‹ Le nouvel Opéra de ParisChapitre 62 sur 145 · TI · texte numérisé non relu

TI

Il ne me reste plus qu’à vous dire quelques mots sur le second paragraphe du rapport. Les strapontins sont décidément entrés dans la place, et ils n’en veulent pas bouger. Laissons-les donc puisqu'ils sont s1 tenaces! Après tout, comme je ne suis pas allé deux fois dans la salle depuis que l'Opéra est ouvert, j'avoue que, quant à moi, ils ne me gênent guère; ils ne gènent pas davantage m1 M. le directeur, niles abonnés des loges ; ils ne gènent que ceux qui n’osent s’en plaindre : tout est donc pour le mieux.

Ce qui est un véritable succès, c’est la commande qu'a faite le ministre de l'instruction publique et des beauxarts, des bustes en marbre à placer sur les gaïînes, il y en a déjà une douzaine en train, et j’ai l’assurance qu’on ne s'en tiendra pas là. De ce côté donc mon rapport n’a pas étérinutile et#/enpsurs touttner-1J'en sprontelpous remercier ici M. le sous-secrétaire d’État des beauxarts à qui j'aurais de grosses chicanes à faire sur bien des points; mais qui, dans cette occasion, a pris tellement la chose à cœur, que je lui pardonne bien volontiers les misères qu'il a faites aux autres, puisqu'il est secourable à l'Opéra; on se console si aisément du mal qui arrive à ses amis!

Pour l'achèvement de la rotonde du glacier aucune solution; j'ai grand’peur qu’il n’en soit longtemps ainsi, et pourtant il serait fort désirable que cette salle se terminât ; mais j'ai quelque persévérance; j'ai bien eu mes bustes ; j'aurai bien un jour ma rotonde, quitte à en faire une nouvelle succursale pour les collections de Nuitter.

Et puisque je cite Nuitter, je dirai que maintenant la salle du musée devant remplacer le fumoir est terminée etassez réussie, que le ci-devant salon impérial se

transforme et sera achevé cette année et que les meubles de la bibliothèque sont prêts à recevoir les livres. Tout cela fait en somme un ensemble qui n’est pas sans quelques charmes, et j'en veux moins à Nuitter d’avoir imposé son joug, puisque j'ai sauvegardé les principes dela grande circulation, que j'ai décoré le tout d’une façon convenable, et qu'en résumé, si j'ai changé les noms des pièces, je n’ai guère changé la décoration projetée. Tout sera donc prèt pour le déménagement futur. AU right!

Voilà, cher lecteur, le résultat, du rapport dont je vous ai infligé la lecture. En somme, je n'ai pas tout à fait à m'en plaindre; si tout ce que j'ai écrit avait eu pareil succès, j'aurais pu déjà renouveler en partie la . face du monde.

Au moment de mettre sous presse, je reçois la lettre administrative relative à l'installation des girandoles de la salle ; je vais envoyer le projet et les devis; vous verrez aussi bien que moi ce qui en résultera.

te “oies caf + ARS nr r-dy 032 4

RL EEE 2e ï sé ul Lesesaireri Sue tt) es ana HU miens Ami tdi gré sil ue Dre as a TA 7 Hg gt ÉNRET UT LES Pris og sr)

share S ap sur

PERS CONSTRUÜUCTIONMDENTIA SALLE

Si vous me laissiez vous conter cela par le menu, je n’en finirais pas, et je prendrais des allures d'ingénieur, tout comme si j'étais sorti de l'École polytechnique! C’est qu’en réalité la construction de la salle de l’Opéra, a été l’occasion de problèmes de statique et de bien des études techniques; de sorte que, sans prétendre égaler Rondelet, j'ai dû mettre quelques X à mon service, et causer avec quelques formules, dont je fuis ordinairement les prétentions un peu paradoxales.

Mais je me bornerai, j'espère, et vous parlerai seulement d’une partie de la construction que personne ne peut plus soupçonner, puisqu'elle est cachée maintenant par des cloisons et des tentures. Il s’agit des piles qui soutiennent le comble de la salle, ainsi que les planchers des loges et des galeries.

