‹ Le Nu au salon de (volume 2)Chapitre 3 sur 22 · STORY · texte numérisé non relu

STORY

Nymphe et Satyre

Evohé! C’est le temps ou la vigne blessée

D’un sang jeune et fumant teint le coteau vermeil,

Et, du voile flottant des brumes caressée.

Cache ses flancs meurtris aux baisers du soleil.

Evohé ! C’est le temps où la chanson du cuivre Sonne, sur les chemins, l’appel des vendangeurs, Où le vin tiède encor dont leur foule s’enivre Fait les vieillards joyeux et les jeunes songeurs.

vohé! C’est le temps où les filles robustes,

Sous les jours amortis où TAutomne s’endort,

J Lisqu’aux troncs noirs des ceps tendant leurs nobles bustes, Font pleurer, sous l’acier, la grappe aux larmes d’or.

Evohé! c’est le temps où descend sur le monde L’oubli des jours mauvais et des tristes amours, Puisqu’au sein patient de la vigne féconde L’homme boira la paix et le rêve tqujours,

Evohé! C’est le temps où passe sur la terre Bacchus, des deux mortels nous montrant le chemin. Assis aux flancs rayés d’une jeune panthère Et fouettant l’air sonore, un thyrse dans la main!

Oui, c’est partout la fête auguste des vendanges. Mais, plus sages que les faunes et que les bacchantes au front couronné de pampre, ceux-ci ont fui la bruyante cohorte dont Silène mène les délassements. En un coin de verdure très sombre, près d’une eau claire et murmurante où descend l’image azurée des iris, sur un lit d’herbe haute, ils ont couché la molesse d’une fourrure et ils n’auront rien à envier aux buveurs joyeux. Car le rêve de l’Amour est plus doux que la griserie du vin.

C’est un lieu très caché, presque un antre désert qu’ils ont choisi pour leurs tranquilles délices. A peine un coin de ciel s’ouvre là-bas comme un œil d’azur clément à leur tendresse . Car les deux d’autrefois étaient indulgents à ces amours toutes charnelles qui ne nous sont plus qu’une évocation d’un monde plus jeune, fait tout entier de ferveurs sensuelles.

L’âme moderne s’est imprégnée d’autres aspirations que

ces appels fougueux de la nature. Peut-être y a-t-elle gagné en noblesse et en idéal. Mais le poète, comme les deux Olympiens, demeure sympathique à ces rudes tendresses qui furent, au demeurant, le berceau de l’humanité et la source même des races.

Mais il leur faut le décor de nature que la vie contemporaine ne réalise plus et qui, seul, leur donne cette décence originelle qui vient, comme l’a fait remarquer Diderot, de la nudité complète. Quelque chose de religieux se mêle encore à l’évocation de ces mythes d’amours antiques dont un ciel admirable, un climat enchanteur excusaient toutes les libertés.

Dans tous les cas, c’est le droit du peintre comme de l’écrivain, de revivre, quand il lui plaît, en ces siècles passés, en ces époques sincères qui furent le commencement de l’art et ses plus nobles inspirations. L’art ne demeure-t-il pas, à travers le temps, le grand consolateur de l’humanité? Et ce serait une injustice réelle que d’abandonner à jamais une légende qui nous a valu les plus immortels chefs-d’œuvre, et qui enchante encore aujourd’hui tous les esprits élevés et délicats.

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