BERTHAULT
(Dans les (Dunes
Depuis qu’Aplirodite la blonde Jaillit des bras du flot amer, Mieux qu’à nous, fidèles à Ponde, Les femmes ont aimé la mer.
Et la mer a gardé, pour elles.
Le tendre regard d’un amant.
Elle vient baiser leurs pieds frêles Avec un doux gémissement.
L’écume de ses Ilots plus calmes Que l’orage ne gonfle pas Vient poser l’argent de ses palmes Sur le doux charme de leurs pas.
L’àme de la mer est pareille Aux lyres qu’effleure le vent;
Elle murmure à leur oreille Un chant douloureux et vivant.
Souvent j’ai voulu, dans un rêve, Assis au bord du flot moqueur.
Mêler aux chansons de la grève, La triste chanson de mon cœur.
Quand je voyais, énamourées Par les âcres senteurs de l’air, Passer, sur les plages dorées,
Les belles filles au teint clair.
Telles, elles apparaissent en cette charmante vision, dans la solitude des dunes au sable monotone que traverse, çà et là, une verdure obstinée et sombre, aux âcres parfums, à l’haleine salée, dans cette façon de désert où le flot lui-même, comme lassé de sa course, semble venir se recueillir, laissant çà et là, une large larme. Et ce m’est un enchantement de les voir dans cette grande paix de la mer calmée, sur le sol où serpentent seulement quelques goémons où s’efîilochent de rares lichens ; celle-ci ramenant jusque sous les fermetés arrondies de sa gorge, le vêtement dont l’eau a fait les transparences voluptueuses, d’un mouvement plutôt pudique que frileux; celle-là n’ayant de vêtement que sa chevelure sombre répandue, à pleins flots, sur ses épaules et les mains tendues en avant vers la compagne qui a glissé, sans doute, sur le sable mouvant, humide et doux comme une peau de reptile.
Et le groupe plus lointain de celles qui goûtent le bienêtre du bain achevé, des mots indifférents aux lèvres sans doute, mais le cerveau plein encore des visions profondes et nacrées que les vagues nous laisse longtemps encore dans les yeux. Eien de plus chaste que ce tableau, dans son abandon de pose, sans coquetterie, où nul regard d’amoureux ne vient troubler l’innocence parfaite des impressions.
Et tout autour il me semble entendre, avec le bruit des ailes lointaines des alcyons, le murmure caressant de la mer qui se retire, une chanson d’adieu très douce, presque maternelle qu’elle chante aux petites filles de l’antique Vénus. Car le mythe revit éternel dans ces évocations de la vie contemporaine néanmoins. Et derrière ces baigneuses tranquilles, dans un coin de ciel, se détache, pour le peintre et pour le poète, l’immortelle image de l’Aphrodite antique qu’emporte son berceau de nacre sur le flot indifférent des âges.