Dans toute salle de théâtre, il est une nécessité qui s'impose; celle d'ouvertures nombreuses dans le mur qui la contourne, et qui donnent accès aux loges situées sur le pourtour. Il résulte déjà de cette obligation, que les piles de ce mur, quelque poids qu’il supporte, ne peuvent jamais avoir une largeur plus grande que celle des trumeaux qui

séparent deux loges consécutives. De plus, lorsque dans les salles on installe un système de chauflage et de ventilation, les innombrables conduits que ces systèmes comportent, et qui ne peuvent trouver place que dans le mur d'enceinte, occupent encore une partie assez considérable de l’espace qui pouvait être réservé aux piles de supports. D’après ces constatations, on reconnait que les piles formant l’ossature du mur d’une salle de spectacle, ne peuvent avoir que des dimensions limitées.

Lorsqu'une salle est construite directement sur le sol, les piles de support, disséminées dans les trumeaux du mur, peuvent prendre leur naissance au niveau de leurs basses fondations, et la dificulté de disposition n'est pas accrue; mais si, sous la salle, se trouve une vaste pièce devant avoir de larges ouvertures de communication, les piles du mur ne peuvent traverser ces ouvertures, et il faudra forcément les rejeter à l’aplomb des seuls points d'appui conservés dans la salle souterraine. Là, la difiiculté augmente, et l’espace réservé aux piles de support devient de plus en plus restreint.

C'est ce qui a lieu à l'Opéra, où le vestibule circulaire, placé sous la salle, a douze grandes baies d’accès et de circulation. D’après la disposition de ce plan souterrain, les piles de support de Ia salle ne devraient pas être rapprochées de plus de cinq mètres d’axe en axe, et devraient n'avoir qu’un mètre carré de surface pour laisser le passage libre aux portes des loges et aux conduits de chaleur et de ventilation.

Or, le poids total que ces piles devaient soutenir était considérable. Je ne l’ai pas en ce moment présent à la mémoire; mais peu importe; on se rendra compte de

DE FATCONSTRUCTIONPDEULATSALLE. 199

son importance, en songeant que le poids à supporter se compose des éléments suivants :

La moitié du poids de tous les planchers des loges et de lamphithéâtre du cintre; la moitié du poids des planchers des corridors autour de la salle à six étages, le tout supposé rempli de spectateurs ou de promeneurs ; le grand mur en pierre extérieur de la grande coupole centrale, ayant une hauteur moyenne de 10 mètres; le grand plancher circulaire reposant sur cette construction et ayant 30 mètres de diamètre; ledit plancher devant supporter lui-même les conduits de ventilation en tôle, la cheminée centrale du lustre, le lustre et tous ses engins de fonctionnement, y compris le contre-poids, les cloisons de séparation des prises d’air frais établies dans les œils de bœuf du mur circulaire, la coupole en cuivre de la salle, suspendue à ce plancher; les voussures et votes de la salle suspendues de même, divers services d'incendie et de canalisation du gaz, des escaliers de communication, et d’autres choses encore; enfin les piles devaient aussi supporter une partie des combles au droit des corridors et le grand comble du couronnement de la salle, avec ses armatures, Sa lanterne de métal; la couverture, avec ses chemins de service, et le poids des neiges qui pouvaient s y accumuler (ce qui s’est présenté cet hiver.) Ajoutez à cela les surcharges accidentelles fréquentes à l'Opéra les jours de bal ou de grandes fêtes, le poids des piles elles-mêmes ainsi que celui des traverses supérieures, et vous reconnaîtrez tout de suite que la pression exercée sur les piles de support devait être énorme, puisque leur surface et leur nombre étaient limités.

Il fallait donc, dans ce cas, renoncer absolument à

construire les piles en pierre et les édifier en métal; remarquez de plus que ces piles, ayant un mètre carré à la base, s'élèvent à une hauteur de plus de vingt-cinq mètres, et que le métal seul pouvait dans ces conditions avoir assez de résistance et de stabilité.

Mais encore fallait-1l chercher le meilleur moyen de les établir! c’est ce que j’ai tenté de faire, en procédant aussi logiquement que possible. D'abord, j’ai divisé chaque pile en deux sortes de supports : ceux qui devaient supporter les planchers, et ceux qui devaient supporter le reste de la masse. Je me suis arrêté à cette disposition, afin de supprimer autant que possible les vibrations directes dans ces derniers supports, En effet, les planchers sont soumis à une trépidation presque continuelle, qui se serait reportée directement sur les piles entières, si celles-ci n’avaient pas été divisées en deux catégories. On sait que les vibrations longues et fréquentes déterminent dans le métal une sorte de décomposition, et le rendent pour ainsi dire à l’état moléculaire, lorsque, par suite de diverses circonstances encore assez mal connues, les vibrations sont prolongées pendant un certain espace de temps. Or, si un jour ou l’autre, pareil accident arrivait aux colonnes soutenant les planchers, ce ne serait en somme qu’une médiocre réparation à faire, et 1l n’y aurait guère de sinistres immédiats à craindre, les planchers reposant partie sur le mur, et partie sur les colonnes. Si un fléchissement se manifestait, on en serait quitte pour étayer le plancher, remplacer la colonne brisée, et tout serait dit. Mais il en serait tout autrement si une des piles qui supportent toute la partie supérieure venait à

