DE LA CONSTRUCTION DE LA CUVE
l’eau d’une couche aquifère, peu importe; le fait est qu’il y avait et qu'il y a encore de l’eau sous l'Opéra et que cette circonstance a exigé des travaux particuliers de fondation.
D’après les exigences du programme à remplir et pour donner aux dessous du théâtre une profondeur sufsante, il fallait descendre les basses fondations jusqu’à cinq mètres environ au-dessous du niveau moyen de ces eaux souterraines, et garantir autant que possible ces dessous des infiltrations qui pouvaient se produire, sous peine de les transformer en champignonnières et en marécages. Or, comme l’eau est un ennemi puissant et que, malgré les précautions prises, on ne peut jamais répondre qu’une fissure ne se produise pas, lui donnant entrée (surtout lorsque la pression est extérieure et soulève les enduits au lieu de les maintenir), j'ai pris tout de suite le parti de faire de ces fondations comme une double enveloppe, qui garantit absolument l’intérieur de la seconde contre tout danger d'immersion. Supposons donc que, dans le baquet dont je parlaisen commençant, on enfonçât un autre baquet plus petit, quine touchât que par des supports au fond et aux parois du grand baquet; on voit tout de suite que les infiltrations qui se manifesteraient pénétreraient tout d’abord dans l’espace vide laissé entre les deux récipients. C’est ainsi qu'a été combiné le système de la cuve de l'Opéra : le vide a été fait autour de l’enveloppe intérieure, et si des infiltrations se produisent, l’eau en résultant pourrait être enlevée au besoin par des pompes, sans gêner en rien le service qui se ferait dans cette enveloppe intérieure. C’est là, j'en suis convaincu, une disposition qui retirait toute crainte d’envahissement
des eaux et qu'il était prudent de prendre; du reste, vous verrez bientôt que l’événement m'a donné complétement raison.
Le principe admis, il fallait construire, et comme je ne connaissais pas et ne connais pas encore de construction de ce genre, il a bien fallu que je cherchasse en moimême le moyen de réussir. J’ai, du reste, hésité fort peu et ai été fixé presque immédiatement sur les procédés à employer et que je vais décrire en prévoyant déjà que je serai plus long que je ne le pensais, si j'en juge par l'espèce de préambule que je viens de perpétrer.
Voici donc ce qui a été fait :
Une fois les fouilles générales exécutées, et lorsque pour les dessous de la scène elles furent arrivées au niveau de l’eau, je fis battre sur tout le périmètre à inscrire, et à une distance d’un mètre environ, deux rangées de pieux ferrés, enfoncés à la sonnette à vapeur. Ces deux rangées étaient espacées l’une de l’autre de deux mètres environ. Ce travail terminé, on commença à fouiller entre les deux rangées en même temps que des pompes Malo et Letestu manœuvraient pour épuiser les eaux, au moyen de quatre puits, profonds de dix mètres chacun, que j’avais fait creuser aux angles du parallélogramme. Pour commencer le travail deux pompes suffirent, et nous pümes, par ce moyen, descendre déjà d’un mètre dans ces fouilles périmétriques. Au fur et à mesure que l’on creusait le sol, on plaçait des palplanches contre les poteaux, étrésillonnées contre les palplanches du côté opposé, et garnies par derrière, bourrées plutôt, avec de la paille, afin de s'opposer à l’afflouillement des sables, qui, entraînés par les eaux, tendaient toujours à s’ébouler et à passer par