A. BERTON
Le Lever
Une rose frileuse au cœur nojœ de pluie Sur un rameau tremblant vient de s’épanouir,
Et je me suis repris de la douce folie De faire des chansons et de me souvenir.
Les amours trépassés qui dormaient dans mon âme, Doux Lazare sur qui j’ai tant versé de pleurs^ Soulèvent, en riant, leur suaire de fleurs Et demandent le nom de ma nouvelle dame.
LE EU AU gALOE
Madame, ou mon amour, mets ta robe et fuyons Sous les bois remplis d’ombre et de mélancolie,
Chercher le doux rem';de à la douce folie,
Le soleil m’a blessé de ses premiers rayons !
Car nous sommes certainement au Printemps, Madame, qui, avec une lenteur caressante, promenez, le long de vos seins et sur vos flancs nus le linge qu’allourdit la fraîcheur de l’eau, et dont les ablutions matinales se font avec une si parfaite sérénité. Ce n’est pas en hiver que vous auriez si parfaitement et sans regret appa rent, dépouillé tout vêtement pour vous débarbouiller mieux à l’aise. La bise qui se glisse entre les rideaux les mieux fermés et y met une insensible palpitation, eut fouetté votre activité et votre belle peau blanche se serait rosée légèrement à la coupure du givre qui ne se pose pas seulement aux carreaux. Et c’eût été un vrai regret pour nous à qui votre abandon sybaritique révèle de sérieuses splendeurs, évoque en nous l’image des belles déesses d’antan qui passaient dans l’orgeuil de leurs formes dévoilées. Çomme votre poitrine lumineuse des clartés vivantes du Jour fait monter de beaux reflets d’argent jusqu’à votre front sou s sa coiffure sombre de cheveux noirs !
Oui, nous sommes au Printemps, comme au Matin,
CHAMP DE MAKS
VOUS qui êtes à la fois Matiu et Printemps étant l’éternelle Jeunesse !
Hâtez-vous cependant un peu si vous voulez que nous allions courir ensemble par les gazons mouillés où s’épanouissent les floraisons sauvages au parfum si pénétrant et si doux !
Sinon, j’irai seul rêver à vous, et ma voix seulement vous chantera ma tendresse.
L’œil inquiet des violettes Suit le regard bleu de vos veux,
Et les lys, aux manteaux soyeux,
Sont très jaloux de vos toilettes.
Devant vos lires éclatants Fuiront les fauvettes moroses.
Vos lèvres sont l’oubli des roses Vous faites grand tort au Printemps.
Puisque vous m’oubliez dans l’ombre,
Doux astre aux fuyantes chaleurs,
Parmi les oiseaux et les fleurs,
J’irai pleurer dans le bois sombre.
Et peut-être, regretterez- vous, vous même, de n’avoir rien entendu du concert divin des choses, attardée à votre toilette, par ce beau matin d’ Avril bien ensoleillé et tout vibrant d’amour !