se décomposer et à se rompre sous l'influence des vibra-

DE LANCONSTRUGTION DEILACSALLE. er 1

tions. Ce n'est pas seulement une déformation qui se manifesterait; ce serait l’écroulement d’une partie des coupoles et du mur qui les supportent, écroulement partiel qui amènerait vraisemblablement un écroulement général.

Vous voyez qu'il fallait chercher à ne pas rendre les piles de supports solidaires des trépidations des planchers, afin de supprimer, autant que possible, les vibrations directes, et c’est ce qui m'a conduit, ainsi que je viens de le dire, à diviser en deux systèmes distincts les colonnes supportant la maçonnerie et la couverture.

Je dis les colonnes supportant la couverture parce que, en effet, ce sont. des colonnes que j'ai employées, la forme circulaire étant celle qui, à égalité de surface, donnait le plus de résistance à la pression. De plus, j’ai fait ces colonnes creuses, encore par la même raison que les colonnes creuses ont plus de résistance que les colonnes pleines, ayant même surface de section portante. D’après la disposition des colonnes de support des planchers, j'avais de libre une surface de o,$o sur 1 mètre; j'avais bien pensé à me servir de toute cette section pour y établir un support en fonte ayant presque cette surface; mais, par suite de calculs minutieux, j'ai rejeté en résumé toute autre forme que la forme circulaire répétée deux fois, qui me donnait ainsi plus de sécurité et aussi plus de facilité en exécution, ce dont il fallait tenir compte.

La section horizontale faite sur l’ensemble de la pile donnait donc pour figure une espèce de croix, composée de deux colonnes creuses de o»,$o et de deux colonnes creuses également de 0",20 à l'étage inférieur et de o",16 à l'étage supérieur. La direction des deux grosses colonnes étant normale au mur de ceinture de la salle,

202 LEÉPNOUVEL*OPÉRAIDE PARIS:

celle des petites colonnes lui était parallèle et placée juste dans son axe. Si l’on a bien compris cette description, on voit que cette section ressemblait assez à un as de pique, dont la tête et la queue seraient circulaires et plus grosses que les deux ailes.

Les colonnes portant les planchers n’offrant rien de particulier, il est inutile de nous y arrêter plus longtemps ; mais il n’en est pas de même des grosses colonnes de support, et c’est pour arriver à leur description,. que j'ai écrit ce chapitre.

Disons d’abord qu'il y a par groupe de colonnes six tronçons superposés, d’une hauteur variable de 3 à s mètres, suivant les hauteurs d’étage; que les tronçons du bas reposent sur une forte plaque en fonte alésée au tour pour les recevoir, et que les tronçons du haut supportent un coussinet recevant les abouts des fermes en tôle destinés à porter toute la partie supérieure. Cela indiqué, nous n’avons plus qu’à nous occuper d’un seul tronçon et de son assemblage avec celui qu'il supporte, ou qui le soutient.

Ainsi que je l'ai dit, chaque pile de support est composée de deux colonnes presque juxtaposées. Ce que je vais dire pour l’une servira pour l’autre.

Le tronçon de colonne, dont je m'occupe enfin maintenant Matunwdrametre lextérieunmdeMoi ts O0 PR colonne est creuse et son épaisseur est rigoureusement de 0",03$ à la partie supérieure, et à la partie inférieure. Une sorte de patin de fonte, à renflement extérieur ferme les deux orifices du vide; seulement le patin n’est pas complétement plein ; il porte au centre

une ouverture d'environ 0",20, dont tout à l'heure nous

DEÉVIPAPCONSERIUCIMONPOENUTIAY SALLE. 203

verrons l'usage ; de plus, à la base et au sommet de la colonne, le renflement du patin cesse à o",o$ du fond; de sorte que, lorsque deux tronçons sont réunis, les deux renflements forment une rainure de o",10 de largeur et dont le fond est saillant sur le nu de celui de la colonne ; enfin, de distance en distance, d’autres bourrelets, formant également rainures, sont placés sur le fût du tronçon.

