‹ Le Nu au salon de (volume 3)Chapitre 14 sur 25 · A. BINET · texte numérisé non relu

A. BINET

Ondine

Isu doux balancement de l’eau qui s’étend, au loin, sous un moutonnement d’écume qui la revêt comme d’une blanche toison, sous le ciel qui ne se mire, que par place, dans cette étendue tour à tour opaque et limpide, elle

LE NIT Aü SALON

s’est longtemps abandonnée, dans la nudité charmante de son beau corps, suivant le caprice des remous, allanguie délicieusement par cette course sinueuse jusqu’à la place où, le lit du fleuve s’abaissant tout à coup, elle a roulé parmi les fleurs sauvages de la rive, grands iris au velours violet, anthémis aux larges collerettes ouvrant leur calice parmi les roseaux.

Et, c’est comme une ivresse très douce de cette chûte qu’elle semble éprouver, tendant les bras à ces fleurs, comme pour les éteindre au passage, laissant flotter sa chevelure parmi cette écume, cambrant ses reins puissants en une très voluptueuse pose. Ah ! qu’Actéon, eût été plus sage de demeurer là que de poursuivre Diane sous les ombrages farouches ! Je ne m’imagine pas que cette jeune personne, aux formes infiniment moins virginales, l’eût aussi cruellement puni !

O Femme qui demeures fidèle à l’onde, comme au berceau sacré de Yénus, marine Beauté qu’un caprice éternel attache au rivage, autrefois je t’ai chantée, disant :

Que ne suis-je caché sous quelque roc obscur.

Par un matin vermeil, alors que les flots calmes Couchent, devant tes pas, comme un tapis d’azur,

Leur écume fleurie en nonchalantes palmes.

CHAMP DE MARS

Sur le fond d’or d’un ciel plein d’adoration,

Dans les brumes d’encens qui montent de la terre, Comme aux mystiques jours du beau lys de Sion, Je verrais triompher ta beauté solitaire !

Les nuages légers, au bord du firmament^ Voleraient à tes pieds avec des blancheurs d’ailes, Et les vagues auraient le doux gémissement De l’orgue qui se mêle à la voix des fidèles.

Le monde n’étant plus qu’un temple à ta Beauté, Perdu dans ces parfums et dans cette harmonie, Le front contre la pierre, à deux genoux jeté, J’abimerais mon cœur dans l’extase infinie !

O Femme qui nous fuis pour la caresse des vagues, plus subtile sans doute que la nôtre, image fugitive et charmante qu’un caprice éternel emporte et balance sur les flots î

Page 1