‹ Le Nu au salon de (volume 2)Chapitre 15 sur 22 · ESCALIER · texte numérisé non relu

ESCALIER

(Diane

figure nue dans un encadrement de fieurs épanouies. Je ne sais pas encore de plus charmant motif décoratif que celui-là. Il nous ramène aux conceptions charmantes du siècle passé, en ses meilleurs jours de galanterie et d’élégance artistique. L’âme de Boucher traverse ces charmantes images et l’on croit entendre, au loin, des musiques oubliées, des musiques de viole et de clavecin.

Et je ne sais pourquoi, une chanson d’antan résonne à mon oreille, une vieille chanson que je vais vous dire :

Quand j’ai fui l’ingrate Silvie,

De l’oublier j’ai fait serment;

Mais je vois que mon sentiment Va durer autant que ma vie.

De chaque matin le retour Vers son souvenir me ramène.

— A chaque jour suffit sa peine.

Pas, à chaque peine, son jour.

J’en ai pour cent ans à souffrir S’il faut, qu’un à un, je vous chasse D’un cœur qui voudrait en mourir,

Attraits dont est faite sa grâce,

Vous qui me charmez, tour à tour,

Appâts sans fin de l’inhumaine.

— A chaque jour suffit sa peine.

Pas, à chaque peine son jour !

Dans la tombe même étendu,

Dans la tombe à jamais fermée,

Le souffle me serait rendu Par le son de sa voix aimée.

Ah ! pour guérir d’un tel amour.

Je sens que mon ardeur est vaine. . .

— A chaque jour suffit sa peine.

Pas, à chaque peine, son jour!

Et, devant cette image encore, je veux évoquer le souvenir charmant de cet admirable Chaplin qu’assurément ses contemporains n’ont pas estimé à sa valeur. Car je sais telles toiles de lui qui méritent de vivre à côté de nos plus aimablds maîtres.

Charmante vision de la Femme dans un berceau de roses, je t’aime à l’égale de cette vision antique qui nous mon-

trait Vénus sortant du gouffre bleu de la mer. Toutes deux ont une portée symbolique pareille ; car si les poètes ont épuisé les termes de comparaison entre la Femme et la Mer, ils n’ont pas troublés non plus sa parenté avec la fleur, fragile comme elle, grisante comme elle : [avec la fleur dont, comme les siennes, les lèvres exhalent un parfum. A vrai dire de l’un ou de l’autre sujet, l’esprit ne se lassera jamais. Ils sont de ceux qui peuvent toujours être renouvelés par une inspiration personnelle et originale de celui qui les traite. Ce joh morceau en est la preuve. Il met une note riante très particulière dans la monotonie des impressions mélancoliques qui dominent dans l’inspiration contemporaine. Car nous terminons sans gaîté un siècle commencé avec inflniment de gloire et ceux qui nous réjouissent aujourd’hui les yeux par quelque image vraiment riante, méritent d’être publiquement remerciés.

Page 1