À quoi servent toutes ces choses? Je vais le dire en quelques mots : les rainures haut et bas servent à recevoir des colliers circulaires qui, au moyen de boulons, peuvent serrer les colonnes d’une façon absolument complète ; de sorte que le moindre mouvement de disjonction ne peut avoir heu; de plus, l’orifice dont j’ai parlé et qui est conservé dans l’axe des deux parties opposées des tronçons, reçoit un tampon d’une forme insensiblement conique et qui, par un système de vis et de plate-bande, s’enfonce comme un coin, en réunissant les deux orifices, juxtaposés d’une manière invariable et rigoureuse. Il résulte de ces moyens de serrage extérieur et intérieur des tronçons, que ces tronçons sont pour ainsi dire soudés ensemble ; que nul glissement ne peut se produire, et que les tronçons, ainsi ajustés, ont au moins autant de résistance que s'ils avaient été fondus d’un seul jet. Quant aux rainures placées sur le füt mème des tronçons, elles servent aussi à recevoir des colliers ; mais ceux-ci, tout en joignant ensemble les deux colonnes jumelles, entourent également les colonnes supportant les planchers, de façon à ce que le tout fasse une sorte de faisceau, donnant plus de résistance à l’assiette générale. Cette liaison, au surplus, ne devait pas communiquer sensiblement les vibra-

tions éprouvées par les colonaes des planchers, puisque la

communication a lieu au moyen de pièces ne faisant pas corps avec les diverses colonnes du même groupe; d’ailleurs, les colonnes sont en fonte et les colliers sont en fer ; et les vibrations ne sont pas de même nature dans ces deux états différents du fer mis en œuvre.

Tel est donc l’ensemble de la disposition; mais l’exécution avait une part non moins grande que celle de la disposition ; il fallait qu’elle füt parfaite pour ne pas la rendre inutile. Voici ce qui a été fait à cette occasion : d’abord les tronçons ont été fondus debout, de façon à donner à la fonte toute la cohésion possible. Puis, j'ai fait tourner avec la plus grande perfection le fond de chaque rainure, la surface de pose des colonnes, surface inférieure et surface supérieure; puis les parois de l’intérieur de la base qui devaient recevoir le tampon; puis le tampon lui-même; puis enfin les colliers qui devaient réunir les groupes des colonnes ensemble. Ces colliers, ainsi que je l’ai dit, devaient reposer dans les. rainures ci-dessus décrites ; mais ayant un peu moins de développement afin que le serrage püt s'établir.

Tl'out cela une fois terminé, il fallait procéder à la réception de chacun des tronçons en particulier ; ils furent tous mesurés avec la plus grande exactitude, au moyen d’un compas fait ad hoc, sur quatre points de leur base, quatre correspondant au sommet, et quatre points à la partie médiane, non-seulement sur leur diamètre extérieur, mais encore, et surtout, sur leur épaisseur. Les colonnes qui offraient des différences de plus de deux millimètres en moins, furent impitoyablement refusées, et remplacées par d’autres au plus bref délai possible. Sur soixante-douze tronçons, sept furent ainsi mis de côté, et l’on tint compte

D'EVEFAPCONSERUCTIONND/E" LA SALLE: 205

à la pose des épaisseurs plus ou moins grande de deux ou trois millimètres de diamètre, pour placer à l’intérieur de la salle la génératrice du cylindre qui était un peu plus faible.

Quant à la pose elle-même, elle fut faite avec le soin le plus minutieux ; d’abord des lames de plomb de deux millimètres d'épaisseur furent placées entre chaque surface, afin de rattraper les lignes gauches qui pouvaient se présenter; puis, chaque tronçon placé était plombé sur quatre génératrices, afin de bien se rendre compte de l’aplomb, et, à la moindre différence observée, on faisait mouvoir un peu la colonne, jusqu’à ce que l’aplomb füt parfait et au besoin on changeait le tronçon de place, pour le porter sur une autre pile, et assurer ainsi une verticalité parfaite.

