DE DIVERSES MODIFICATIONS OÙ AMÉLIORATIONS
« Il me reste maintenant, Monsieur le Ministre, à vous entretenir de diverses modifications ou améliorations qu'il semblerait utile d'apporter dans les salles ou galeries de l'Opéra ; je vais vous les soumettre au courant de Ia plume et telles qu’elles se présenteront à ma pensée.
« En premier lieu, ce qui me paraiîtrait le plus important, ce serait la suppression de tous les strapontins établis dans le parterre et d'une grande partie de ceux. établis dans les stalles d’amphithéâtre.
‘« Ces strapontins ont été placés tout à fait en dehors de ma participation, et je m'étais toujours fortement opposé
à leur installation. J'ai protesté à plusieurs reprises auprès de M. Caillaux, mon ministre d’alors, contre cet envahissement des passages; mais n'ayant aucun droit pour empècher leur intrusion, j'ai dû laisser faire M. le directeur de l'Opéra, autorisé, paraïit-il, à cet effet par le Ministre des beaux-arts. Je n’ai pas à juger si cet établissement de strapontins était indispensable au point de vue de la recette et je comprends fort bien que M. Halanzier, au commencement de sa nouvelle direction, etavec les aléas qui pouvaient se produire, ait désiré augmenter, autant que faire se pouvait, le nombre des spectateurs. Mais n’y avait-il pas un autre moyen de procéder qui eüt donné un résultat au moins égal à celui obtenu? Ne pouvait-on, au lieu d’encombrer tous les passages, augmenter, seulement de cinquante centimes, le prix des places de chaque section devant recevoir les strapontins? La recette eût été au moins aussi forte par ce système; car 1l y a certains jours où les strapontins demeurent inoccupés et où, par conséquent, ils sont improductifs.
« Je ne doute pas que les spectateurs du parterre et ceux de l’amphithéâtre ne donnent bien volontiers ce supplément de cinquante centimes pour avoir leur entrée et leur sortie libre, et pour ne pas être contraints de déranger d’autres spectateurs.
« J'avais, dans le principe, consacre trois entrées distinctes pour le parterre ; sur les instances de M. Halanzier et pour obtenir deux baignoires de plus, j'avais consenti à supprimer les entrées latérales, mais je comptais au moins sur l'entrée centrale, qui amenait le public audevant de chaque passage réservé à chaque tiers des
rangées de bancs du parterre. Si j'avais pu prévoir un tel
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envahissement, je n'aurais fait le changement qu'après avoir eu certitude officielle que les strapontins ne fussent pas établis,
« Ils. le sont actuellement, et les spectateurs se plaignent chaque fois de la difficulté de circulation; mais, comme ces plaintes ne sont que de petits soubresauts de mauvaise humeur légitime, et qu'aucun journaliste ne va au parterre, elles restent cachées comme elles resteront cachées encore bien longtemps, si le même état subsiste; car le public de théâtre a une patience bien extraordinaire!
« Ce n’est pas une raison, parce que les récriminations se font timidement et ne fatiguent les oreilles de personne, pour que l’on n’en tienne pas compte et, réellement, il y aurait justice et humanité à rendre aux spectateurs, privés de leur droit de circulation, ce droit de libre entrée et de libre sortie, qui doit faire partie des prérogatives attachées aux billets.
« Je ne sais, Monsieur le Ministre, si la nouvelle direction partagera mon sentiment à cet égard; si le tarif, augmenté quelque peu pour le prix des places, sera accepté par vous, et si, enfin, la conservation des strapontins est déjà inscrite dans le contrat passé entre vous et le nouveau directeur. Je ne puis donc que vous sou- .mettre cette grave question et vous prier d'y apporter votre attention, certain que je suis que vous saurez la résoudre, s’il n'y a pas d'obstacles, au mieux des intérêts du public.
« Je voudrais vous parler ensuite des vases de Sèvres, jadis placés sur les gaines des couloirs. J’ai déjà écrit dernièrement à ce sujet à M. le Sous-Secrétaire d’État :
je renouvelle ma demande en la développant un peu.
