FRANC LAMY
Au pays des Fleurs
^ous les frondaisons profondes que traversent de vastes ondées de lumière, par une après-midi estivale, qu’emplit le sonore silence des choses, l’imperceptible et innombrable bruit de tout ce qui aime, elles ont étendu dans l’herbe fraîche leur nudité triomphante. Puis l’idée leur est venue d’un jeu où se réjouira leur jeunesse et voici qu’elles tendent leurs corps souples et délicats à une
véritable avalanche de fleurs que le vent précipite sur elles.
De tous temps la parenté immortelle entre la femme et la fleur a tenté l’âme du poète et du peintre, a inspiré la lyre comme le pinceau.
En les créant toutes pareilles,
Par la grâce et par les couleurs,
Dieu fit, — complétant deux merveilles, — Les femmes pareilles aux fleurs.
Celui qui règne dans les nues Tailla le caprice hautain Des grands lys et des gorges nues Aux blancheurs du même satin.
Au même azur il prit le charme Des bluets clairs et des doux yeux, Et, dans les deux, mit une larme Où luit le souvenir des cieux.
Pour consoler les cœurs moroses,
— Tout, hors les baisers, étant vain — Sur ses lèvres et sur les roses,
11 fît saigner son cœur divin.
Souffles purs, haleines pâmées,
Il gonfla des mêmes pitiés Les poitrines des bien aimées Et les boutons des églantiers.
Il cacha les mêmes ivresses.
Le même oubli des biens défunts.
Dans Pâme douce des caresses.
Dans l’âme douce des parfums.
Femmes et Heurs 1 En un tel doute Nous met leur double vision, Qu’on voit hésiter, sur sa route, L’aile même des papillons.
Femmes et fleurs ! Les eaux dormantes Mêlent, dans le même pourpris.
Les visages de nos amantes Aux fronts veloutés des iris.
Et, le pied planté dans la grève, Le long du fleuve qui s’en va.
Le nénuphar semble le rêve Qu'une vierge autrefois rêva.
Femmes et fleurs ! Dans vos calices Fermés sur nos désirs plaintifs.
S’achèvent les obscurs supplices Des bourdons et des cœurs captifs.
Plus d’un, que charma votre empire , En a connu la trahison.
En vous souvent l’homme respire L’âme perverse d’un poison.
Mais qu’importe à l’âme assouvie Ce qu’un baiser tient de douleurs !
— Vous êtes la mort et la vie.
Sœurs exquises, femmes et fleurs !