Lorsque les six tronçons superposés furent arrivés à leur hauteur, soit 20 mètres environ, le plombage le plus minutieux n’accusa qu'un dévers de o",003 sur une colonne; de 0",002 sur une autre; quant au reste, on ne put constater aucun fruit ni aucun surplomb. Les différences des niveaux supérieurs de ces colonnes furent même insignifiantes, et, en tout cas, elles furent rachetées par des cales en tôle de l’épaisseur nécessaire. C’est sur cette suite de colonnes, que vinrent se placer les triples filets en tôle devant soutenir le mur en pierre, le grand plancher de la salle, et tous les accessoires précédemment déctits; mais l'opération devenait alors toute simple, et il n’y avait à prendre que les précautions ordinaires nécessitées par les ouvrages courants.

Cet ensemble de colonnes en fonte avait été calculé

pour supporter avec sécurité toute la charge qu’elle devait

soutenir ; néanmoins je ne voulais pas me fier complétement aux calculs ; il se pouvait que quelques poches invisibles existassent encore dans un ou plusieurs des tronçons, bien qu'ils eussent été sonnés sur toute leur étendue ; il se pouvait que quelques parties de fonte fussent d’une qualité inférieure et, sous l’effort persistant de la charge, ne vinssent à se briser; il ne fallait pas là être seulement convaincu de la résistance des matériaux employés, il fallait être certain que nul accident immédiat ou futur ne serait à redouter.

A cet effet, j'ai pris le parti de doubler, pour ainsi dire, la force des supports, en leur adjoignant des espèces d’étais en fer forgé, qui, à eux seuls déjà et étant suffisammentérchiestentmrenenx pouvaient, le cas échéant, soutenir la charge permanente de tout l’ensemble. Je laissai d'abord pendant près d’un an tous les tassements qui pouvaient se faire produire leur eflet, et, à vrai dire, je n’en ai constaté aucun, et c’est alors que j'armai les quatre angles de chaque pile par des supports en fer de o",12 de côté. Ces supports placés bout à bout au moyen de surfaces polies et dressées, reposant sur des feuilles de plomb et entourées de frettes carrées, serrées à force de coins, étaient reliés de mètre en mètre par des ceintures de fer à boulons, empêchant tout fléchissement extérieur, tandis que les parties comprises entre les colonnes et ces Supports d’angles, étaient remplies en brique de Bourgogne, coulées en ciment et garnies d’une sorte de fourreau coulé, lui, en plâtre, de façon à ce que la dilatation de celui-ci serrât aussi les supports à l’intérieur et empéchât également un autre fléchissement intérieur. Cet arrangement donnait une rigidité complète à l’ensemble,

DEÉCAtCONSTRUCGTIONNDENDArSALLE, 20%

qui fut arrêté sous les filets supérieurs au moyen de gaines et serrés par des calles dressées et enfoncées par un système de vis à grand bras de levier.

Si donc un mouvement se produisait dans l’une des colonnes de fonte, les supports en fer viendraient arrêter ; siau contraire c’étaientles supports en fer qui fléchissaient, les colonnes de fonte empèêcheraient le mouvement de se continuer, jusqu'à ce que colonnes et supports fussent chargés également etconcourussent à la stabilité générale.

En résumé, je dois dire que, d’après les calculs théoriques, l’ensemble de ces supports pourraient porter, avant de se rompre, un poids vingt fois plus fort que celui qu’ils ont à supporter, et en prenant le quart comme moyenne de stabilité; on voit qu'il faudrait encore qu'ils fussent chargés cinq fois plus qu'ils ne le sont.

On peut donc être bien tranquille sur la résistance des piles de Ia salle ; mais, en tout cas, je ne regrette pas les précautions que j'ai prise est le superflu de sécurité que j'ai donné à cette partie de l'Opéra; car un désastre arrivant au mur de la salle pendant une représentation, amènerait un accident tellement effroyable, qu'on ne saurait trop se prémunir contre toute mauvaise chance et être prodigue de force, là où une faiblesse pourrait produire une si grande catastrophe. On ne saurait être trop prudent dans des constructions de cette sorte; aussi j'ai poussé la prudence à sa limite etje puis, grâce à cela, voir la salle de l'Opéra pleine de monde les jours de bal ou de fête, sans craindre que la coupole ne tombe sur la tête des gens. Cela vaut bien, je crois, les cinquante mille francs qu’il aurait été théoriquement possible d’écono-

miser; et ceux qui vont à l'Opéra me pardonneront, je

pense, cette petite prodigalité, en songeant que, grâce à elle, ils peuvent être sans inquiétude.

