CARRIER-BELLEUSE
Au (Réveil
'n rêve de blancheur, une vision de cygne, ce que Théophile Gautier appelait une symphonie en blanc majeur. Les tentuies ne s’ombrent que comme le duvet des cygnes, le lit est fait de neiges tièdes encore, mais
vo
celle qui se regarde avec une complaisance toute naturelle, dans ce décor chaste et voluptueux tout ensemble, dépasse, en candeur vivante, tout ce qui l’entoure.
Si vous ne rêvez pas une blancheur plus blanche Que la neige vivante au cœur tremblant du Ij^s,
Ou le flot d’argent clair, qu’au fond des cieux pâlis,
Le Matin roule avec des frissons d’avalanche. '
Si vous ne rêvez pas un charme plus charmant 1
Que l’Aube s’éveillant dans la chanson des choses,
Ou le rire pourpré qu’a la bouche des roses I
Le Printemps fait monter comme un enchantement, |
Si vous ne rêvez pas une beauté plus belle j
Que les cieux constellés dans la gloire des nuits, |
Ou la mer triomphante aux tragiques ennuis, \
Ne connaissez jamais celle qui m’est rebelle.
Car elle est seule, en sa chambre bien close, dans l’égoïste contemplation d’elle-même, loin des désirs de l’amant qui se consume sans doute ; car il n’est de femmœ belle qui ne soit aimée. L’admirable créature qui nous montre, en rêve seulement, — mais en un rêve d’artiste — les lignes harmonieuses de son corps jeune et savoureux, le joli mouvement de son bras venant mourir dans l’oreiller, la mutinerie charmante de son visage, l’odorante coiffure qui pose une nuit sur son beau front et ce joli enlacement des
CHAMP DE MARS
jambes qui recoqueville un des pieds comme la nacre rose d’un coquillage.
Toute à la délicieuse moue qu'elle se fait, par pure modestie, elle n’écoute pas la chanson lointaine que soupire, sans doute, pour elle, celui qui la croit endormie encore, et voudrait que sa voix, la première, salua son réveil. Je vais vous la dire. Mademoiselle, cette chanson que vous dédaignez, et qui pourtant est encore l’hommage le plus vivant qui monte vers votre beauté. Vous me pardonnerez de vous y tutoyer, comme c’est l’usage des poètes.
J e ne sais pas de lys si rare,
Mouillé, des larmes du matin Qui vaille, par l’éclat du teint,
Ton corps aux pâleurs de carare.
Je ne sais pas de lys si cher Grisant le vol de la cigale,
Dont le parfum céleste égale La chaude senteur de ta chair.
Donc aucune fleur n’étant digne D’être mise à tes pieds parfaits,
De ces vers, à genoux je fais Un trône à leur blancheur de cygne.
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