‹ Le Nu au salon de (volume 2)Chapitre 6 sur 22 · JAQUESSON DE LA CHEVREUSE · texte numérisé non relu

JAQUESSON DE LA CHEVREUSE

L’Avril

Voici que le soleil d’Avril Vers les renouveaux nous ramène.

Pourquoi le Printemps ne peut-il Rajeunir aussi l’âme humaine ?

Les siècles, comme des hivers,

Ont pesé sur ses destinées,

Et dépouillé de rameaux verts Ses espérances surannées. ;

Devant ses mornes horizons Se dresse Fangoisse éternelle, Et le souffle des floraisons Ne fait rien refleurir en elle^

Survivant au rêve défunt Qu’effeuille le vent de l’aurore,

L’amour est un dernier parfum Qu’un moment elle exhale encore!

Comment me sont venus ces vers mélancoliques devant cette riante image ? Vraiment je n’en sais rien et je devrais en demander pardon à son auteur. Oar^ en vérité^ tout est séduction dans cette jolie figure de femme jeune assise au milieu des floraisons. Mais qui se peut flatter d’échapper à cette tyrannie des contrastes qui ne nous permet pas toujours de chanter à l’unisson d’une pensée qui néanmoins nous charme ?

Oui, c’est bien avril souriant, effleurant, de son pied léger, les fleurs sauvages, et mettant des neiges roses aux arbres nourriciers. C’est bien celui dont Coppée a si bien dit, dans la johe chanson du Passant :

Mignonne, voici l’avril!

Le Printemps revient d’exil;

Tous les nids sont en querelles.

L’air est pur, le ciel léger.

Et partout on voit neiger Des plumes de tourterelles.

Ah î dans les vers de ma jeunesse je veux trouver aussi, pour les donner en épigraphe à cette toile gracieuse, quelque

chanson d’ Avril où chantait une espérance, où je célébrais la fraîcheur des premières et printanières amours .

En avril, sous les branches Au feuillage frileux,

En chercbant des pervenches, J"ai trouvé tes yeux bleus !

Et j’ai vu tes mains blanches Parmi les lys neigeux.

En avril, sous les branches Au feuillage frileux.

Et comme un nid joyeux.

Ton petit cœur aux cieux Contait ses gaîtés franches En avril sous les branches Au feuillage frileux !

Et Massenet, il m’en souvient maintenant, en avait écrit la musique, une musique très douce où sa jeunesse chantait auprès de la mienne. Temps lointain pour tous les deux, hélas! Et cependant, comme en ce temps-là, Avril, jeune et triomphant, est venu s’asseoir dans les pommiers fleuris dont l’ombre seule nous est douce encore aujourd’hui.

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