Je me suis étendu plus que je ne le pensais sur cette construction des piles; aussi, je ne dirai que quelques mots sur le plancher de la salle, qui est construit en forme de parapluie, forme imposée par la nécessité des dispositions. Il fallait donner à la salle souterraine le plus de hauteur possible, et, comme l'orchestre est en pente, pour gagner toute cette hauteur, il fallait bien que le point central de la voûte inférieure füt plus élevé que le point de départ. De là, obligation de renoncer à un plancher horizontal, pour construire un plancher en forme de cône aplati.

Nul n’ignore la poussée énorme que des arbalétriers exercent lorsqu'ils font un angle peu ouvert avec la ligne horizontale. Lorsqu'il s’agit de fermes ordinaires, on combat cette poussée au moyen de tirants ou tendeurs en fer; mais cette facilité m'était refusée, puisque ces tendeurs auraient passé dans la voûte de la salle souterraine. J’ai donc dû remplacer les tirants habituels par des ceintures contournant le pied des fermes de construction : mais on comprend que là, au lieu d’une poussée unique, il fallait combattre celle de l’ensemble des fermes. C'est alors que j'ai assisté à une danse de calculs assez divertissante. Me trouvant en désaccord avec l’entrepreneur de serrurerie sur les dimensions à donner à ces ceintures, je pris le parti de demander avis à l’un des mathématiciens les plus consciencieux. Son évaluation différait encore des deux nôtres; je fis alors x petto comme une espèce de concours entre diverses sommités d'ingénieurs de l’État ou d'ingénieurs civils, en leur posant le problème à

résoudre ; et j’arrivai à ce résultat que, sur six solutions, j'obtins six résultats différents! naturellement chacun faisait bien les calculs exacts; mais ce qui différait, c’était la méthode, les conditions d'équilibre statique, la résistance des fers, la répartition des forces, etc. Me voilà assez embarrassé! Un général d’artillerie, bien connu, à qui je soumis le cas, me donna comme recette de faire d’abord le plancher, puis de faire venir un bataillon de soldats, et de les faire danser dessus en mesure, et en marquant le pas; si cela résistait ainsi, le plancher était bon! — Oui; mais s’il s’effondrait? Je trouvai le conseil peu pratique. J’envoyai au diable toutes les formules, et me fiant à mon instinct, je donnai aux ceintures les dimensions qui me semblaientconvenables pour défier toute rupture. Au fait, ce plancher a été éprouvé maintes fois, non-seulement dans les bals, mais encore pendant la construction, où il servait de chantier et était rempli de matériaux fort lourds et d’échafaudages qui, à eux seuls, valaient le poids de tous les spectateurs. L'épreuve a donc été faite sans prendre un bataillon de soldats, et l’on peut danser sur ce plancher sans craindre de passer au travers.

Quant aux autres parties de construction de la salle, planchers à bascules, arcs doubleaux, voussures, etc., comme elles n’offrent pas de systèmes bien particuliers, et rentrent plus ou moins dans les conditions de constructions usuelles de grande portée, il estinutile d'en parler, et je clos ce chapitre, en disant seulement que là, comme dans tout l'édifice, il n’a pas été posé un boulon ou placé une équerre, sans que leur fonction n’ait été auparavant étudiée, soit par M. Clairin, l'entrepreneur de serrurerie, soit par moi-même, et pour mieux dire par nous deux ensemble.

RUE RS en, hi San È WITE rats An SE ea A se ri Rs + c PA FREE els D he

LR NE PTT RSR à #s a 4) fé a ES Dont

PPT

CAL 636 a QUES Fe YU CAT AE je d TE je Fi rit nes iris HR ES .

ALU r +4 Ru née PL LE 4° ARENA NÉE 0 CRU ce H pen AIRES IA RAA US SOU th TAAtU RE SRI N MARNE HTMABE LL Le De

gite “ à #7 NPA ARE

Les combles de la scène présentent cette particularité qu’ils ne sont pas formés de fermes comme les autres combles. Ce sont les murs pignons limitrophes qui remplissent cet office, et supportent alors de grandes pannes de 27 mètres de long, de 1",60 de hauteur et construites en tôle à treillis. J'aurais eu, en effet, une portée de 60 mètres environ, si j'avais établi des fermes dans le sens transversal, la difculté de construction eût été plus grande, et le poids des fers employés, plus considérable.

