E. SAIN
L’Étoile du Matin.
Comme une vierge au teint vermeil, Dans le jardin des cieux venue, L’Aube ayant vaincu le sommeil, Cueille les fruits d’or de la nue.
Dans l’azur, immense verger Des constellations fécondes,
Elle passe d’un pas léger,
Laissant flotter ses tresses blondes ;
Et le3 étoiles, tour à tour,
Aux plis de ses robes jetées,
Tombent, fruits célestes d’amour Dont les âmes étaient tentées.
Déjà le dernier astre à lui.
Sa main partout s’étant posée ;
Un peu de mon sang, avec lui.
Reste aux doigts de l’Aube rosée :
Le dernière goutte de sang
Que me laissaient les maux sans trêves.
Une main l’a prise, en passant.
Au verger profoud de mes rêves.
O dernière étoile matinale, dernière goutte du sang lumineux dont la nue était comme éclaboussée, cependant que la terre était toute enveloppée des splendeurs profondes de la Nuit, comme tu m’apparais charmante dans cette image de Femme nue, au bras si exquissement replié sous la nuque d’où ruisselle une chevelure d’ombre, pareille aux eaux d’un Styx roulant plus d’oublis encore que le Léthée ! Les yeux à demi-clos, dans une pose penchante et abandonnée, tu respires amoureusement les lilas que l’Aube t’apporte, dans sa robe d’un violet tendre qui traverse de plis légers, l’horizon devant les feux pourprés et lointains encore du Soleil ! Tu n’es pas la Stella Mata-
CHAMP DE MAE S
tina, des Virginales litanies i celle qu’invoquent les petites communiantes en la blancheur de leurs robes, cependant qu’entre leurs doigts rosés s’égrène le chapelet. Tu es une Stella Matutina plutôt païenne, celle qui verse des pleurs d’amour dans la coupe de l’Aurore, celle que les poètes saluent avec mélancolie parce qu’elle emporte, avec elle, le secret des nocturnes caresses et des mystérieux baisers . Ah! quelquefois, j’en conviens, je t’ai maudit, astre charmant dont le départ emportait toutes mes ivresses, toi dont la présence dans les voiles d’azur du firmament, me comptait les derniers instants d’enchantement !
Aujourd’hui je t’en demande pardon et je te chanterai sans rancune, Etoile du Matin. Je dirai la grâce dont le caprice d’un peintre bien inspiré t’a enveloppée, l’exquise blancheur de ton corps qui semble fait pour d’immortelles caresses, le sourire troublant qui erre sur tes jolies lèvres latines, la nonchalance délicieuse de ton mouvement et le noble dessin de ta main dont tu soutiens le bouquet qui semble te griser de son arôme. Oui, je chanterai tout cela, sans me rappeler que tu sonnas si souvent pour moi, la Diane des réalités, m’arrachant aux douceurs toujours trop rapides de l’Amour et du Rêve.