« Les gaïnes de l'Opéra étaient destinées à supporter des bustes de chanteurs, danseurs, directeurs, auteurs, architectes, machinistes, enfin de tout le personnel travaillant pour un grand théâtre lyrique. J'avais, à cet effet, déjà dressé des listes de noms et de catégories que javais soumises au Ministre, afin qu'il y donnât son approbation ; mais les événements se sont précipités, et aucune solution n’est intervenue. Faute de bustes et faute d'argent pour en commander, ne voulant pas laisser vides les gaines des couloirs, j'avais demandé à M. de Chennevières, qui P’avait accordé, de placer sur les supports des vases de Sèvres de bon dessin et de bonne couleur. Un assez grand nombre de pièces de valeur avaient donc été ainsi prètées à l’Opéra et, comme elles étaient presque toutes fort intéressantes, on ne regrettait guère l’ajournement des bustes; mais, par suite de l'Exposition universelle, tous les vases ont été enlevés et remplacés par des espèces de pots, prêtés aussi par Sèvres, mais de forme banale, de ton épouvantable et de proportions bien trop fortes pour les gaines.
« Je pense bien que le public ne fait guère attention à ces défauts; mais les artistes et les délicats savent bien s’en plaindre et ils ont raison. Ne vous serait-il pas possible, Monsieur le Ministre, de rendre un autre arrêté qui restituât, à titre de prêt à l’Opéra, les vases qui l’ornaient jadis? Je vous assure que vous mériterez bien de l’art en faisant enlever les gros pots qui me désolent, et que je suis pourtant forcé de conserver, puisque, pour linstant, je n’ai rien pour les remplacer.
« J'espère, Monsieur le Ministre, que vous voudrez
bien accueillir ma demande ; car, en résumé, les produits de Sèvres sont faits pour orner les monuments de l’État, et, en outre, le public les verra, sinon mieux, au moins plus souvent qu'il ne les voit dans les galeries dela manufacture.
Mais ce n’est pas tout ce que j'ai à demander au sujet de ces gaines. Ainsi que je le disais tout à l’heure, elles sont destinées à porter des bustes qui, tôt ou tard, formeraient un musée artistique et historique, ayant un intérêt similaire à celui que présente le musée du Théâtre- Français. Mon désir serait donc que des bustes fussent commandés annuellement aux sculpteurs avec cette destination de l'Opéra. Le Ministre des beaux-arts a dans ses attributions ces commandes sculpturales, et nul mieux que lui ne peut encourager les artistes en donnant à leur production une destination désignée. J'ai déjà demandé à plusieurs de vos prédécesseurs de vouloir bien ne pas oublier l'Opéra dans leurs commandes ; mais tout ce que j'ai pu obtenir, ce fut le don des restants de magasins dont le Ministre ne savait que faire et qu'il m'offrait pour placer sur les gaines. Ces bustes étaient presque tous des bustes de généraux, qui auraient été assez mal placés à l'Opéra, ou bien de législateurs ou de savants qui ne l’eussent guère été mieux ; de plus, ils avaient des dimensions ne pouvant aucunement convenir à l'emplacement : les uns n'étaient guère plus gros qu’une pomme, les autres avaient deux mètres de haut. J’ai donc dû refuser ces libéralités si mal assorties et attendre qu’une autre OCCasion se présentit.
« Cette occasion est-elle venue aujourd’hui? Laissezmoi le croire, Monsieur le Ministre, et permettez-moi de
penser que vous voudrez bien chaque année commander deux ou trois bustes pour l'Opéra, soit en bronze, soit en marbre, soit même en plâtre en attendant mieux. Si vous pensez devoir accueillir ma requête, voulez-vous me le faire savoir, et je vous soumettrai la liste complète des personnages qui, selon moi, doivent prendre place dans le bâtiment. Si vous l’acceptez, il n’y aura plus qu’à faire les commandes et à dire aux artistes que vous jugerez dignes de cette faveur de s'entendre avec moi pour les dimensions et l'emplacement.
« Ce n’est pas tout encore ; je voudrais vous demander aussi votre appui, si toutefois vous trouvez que j'ai raison, pour requérir, auprès de M. le Ministre des travaux publics, l'achèvement de la rotonde du glacier de l’Opéra.
« L'an passé, j'ai bien fait la galerie de ce glacier, mais c’est insufhsant, et les jours d’hiver c’est à peine si l’on peut y trouver place; il serait réellement utile que lon achevât cette rotonde dans laquelle doivent ètre placées les tapisseries de Mazerolles, terminées depuis plus de cinq ans.
