contient ou les détails élégants qui s’y trouvent! Tout cela disparait d’abord aux regards ; la masse seule impressionne et seule attire, à l'exclusion de toute autre chose. Le ciel assombri, les vagues ténèbres, les lueurs vacillantes sont pour beaucoup dans cet effet irrésistible, et l’architecte qui a édifié le monument ne doit concevoir aucun orgueil de l'impression que ce monument produit dans ces circonstances. IL a placé les pierres les unes au-dessus des autres ; mais ces pierres qui, pendant les heures de clarté, sont contraintes de montrer leurs surfaces fouillées et attaquées par le ciseau de l’artisan, semblent la nuit se complaire à cacher les meurtrissures qui leur sont faites, et, jadis rochers avant d’être arrachées aux carrières, redeviennent encore rocher pour se combiner avec les sombres ciels ou les douces lueurs de la lune! C’est là, c'est à ce moment que l'architecture domine puissamment tous les autres arts; c’est là qu’elle triomphe, parce que Dieu vient à son aide, et, masquant son origine humaine, la fait participer aux. sublimes harmonies de la nature ! Mais il faut cependant, pour que l’effet se produise avec ampleur, pour que l’architecture se combine avec les espaces sombres qui l'entourent, pour qu’enfin le ciel la comprenne dans son éther immense, que la silhouette et la masse des édifices soient assez grandes, assez fortes et assez caractéristiques pour ne pas jeter une note détonante au milieu de ces harmonies naturelles. Si les contours sont mesquins et mal découpés, si les grandes lignes qui arrêtent le monument sont mal composées, on sentira,

non plus cette impression de respect et de mélancolie, mais plutôt une sorte d’agacement contre ces pierres mal combinées et qui, alors, au lieu de compléter le magique spectacle de la nuit, viendront empêcher les sombres splendeurs du ciel de se montrer librement.

Voilà une des premières qualités de l’architecture, et tout édifice qui, dans les demi-obscurités, se présentera de façon à impressionner la vue et le cœur, est déjà une œuvre qu’il ne faut pas dédaigner. Qu’importent alors les fautes de détail, qu’importent les défauts de goùt ou de logique? Ils ne sont pas pour l'instant en question ; ils se discuteront au grand jour! La silhouette domine tout ; la masse domine tout ; l’impression domine tout. Et dût-on le lendemain, à l’heure du soleil, retomber de son révelà' la réalité, al faut saluer du nom d'artiste “et.de poëte celui qui, pendant la nuit au moins, a pu toucher votre àme en construisant large et grand!

Avant donc de décrier un monument, quel qu’il soit, allez le voir à la nuit: s’il a fière tournure et simples contours, dites-vous qu’il n’est pas indigne; si, au contraire, il ne se tient pas dans l’ombre, s’il se silhouette mal, s’il est mesquin, alors quels que soient ses mérites d’étude et de conduite, dites-vous que le monument est incomplet, et qu'abandonné déjà par Dieu il peut être sévèrement jugé par les hommes.

Dites-moi maintenant si les hauts murs de l’Opéra ne se grandissent pas avec la nuit et si le gigantesque pignon à large baie ne s’élève pas fièrement au miheusducielsétoilé#æSñillentest ainsi, #si1aSCcènende l'Opéra, dominant les maisons voisines, semble s’harmoniser avec le firmament, vous voyez bien qu’alors j'avais

DES MURS-DESLASSCENE"ET DEYLA SALLE. 413

raison de la défendre et de chercher à vous convaincre |

TanT pis. — C’est cela ; vous voulez me convaincre que l'architecture est faite pour les chats, les chauvessouris et les hiboux ; eh bien, moi je prétends que Von doit bâtir pour le jour, où je suis levé, et non pour la nuit, où je dors. Avec tous vos grands mots de crépuscule, de ténèbres, d'harmonie et de bon Dieu, vous ne faites que des phrases comme un rhéteur et vous ne me prouvez rien du tout. D'ailleurs, votre architecte a fait un mensonge en faisant une coupole sur la salle, puisque le mur de cette salle qui est bien circulaire en plan, du côté opposé à la scène, est quadrangulaire de l’autre côté ; et puis cette lyre, qui forme antéfixe, et qui couronne le pignon, si elle est bien, vue de face, est affreuse et lourde, vue de profil; vous ne nierez pas cela! Allez seulement la voir de la rue La Fayette! Et puis enfin cette scène sort du bâtiment sans support et sans base, et vous n'allez pas, je suppose, me dire que c’est parfait? Tenez, votre amitié pour l'architecte vous égare, et vous l’écrasez avec votre payé de louanges.