Ces pannes sont placées isolément vers la partie basse du comble, deux par deux dans la partie moyenne, et trois par trois dans la partie supérieure. Ce qui a motivé cette différence de nombre et par suite cette différence de résistance, c’est que le comble supporte tous les grils, au nombre de trois, et que ces grils, allant naturellement en se rétrécissant au fur et à mesure qu'ils s’élèvent vers le faite, il en résulte que les pannes extérieures n’ont à supporter qu'une seule partie du gril inférieur, que les pannes médianes supportent une autre partie de ce gril, plus une partie du second gril, et qu'enfin les pannes supérieures supportent deux parties des deux premiers grils, et le troisième tout entier.

Comme on le voit, ces fonctions différentes exigeaient des forces diverses, et au lieu de modifier les dimensions successives des pannes, j'ai préféré garder le même type, et les renforcer par accollement; de cette façon, l’exécution était bien plus pratique.

Je viens de dire que Îles grils étaient suspendus au comble ; cette suspension se fait au moyen d’aiguilles de fer, s’attachant aux pannes par leur partie supérieure, et aux poutres du gril par leur partie inférieure. C’est sur. ces poutres du gril, qui n’ont que des dimensions relativement petites, que s’assemblent les solives qui reçoivent les planchers à jour, formant leurs sols.

Les aiguilles de suspension de six centimètres de diamètre, placées de trois en trois mètres environ, sont trèssuffisantes pour supporter le poids des grils et des engins placés sur eux; mais, là encore, j’ai dû prendre quelques précautions : il se pouvait qu’une aiguille eût une paille qui eût échappé à la vue; il se pouvait qu’un boulon füt de mauvaise qualité ; il se pouvait enfin que les vibrations, qui sont très-nombreuses sur ces grils, par suite des manœuvres de toutes sortes qui S'y exécutent, amenassent une décomposition dans les tiges; il se pouvait enfin qu'une rupture, amenée par une cause quelconque, vint à se produire, et qu'une partie des grils tombât alors des cintres sur la scène; et vous jugez quelles pouvaient être les suites de cet accident! J'ai donc cherché à l’éviter ; je lai évité même en doublant de deux en deux les aiguilles de suspension de chacune quatre fils en fer tressé, ayant à eux quatre une résistance égale à celle des tiges. De cette façon, si un accident se manifestait sur l’une de ces aiguilles, il n’en résulterait rien ; les cäbles en fil de

fer seraient là pour soutenir la charge. IL va de soi que la réciproque aurait également lieu.

Je sais bien que, pour assurer partout une sécurité complète, il ne faudrait pourtant pas doubler tous les supports et toutes les traverses ; mais il y a des cas où 1l est utile d'agir ainsi, et ils se présentent dans les grils d'un grand théâtre. Là, les occasions de rupture sont plus fréquentes qu'ailleurs; les aiguilles de support sont exposées à des chocs et à des trépidations répétées ; il peut y avoir des à-coup, des espèces de secousses violentes, qui n’auraient aucun effet sur de grandes fermes, la commotion se répandant dans toute la masse, mais qui peuvent fort bien en avoir sur des tiges de petits diamètres. Une manœuvre mal exécutée, des fils se cassant, des contrepoids s’échappant des treuils ; tout cela peut occasionner un de ces à-coup et faire briser comme une paille des aiguilles qui porteraient un poids continu, bien plus considérable que celui qui causerait la rupture. Ces considérations m'ont amené à aménager ces fils de secours qui empêchent les occupants de la scène de se préoccuper d'un gril de Damoclès, suspendu sur leurs têtes.

De plus, il faut dire que, dans les théâtres comme en beaucoup d’endroits, du reste, les charges permanentes tendent toujours à s’augmenter; chaque jour de nouveaux engins viennent s’adjoindre à ceux déjà installés, et peu à peu les résistances des soutiens et des supports, surabondantes au commencement de leur service, deviennent juste proportionnées à leur office, pour arriver graduellement à être insufiisantes. Il faut donc toujours compter Sur cette progression des charges dans les parties qui, vraisemblablement, doivent avoir des surcharges futures, et

les construire de facon qu’elles dépassent, dès le principe, d’une quantité notable, les coefficients de sécurité. C’est ainsi que sont comprises les pannes des combles, qui pourraient même, au besoin, voir leurs forces s’augmenter par l’adjonction de nouveaux treillis et de tendeurs leur servant d’armature. C’est ainsi que j'ai fait pour les aiguilles qui viennent de nous occuper, et dont peut-être l'utilité qu'il y a eue de les accompagner de fils de secours vous est démontrée maintenant.

