SALA
La Toilette
OTiR qui, Madame, tordez-vous ainsi, au-dessus de votre tête, les lourds cheveux qui s’y amoncèlent comme une nuit ? Pour qui rafraîchissez- vous aux baisers, vivifiants de la lumière, votre beau corps allangui, sans doute,
un instant auparavant, dans la douceur du sommeil? Que m’importe, puisque ne voyant pas votre visage, je ne sais si vous êtes quelqu’une que j’aie aimé par aventu re, et qui m’ait juré une éternelle tendresse. Je serais cependant glorieux de vous compter parmi celles qui m’on t ainsi menti. Car je ne crois pas qu’aucun trésor soit comparable à celui dont vous me permettez seulement l’ironique vue, celui de vos épaules doucement mon tueuses, de vos reins divinement souples, de vos hanches en leur postérieur et pudique épanouissement. Oncque n’ai-je désiré, dans ma vie, autre fortune que celle-là. Fortune fragile, cependant, comme toutes les autres, et dont je ne suis plus riche aujourd’hui !
Que nous ayions été amants ou non, en des temps qu ’à coup sûr, je regrette, je n’en dirai pas moins, une hymne à votre beauté ; souvenir ou simple hommage, suivant le cas, mais toujours également sincère.
Femme, je veux mouler deux coupes sur ton sein,
Pour enivrer mes yeux de leur beauté jumelle,
Et, comme un nourisson «:iui pend à la mamelle,
Y boire lentement le doux sang de raisin .
Sur ta croupe je veux mouler un grand bassin Où l’art du ciseleur savamment entremêle Des femmes et des fleurs — un étrange dessin —
Tout un poème, ainsi qu’un chant de Philomèle.
CHAMP DE MAKS
Sur ton col où ta main laisse cheoir tes cheveux, J’imiterai l’amphore à la courbe suave:
Je sauverai ton corps de l’oubli, car, je veux
Qu’en retrouvant l’argile où ta forme se grave,
Le poète s’écrie aux âges inconnus :
Ce trésor fut pétri sur le corps de énus !
et encore :
Sur tes reins caressant mes yeux.
Comme vers la mer sans rivage,
S’embarquent pour le cher voyage De ton corps superbe et joyeux.
Comme une vague qui s’élève.
Blanche, dans l’éther azuré.
Ta croupe, au long reflet nacré.
Jusqu’aux deux emporte mon rêve.
Et, par le flot poussé toujours.
Jusqu’à tes pieds divins, j’y pose Mes lèvres sur le corail rose De leurs ongles aux fins contours.
Vous voyez, Madame, que, si vous m’avez été bonne vous n’en avez pas à rougir. Car l’hommage d’un poète est encore le reliquaire où se conserve le mieux, pour 1 ’immortalité, le souvenir des belles d’ici-bas.