‹ Le Nu au salon de (volume 2)Chapitre 18 sur 22 · CAMPAGNE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE

(phryné

üi, je vois bien Phryné, abaissant fièrement son regard sur elle -même, après avoir découvert tous les trésors de sa beauté, du doigt retenant seulement l’inutile draperie qui la cachait aux yeux. Mais je ne vois pas l’Aréopage, qui tout à l’heure, va l’acquitter de je ne sais plus quel

crime.

Cet Aréopage, je le connais cependant et je vous en pourrais nommer les membres les plus illustres. C’est celui qui a juré une haine à mort à la nudité des marbres. Sera-t-il aussi sage que l’autre et pardonnera-t-il tout à la Beauté, même d’être belle ?

Je ne l’ose espérer. L’exemple est beau cependant, des circonstances atténuantes si éloquemment plaidées par une simple mimique de femme ayant conscience de l’immortelle image qu’elle porte en elle et devant laquelle les âges se sont si longtemps agenouillés ? Bien se peut-il rêver de plus chaste au monde que cette justification? Ehl quoi! Il conviendrait que nos fils oublient cette admirable harmonie des formes, ce poème des proportions où les dieux mirent leur génie et qui fit l’immortalité des poètes, et du seul coup, ils en deviendraient plus vertueux ! Leur conscience se fera meilleure dans les jeux abominables de la Bourse, dans les luttes déloyales de la politique, dans la paresse des cercles et des lieux de plaisir que dans la contemplation recueillie de ce chef-d’œuvre vivant devant lequel une assemblée de sages faillit s’agenouiller ?

En vérité, je me refuse à le croire.

Il ne me semblait pas que la morale fut où on la met aujourd’hui. Je ne croyais pas qu’elle put être ennemie de la vérité dans son expression la plus noble ! La Vérité et Vénus, l’antique déesse, me semblaient être un peu sœurs, pour avoir eu le même berceau, les transparences limpides de l’eau qui reflète le ciel et purifie tout ce qu’elle touche.

Est-ce que les plus belles leçons de la Vertu et les plus immortelles ne nous sont pas venues de cette race Grecque qui honorait la nudité, dans ce qu’elle a de grand et de

pudique? Est-ce que nos philosophes d’aujourd’hui auraient la prétention de penser plus haut que le divin Platon ?

Ce n’est pas mon avis.

J’imagine que la notion d’immortalité même nous est venue de la notion de Beauté.

En vain nous étreignons nos cœurs pour retenir Le souffle fugitif qui court dans nos poitrines.

— Pour savoir le secret des voluptés divines, Nous ne sommes pas Dieux, maîtres de l’avenir.

En s’élançant des flots, Vénus a fait jaillir.

Avec l’eau de la mer, sur notre pauvre monde, Ses gouttes d’inflni dans notre âme s’inonde. Seule elle nous a fait le regret de mourir.

Qu’importe le trépas des plus superbes choses ! A peine les enfants pleurent-ils sur les roses. Notre pitié s’arrête au monde inanimé.

Mais nous, les affolés de ton image auguste, Si nous ne renaissons, Vénus, tu fus injuste. On doit être immortel rien que d’avoir aimé.

Et c’est dans cette foi de celle que tu suivis fidèlement, ô Phiyné, que je te conjure d’attendrir encore l’Aréopage d’aujourd’hui et de nous garder, après l’avoir vaincu par l’excès même, et la majesté et la divinité de tes charmes, cette belle vision de la Femme qui fut le berceau de l’Art même et d’où tant de chefs-d’œuvres nous sont venus.

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