« I serait fort utile aussi que l’on achevât la galerie du fumoir; mais je doute fort que cet achèvement se fasse maintenant où la Chambre a voté des fonds pour en transformer l'emplacement en bibliothèque. Les fonds, dis-je, sont votés, les dessins et les devis sont faits, et le projet passe mardi prochain au Conseil général des bâtiments civils. Puisse-t-1l être refusé par lui!
€ J’ai compris à la rigueur que l’on voulüt transformer l’ancien pavillon destiné jadis au Chef de l’État ; c'était une pensée politique dans le genre de celle qui se
fait jour au sujet de la reconstrucuon des Tuileries; mais
prendre ce pauvre fumoir pour y mettre des livres que personne ne lira, alors qu’une grande bibliothèque existe déjà à l'Opéra, c’est retirer non-seulement au plan sa composition générale, c’est non-seulement retirer au public une circulation importante et désirable, mais c’est encore lui retirer des dépendances que beaucoup désirent.
« Demandez, Monsieur le Ministre, demandez aux abonnés de POpéra combien de plaintes se sont élevées déjà sur l’absence de fumoir, et vous verrez bien que cet endroit est plus important pour eux qu’une bibliothèque, dont la principale qualité est d’avoir un bibliothécaire aussi aimable que savant. Mais, enfin, si l’État fabrique le tabac, c’est pour qu’on le fume. Eh bien, laissez donc fumer vos cigares et vos cigarettes de la régie dans le fumoir de l'Opéra, et cela, tout au moins, rapportera quelque argent au Ministère des finances.
« Si vous pensez, Monsieur le Ministre, que je n’aie pas tout à fait tort en réclamant la conservation du fumoir, et si vous pensez pouvoir le réclamer aussi comme une des dépendances utiles de l’Opéra, je vous en supplie, faites tout de suite cette réclamation auprès de M. le Ministre des travaux publics, et, au lieu d’être remercié par M. Nuitter tout seul, vous le serez par la foule des gens qui pestent toute la soirée d’être forcés de sortir pour allumer une cigarette.
« Si vous pensez que j'aie tort, eh bien, n’en parlons plus : j’aurai été battu de tous les côtés, mais au moins j'aurai fait de mon mieux pour ne pas l'être.
€ J'ai fini, Monsieur le Ministre ; je disais en commençant que je ne savais pas si je serais long ; je le sais
maintenant en finissant. De plus, au lieu de répondre sim-
plement à vos demandes, je me suis permis de vous en adresser beaucoup d’autres. Ne prenez pas en mauvaise part ma loquacité et mon indiscrétion; et, puisque vous avez été si bienveillant dans votre lettre, conservez encore cette bienveillance après avoir lu ce rapport; il est au moins très-sincère en tous les points : cela peut faire excuser sa tournure un peu familière, mais ce ne sont pas les plus belles phrases qui marquent le mieux les sentiments respectueux.
« Acceptez donc ceux-ci, Monsieur le Ministre. Venez un peu à mon aide, si vous m'en jugez digne pour cette suite de travaux dont je viens de vous parler, et
croyez à mon entier dévouement.
« Signé : L'ARCHITECTE DE L'OPÉRA, « Membre de l’Institut,
COHLGARNIERSS
Voilà donc ce rapport dont tout ou partie a déjà été publié dans quelques journaux; mais, comme mes lecteurs sont des gens sérieux, ils n’ont pas dù les lire et j'espère que ma correspondance ministérielle leur a paru chose toute nouvelle. Maintenant, qu’est-iladvenu de ma discussion? C’est ce que je vais vous dire : D’abord j'ai reçu une semonce ofhcielle de l’administration des travaux publics pour avoir écrit à un ministre qui n’était pas le mien; on m'a démontré ensuite très-gentiment que J'avais tort, et, naturellement, j'ai été convaincu que j’avais raison; j'en suis encore plus certain en ce moment, puisqu'une infraction à la règle me procure aujourd’hui le plaisir de
faire imprimer quel ues pages sans avoir à les écrire. Un méfait n’est jamais perdu.
