‹ Le Nu au salon de (volume 3)Chapitre 17 sur 25 · G. CALLOT · texte numérisé non relu

G. CALLOT

Sommeil

,N un lit de fleurs, comme en souhaitent les amants pour linceul, sur les gerbes fauchées et odorantes, en uue solitude où ne descend qu’un frisson de lumière teintée d’émeraude par les frondaisons, très chastes et comme

deux sœurs qu’une promenade commune a lassées, elles sont couchées l’une près de l’autre, ayant les mains nouées, et leur souffle égal, rythmique comme un bruit de rames, soulève en même temps leurs poitrines rosées, leurs poitrines de vierges que n’a pas ensanglantées encore la bouche cruelle du désir. Et tant de pudeur, dissimulant ce que ce sujet pourrait avoir de voluptueux, les enveloppe, comme un voile, que la pensée s’épure à les contempler, en ce sommeil innocent que ne trouble la tentation d’aucun rêve pervers.

Ah ! que Diderot avait raison de dire que l’indécent, en art, ce n’est pas le nu, mais le troussé !

Et que nous avons raison aussi, nous, les éperdus de plastique et de souvenirs païens, de penser que la Beauté est une absolution naturelle de toutes les choses et que ceux-là seulement qui sont indignes de la comprendre, cherchent derrière elle, de dangereux au-delàs. L’harmonie des lignes, la splendeur des contours, le sentiment religieux qui se dégage, pour tout être bien organisé, du spectacle de la Femme nue, sont un suffisant rempart aux imaginations où les dépravés seuls peuvent goûter quelque lointain et inavouable plaisir.

CHAMP DE MAES

Gardons comme un bien précieux, cette candeur des impressions ferventes qui ne nous permet d’approcher de la Beauté que comme d’un temple dont l’idole demeurera toujours immaculé pour nous.

Sans doute, avant de s’endormir ainsi, en cette retraite si bien choisie, dans cette oasis de fraîcheur qui défie les ardeurs méridiennes du soleil, ont-elles échangé des confidences presque enfantines encore ? Hélas ! L’une et l’autre ont, sans doute, déjà, sûrement même, mais peut-être sans le savoir, fait souffrir. C’est le lot de la Femme de faire rayonner, autour d’elle, le martyre de tout ce qui l’adore, comme un astre vénéneux dont les tiédeurs délicieuses cachent un poison. En les regardant ainsi et en pensant au bonheur qu’elles pourraient donner et qu’elles refusent sans doute, je pense, malgré moi aux malheureux qui soupirent pour elles et paieraient de leur sang une minute de cette étreinte où elles s’allanguissent, si délicieusement, l’une et l’autre, inconscientes de la joie qui gît au fond des profondes caresses.

Cet au-delà qui me fait chercher des inconnues derrière celles qui me sont montrées, et qui fait que, dans la tragédie d’Esther par exemple, je m’intéresse malgré moi, à l’altière Yasti dont la nièce de Mardochée occupe la place,

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aussi ‘bien dans le lit que sur le trône d’Assuérus, cette curiosité des absents est avivée ici par la terreur que m’a toujours causée le sommeil de la Femme, qu’habite un éternel mystère, que charme quelque rêve toujours inconnu. J’ai dit autrefois, à celle que j’aimàis, cette angoisse :

Quand sur tes yeux brûlés de leurs propres rayons,

Le sommeil a penché la fraîcheur de ton aile,

Rêves-tu quelquefois de la cLose éternelle

Que nous portons en nous, que toujours nous fuyons ?

Sur ton front où la Nuit s’épanche, solennelle,

L’Infini creuse-t-il d’invisibles sillons.

Et quand ton cœur n’est plus trahi par ta prunelle, S’ouvre-t-il à la mer des vastes passions ?

Mais voilà de bien graves soucis pour commentaire à cette gracieuse image ! Leur rêve est, j’en suis sûr, le plus innocent du monde. Elles y revoient ce qui charmait leurs regards tout à l’heure, des eaux limpides, un ciel souriant, un ciel bleu comme le souffle d’azur qui traverse leurs paupières, dans la transparence dorée des cils

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