‹ Le Nu au salon de (volume 3)Chapitre 2 sur 25 · PAUL BERTHON · texte numérisé non relu

PAUL BERTHON

L’Aube

l’art divin de la fresque, l’artiste a fait vivre une composition d’un charme vraiment exquis où l’Aube est représentée, étirant ses beaux membres nus et dénouant au vent sa chevelure d’or, debout dans un paradisiaque pay-

sage, cependant que, d’un côté de sa radieuse image, des musiciennes éveillent toutes les choses et tous les êtres, aux sons harmonieux de la harpe et de la viole, et que, de l’autre, des amoureuses cueillent des fleurs à terre et dans les branches, dont l’une, très mystique, élève sa prière au ciel.

C’est un poème vraiment exquis que ceki-là et qui fait bien revivre toutes ces gaités triomphantes du réveil autour du premier rayon de clarté blanche qui met comme une écume d’argent aux rives de la grande mer du ciel. Car l’Aube n’est pas l’Aurore, celle-ci ne venant qu’après. L’Aube, c’est le premier frisson de la lumière qui ne se rose encore qu’à peine dans les jardins encore noyés d’ombre de l’Orient. Kegardez plutôt l’étoile qui scintille encore parmi les branches, commo un oiseau d’or prêt à s’envoler par les chemins bleus du ciel.

Et c’est un chant d’immortalité qui suit, jusqu’aux cieux profonds, le vol de la dernière étoile, au premier frisson de l’Aube.

Où vont les étoiles en chœur?

— Elles vont où s’en vont nos cœurs,

CHAMP DE MAP S

Au devant de l’aube éternelle .

Mêlons notre âme à leurs ra3mns Et sur leurs ailes d’or fuyons A travers la Nuit solennelle .

L’ombre n’est dans l’immensité,

Qu’un seuil au palais de clarté Qu’ouvre la Mort comme une aurore.

L’ombre n’est que l’obscur chemin Qui mène d’hier à demain,

Du soir au matin près d’éclore.

Suivons donc les astres sacrés Qui du Jour montent en degrés.

Des ombres déroulant la chaîne .

Comme eux vers la Mort nous glissons,

Et comme eux, quand nous pâlissons.

C’est que la lumière est prochaine !

Comment ne reviendraient pas à la ^mémoire, devant cette jolie composition d’un charme si pénétrant, les adorables vers de Verlaine au volume trop rarement cité de ses Fêles galantes.

Une aube affaiblie Verse par les champs,

La mélancolie Des soleils couchants.

Car c’est encore un symbole de pérennité, dans l’éternelle évolution des choses, que cette similitude parfaite des crépuscules du Matin et du Soir, que l’esprit aime quelquefois à confondre dans une impression menteuse, pour revivre des heures déjà vécues. Et cependant, les ;

êtres et les choses, moins curieux et plus naïfs que l’homme toujours inquiet, ne s’y trompent pas un ins- |

tant. Les oiseaux, eux, reconnaissent bien l’aube et la |

saluent en d’éternels concerts. î

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