Or donc, pour la question d’acoustique, à la venue de la nouvelle direction, ç’a été comme une explosion de projets, et je paraissais assez mal venu de faire des réserves sur les nouvelles choses que l’on se proposait de faire. Puis, peu à peu, l’ardeur s’est calmée; la question d’argent offrait quelques obstacles ; je déclinais ma responsabilité des résultats futurs, et insensiblement chacun s’est rangé à mon premier avis : ne rien faire du tout. On trouva que J'étais plus logique dans mon ignorance que les pseudosavants dans leur science. Finalement, sauf l’exhaussement du plancher de l'orchestre, qui a coûté deux cents francs et qui, dit-on, a donné un bon résultat, on a laissé les choses en l’état, et elles resteront ainsi jusqu’à ce qu'une nouvelle direction arrive tout enflammée du zèle de marquer son passage.
Hélas! il en est ainside bien des choses. Tout ministre nouveau rêve de grandes améliorations : les circulaires abondent ; la presse officieuse pousse des cris de joie, et tout rentre bientôt dans l’ordre accoutumé, à moins que quelque sottise ne se fasse acclamer d’abord par plusieurs et repousser ensuite par tous. Il ne faut pas trop s’émouvoir de ces élans modificateurs; ilest dans la nature humaine de les sentir, et je serais un jour ministre des beaux-arts que, dès la première heure, je bouleverserais tout ce qui existe à coups d’arrètés et de circulaires. C’est si amursant de casser quelque chose! Heureusement, à l'Opéra, la casse s’est passée en paroles, et les acousticiens pourront encore préconiser la vertu du proscenium et triompher
d'autant plus que leur invention n’aura pas été exécutée.
Cette fois, pourtant, je les préviens que de grands alliés, qu’ils avaient jadis, sont revenus dans mon camp, après une expérience faite à propos des concerts donnés par M. Vaucorbeil. Mes antagonistes de jadis semblent bien être devenus mes partisans, de sorte que, si quelque jour on voulait encore modifier le proscenium, ce serait non plus pour l’avancer, mais plutôt pour le rentrer. Tout est flux etreflux en ce monde : l’amour, la politique, la fortune, les eaux de l'Océan et les lois de l’acoustique. Il n’y a d’immuable que le mouvement perpétuel!
Pour le deuxième point, les modifications apportées ont été à peu près nulles, et ce n’est pourtant cette fois pas ma faute ni celle de l’administration; jugez-en :
Les couloirs de la salle étant manifestement trop sombres, chacun étant d’avis qu'il fallait leur donner plus de lumière, j'ai fait un devis qui s’élevait à six mille francs environ. Le ministre des travaux publics allait me donner le crédit nécessaire ; mais on s’est aperçu qu’en augmentant le nombre des becs, cela augmenterait un peu la dépense du gaz, et, ma foi, comme il faut compter avec ces dépenses, la direction de l'Opéra n’a plus guère insisté sur la modification demandée et acceptée; de sorte que, pour l'instant tout est resté dans l’état primitif. Si donc, maintenant, on se plaint encore de l’obscurité des couloirs, dites-vous que je ny suis plus pour rien. Néanmoins la question peut se poser à nouveau, et il n’est pas impossible qu’elle se résolve un jour.
Pour la salle, il en a été de même sur la question des girandoles. Vous savez, et vous venez de voir dans ce rapport, que je m'étais toujours opposé à leur établis-
sement. Cependant, comme chacun se plaignait de ne pas
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y voir assez, j'avais mis de côté mes raisons pratiques, et m'étais rendu aux instances qui m'avaient été faites ; et, à l’occasion des concerts donnés dans la salle, j'avais installé des girandoles provisoires qui pouvaient permettre de juger de l'effet produit.
Cet eflet avait été trouvé satisfaisant : Vaucorbeil en était enchanté, le ministre m’avait promis les fonds, les dessins étaient faits, le devis dressé; il ne s’agissait donc plus que de faire opération. Pour cela il était nécessaire que j'adressasse un rapport au ministère ; mais je ne pouvais agir ainsi qu'étant couvert et approuvé par l’administration de l’Opéra, qui se rendait ainsi responsable des réclamations qui pourraient être formulées par les locataires de diverses loges, plus ou moins gênés parles feux des girandoles. Cette approbation officielle ne m’est pas encore parvenue; on semble hésiter maintenant à placer ces girandoles si longtemps réclamées, et je crois que la chose n’est pas encore prête à ètre décidée. Je nai plus rien à dire ni à faire dans cette circonstance; je suis à la disposition du ministère et de Vaucorbeil lorsque des instructions me seront données; mais vous voyez que si la salle n’est pas claire en ce moment, ce n’est pas mauvaise volonté de ma part. Enfin, si la chose se décide plus tard, les études préliminaires seront au moins faites et l'exécution pourra suivre activement.
