‹ Le Nu au salon de (volume 3)Chapitre 3 sur 25 · LUCAS · texte numérisé non relu

LUCAS

Etude

^AUT-IL chercJfer une pensée dans ce morceau de très délicate peinture et d’amoureuse exécution ? Est- ce sous un émoi quelconque que cette belle personne a replié son bras blanc sous sa nuque sombre, et qu’elle appuie sa

belle main à la tapisserie, cependant qu’elle a ramené autour de ses cuisses une jalouse draperie ? Est-ce par bouderie d’amour qu’elle s’est ainsi retournée ? J’imaginerai plutôt que c’est par une coquetterie bien entendue. Car il n’en faudrait pas plus, pour inspirer une fervente et sensuelle tendresse, que ce qu’elle nous montre, et il y a là à rêver longtemps, pour un qui sait goûter les douceurs chastes de la nudité féminine.

Mais pourquoi tenter de bâtir un roman autour de cette image qui a sa suffisante raison d’être dans les qualités de facture et de tendresse dans l’exécution qui en font une œuvre tout à fait exquise.

Respectons donc l’anonymat du modèle, anonymat qui va jusqu’à l’ignorance voulue, pour nous, des traits de son visage, pour admirer, une fois de plus, cette merveille immortelle qu’est le corps féminin dont notre vieux Yillon disait si bien :

Corps féminin qui tant est tendre,

Polly, souëf et prétienlx !

Corps féminin qu’ont adoré tout ceux que poursuit le fantôme divin de la Beauté et le rêve éperdu des formes triomphantes.

CHAMP DE MAES

Qui que tu sois, ô femme, devant le spectacle de ta beauté nue, je chanterai encore l’hymne qui, vers mes lèvres, monte de mon cœur.

Je chanterai toujours, dans sa grâce et sa force,

Celle en qui vit, pour moi, l’immortelle Vénus,

Quand le frisson se prend aux splendeurs de son torse Et que ses lourds cheveux caressent ses bras nus.

Quelle sève court donc sous ta vivace écorce,

Arbre qui m^as versé du poison inconnu ?

Femme, j’épuiserai les baisers contenus Aux pourpres de ta lèvre où le désir s’amorce.

Mon front contre ton front d’airain je sécherai Mes pleurs à tes regards qui n’ont jamais pleuré; Oubliant, dans tes bras, l’Idéal qui rayonne,

Je veux m’anéantir sous ton charme vainqueur.

Et, parmi ce tumulte, où ton corps s’abandonne Admirer le repos éternel de ton cœur !

Quand tu refleuriras dans ta grâce robuste,

A l’ombre des grands bois, sous les cieux éternels. Les Dieux façonneront ta poitrine et ton buste Aux durs embrassements des chênes paternels.

Et moi chêne debout dans la forêt auguste Où se rajeuniront nos êtres mutuels,

Duant qu’à mon flanc nu, l’âpre lierre s’incruste,

J’y sens courir une âme entre tes bras cruels.

Aux vivantes chaleurs de ton superbe torse,

Ma sève se fait sang, et brûlant mon écorce.

Jusqu’à mon noir sommet, murmure, au vent perdu,

La gloire de tes seins et de tes nobles hanches,

Et mêle à ta senteur nourricière des branches,

Le parfum de ton corps à mon tronc confondu.

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