J'ai vu bien des grils de théâtres en France et à l'étranger, et je suis autorisé à dire qu’il n’y en a pas un seul qui ait les dimensions de ceux de l’Opéra, et qui soit aussi bien aménagé. Je ne tire pas gloire de cet aménagement, le machiniste de l'Opéra, M. Brabant, y àyant eu une grande part; néanmoins, responsable de tout ce qui s’exécutait dans le théâtre, j’ai dû ne pas renoncer à mon autorité, examiner et contrôler tout ce qui m'était proposé, l’accepter, le modifier ou le refuser, suivant que les choses se présentaient, et, en somme, faire pour ces travaux un peu techniques ce qui se faisait pour les travaux artistiques : assumer sur moi la responsabilité tout entière, et agir alors de façon à ne pas la compromettre.

Si j'indique cette réserve, c’est que, si j'avais abandonné cette opération au chef machiniste, devenu mon entrepreneur, j aurais été entrainé bien au delà des choses raisonnables, et que, désireux de faire de la machinerie de l'Opéra une merveille ne pouvant être égalée, l’entrepreneur aurait dépassé de beaucoup les crédits disponibles et fait de l'Opéra seulement des dessous et des cintres équipés plus que de raison.

Cependant, en voyant les grils de l'Opéra, on ne se douterait guère qu'ils ne sont qu'une portion de l’ensemble rêvé ; car, en résumé, n’y manque rien, absolument rien ; tout est équipé dans les meilleures conditions: l’espace est grand, la circulation facile, tousiles engins bien établis, et les fils de chanvre ou de cuivre d’une résistance très-suffisante et d’une fabrication très-soignée.

J'ai vu des gens spéciaux sortir enthousiasmés de ces cintres après une visite minutieuse de toutes les parties ; j'ai vu les visiteurs être tous étonnés de cette multitude de cordages, de treuils, de tambours, de poulies, de moufles, etc. De fait, pour qui n’est pas habitué aux choses des théâtres, l’aspect d’un tel gril est réellement imposant. On se trouve dans le milieu d’un grand métier à la Jacquard, en même temps que sur le pont d’un navire, et chacun se demande comment on peut s’y reconnaitre dans cette trame qui semble si compliquée. — La chose est pourtant facile : tout est numéroté, tout est à son plan, à sa place; tout a sa fonction déterminée; tout enfin est combiné de telle façon, qu'aucune erreur n’est possible, et que les manœuvres se font avec une régularité et une sécurité parfaites. C’est qu’en effet, sauf quelques exceptions motivées par diverses exigences de la mise en scène, tous les plans se ressemblént comme disposition, et que le principe qui régit le mouvement d'une traverse se trouve conservé pour régir celui des autres.

Je ne puis, du reste, prétendre à donner ici une description détaillée de ces grils en tant que machinerie théàtrale. Des planches seules peuvent indiquer les dispositions adoptées, et dans les gravures qui font partie de Ja monographie de cet ouvrage, on trouvera au regard

des indications qui vaudront mieux que mes discours.

Je dirai seulement ceci : c’est que toutes les manœuvres qui se font dans les grils ont pour objet de faire mouvoir les décorations suspendues au cintre, ou les engins qui s’y rapportent : toiles de fond, bandes d’air, frises, vols, gloires, rideau de gaze, contre-poids, herses, ponts-volants, plafonds, etc., et que tout ce qui se rapporte aux manœuvres d’une même catégorie est installé dans le même gril et s'exécute avec des engins de même nature.

Pour terminer ce qui se rapporte aux combles de la scène, je dirai prestement que la construction de ces combles en plomb est aménagée de façon que la circulation soit des plus faciles de toutes parts : trois rangées de larges marches en zinc montent de la base du toit à son faite, une à chacun des deux murs pignons, l’autre dans l’axe transversal, et que dans le sens des longs pans, se trouvent sept grands chemins horizontaux de circulation dont le supérieur a près de deux mètres de largeur. On peut donc parcourir le toit dans tous les sens, sans aucun danger, sans aucune entrave, et cette facilité de communication, si utile en temps ordinaire et qui deviendrait si précieuse en cas de sinistre, donne, par l'agencement des chemins qui la produisent, un aspect

fort typique au grand comble de la scène du nouvel Opéra.

Page 1