Je crois qu'il est temps de finir la conversation de mes deux interlocuteurs ; car, contrairement à ce que je pensais, il me semble que M. Tant pis a pris le dessus et que mon avocat me fait perdre ma cause! Une autre fois je renoncerai à faire parler les autres et prendrai moimême ma défense. Ça ne fait rien, si vous me demandez mon opinion, je vous dirai que je trouve que Tant pis a raison dans ses critiques et que Tant mieux n’a pas tort dans ses louanges ; mais je lui en veux un peu de ce qu'il semble n’apprécier les murs de la scène que lorsqu'il ne

fait pas clair. Je trouve que ça se conduit assez bien aussi pendant qu'il fait jour.

Pour finir, un petit renseignement : les ornements de la frise ont été modelés par Lechesne ; ceux de la grande baie et du couronnement du chéneau de la salle par Bloche. Les têtes sont naturellement de Chabaud : tout cela est gras, large et bien exécuté ; et, sur ce point, je suis sûr que Tant mieux et Tant pis s’entendraient à

merveille.

RUE CASPORIPES ELSDESZP A LIMENTS DE L'ADMINISTRATION.

Lorsque j’ai exécuté le premier dessin de la porte de Padministration, j'en ai été d’abord complétement satisfait. Je regardais avec plaisir la grande, grande feuille contenant ma composition, largement tracée à l’encre bleue, et je me disais que j'avais été inspiré on ne peut mieux. Le parti était simple ; la silhouette était fière ; les proportions étaient harmonieuses. Bref, j'étais tellement enchanté de mon œuvre primitive que je la modifiai bien peu dans les études successives, et que le projet, tel qu'il était venu à ma pensée, fut conservé dans toute son essence et sa presque intégrité.

La porte et les murs qui l’accompagnent se construisirent bientôt; les pierres se posèrent et se taillèrent suivant mes idées, et je n’eus plus qu’à regarder si l’exécution de l’œuvre me donnait l’impression rêvée. Je ne sais si la confiance que j’avais alors dans ma pensée influa sur le jugement que je portai ; mais il est positif que, pendant bien longtemps, je vis cette porte, je vis ces murs, je vis les guichets qui les complétaient de la même manière que j'avais vu les dessins ; je trouvais le tout très-original, de belle tournure, et je ne faisais pas le moindre doute

sur l’excellence du caractère que j'avais su donner à cette partie du monument. Si, à ce moment, j'avais eu à la décrire, je ne serais sorti de la discussion que par un dithyrambe en mon honneur, et ma plume n’aurait tracé que des éloges.

Malheureusement le temps s’est passé, et il est arrivé que mon impression s’est modifiée peu à peu; je ne trouve plus cette porte aussi remarquable que je le supposais, et jy trouve, en revanche, quelques défauts qui me causent un certain déplaisir, tels, par exemple, les pyramidions du couronnement qui, d’une bonne proportion vus de face, sont trop lourds et trop patauds vus de trois quarts.

Cependant, cette impression désagréable qui s’est fait jour en mon esprit n’est peut-être qu'un eftet de réaction; car, en raisonnant froidement et avec attention, je constate que tous les éléments mis en œuvre sont de bonne race, que les lignes sont bien coupées et que le parti employé est tout à fait convenable. Et pourtant ce n’est pas cela! Il y a là un vice queje ne puis découvrir! Je trouve bien des explications spécieuses, des déductions probables; mais rien de net, rien de franc, sauf peut-être une seule chose, la dimension. Il me semble, en effet, que le motif employé comportait une échelle plus grande, et que si la porte avaitle double de hauteur et de largeur, elle retrouverait cette apparence d’ampleur bien proportionnée qui est manifeste dans le dessin. Est-ce cela? est-ce autre chose? Dans tous les cas, comme j’éprouve un certain malaise en regardant cette porte, il est bien positif que mon enthousiasme du commencement était hors de saison ; car ce qui est réellement bien ne perd jamais à être revu.

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