Quant à l’augmentation des lumières du lustre, cela a été fait peu de temps après la déposition du rapport; ily a eu par suite une petite augmentation dans léclairage, qui a bien été constatée lors de son apparition ; mais, aujourdhui qu'on s’y est habitué, il ne semble plus que cet éclairage ait été augmenté. Affaire d'habitude.
J’ai remporté aussi une assez grande victoire : il a été mis à ma disposition une somme de cinq mille francs destinée à faire des essais de nouveaux éclairages afin de pouvoir statuer sur les installations qui pourraient être reconnues désirables. C’était là un grand point : j’obtenais enfin ce petit crédit si utile pour mes expériences et, dès lors je pouvais sortir des propositions théoriques. Eh bien! vous allez voir que, jusqu’à ce jour, ça ne m'a servi à rien du tout. Lorsque j'ai voulu essayer les Tumières électriques dans les œils-de-bœuf de la couronne de la salle le jour de gala du r4 juillet, j'ai vu que Vaucorbeil en craignait l'effet pour la scène et qu'il redoutait que la salle, trop éclairée, ne fit paraitre la scène trop sombre. Certes il ne pouvait s’opposer à mon expérience, parce que le cahier des charges me donnait le droit de la faire; mais vous concevez que je n’avais guère envie de troubler nos bonnes relations et de déplaire à un galant homme qui veut bien être mon ami, et j’attends, pour faire alors cette expérience, que la scène soit plus éclairée, ou que Vaucorbeil donne de nouveaux concerts, là où la scène n'existe pour ainsi dire pas. J’ajourne donc cet essai dont je ne saurais dire encore la portée; c’est, au surplus, pour cela que je veux le faire. Si j’en savais d'avance le résultat, je n'aurais pas à m'en soucier.
Quant à l’éclairage du foyer, je n’avais que l’embarras du choix, divers physiciens et ingénieurs m’offrant de faire gratis toutes les expériences possibles. Mais il fallait pour cela installer dans les caves des machines de diverses forces; je ne trouvais à cela aucun inconvénient; le ministère des travaux publics pas davantage: mais l’administration de l’Opéra et, par suite, le ministère des beaux-arts
ont craint un accident possible; de sorte qu'ils ont fait des réserves aboutissant à peu près à une fin de non-recevoir, et, devant ces craintes, chacun ne voulant pas être responsable, on à retiré l’autorisation de placer les machines.
J'ai donc maintenant un crédit pour faire des expériences d'éclairage; mais je ne puis m'en servir et, si ça continue de cette façon, l’accord sera difficile à faire entre les ministères et l’administration de l'Opéra. Comme tout est compliqué dans ces sortes de choses! On a le désir, la bonne volonté, les crédits, les offres des intéressés ; on a pour soi l'opinion des sénateurs, des députés, des grands personnages patronnant tel ou tel système; l’architecte est à la disposition de chacun et, malgré tour cela, on n'arrive à rien! Aussi peu à peu, on se décourage, on se désintéresse de ces questions qui ne vous apportent qu'ennuis et tribulations et on arrive à l’indifférence là où l'enthousiasme vous conduisait.
Maintenant qu'arrivera-t-1l? je n’en-sais rien; mais comme je n'ai pas envie de passer tout mon temps à faire des propositions et des études inutiles, je vais attendre bien tranquillement que des ordres quelconques me soient donnés; ne pouvant être chef, j'aime mieux devenir serviteur, n'étant pas assez philosophe pour n'être ni l’un ni l’autre.
Le troisième point du rapport avait trait à la machinerie théâtrale ; rien n’a été décidé à ce sujet et tout reste comme devant; sauf quelques petites modifications que j'ai fait subir aux galets des cassettes, là encore je vais attendre ; j’ai planté un orme tout exprès pour cela.
Pour le chauffage, il n’y a rien de fait; mais, comme selon moiil n’y a rien à faire, laissons les choses en cetétat.