STEWART
Etude de Femme nue
n’est plus le décor monotone de l’atelier qui, dans un jour artificiel, enveloppe ce beau corps de femme nue, ce que très modestement, le peintre a appelé : une étude. Qu’il l’ait voulu, ou non, c’est un poème tout entier, vi-
brant de santé et de jeunesse, que cette image radieuse au milieu des grands bois dont les branches s’écartent à peine, dans ce coin délicieusement humide de Nature où les jambes de la promeneuse s’enfoncent parmi les hautes herbes, au bord d’une eau calme ouvrant un œil de mystère entre les cils frémissants des roseaux. Sur ce sol mouvant dont les gazons mouillés sont hérissés d’une flore sauvage aux couleurs éclatantes, comme inquiète, la belle promeneuse s’est arrêtée un instant, la main posée au tronc d’argent d’un bouleau, la tête doucement penchée en avant, comme tentée par le regard profond de l’étang, où seulement, par place, entre le mirage des frondaisons, descend une image déchiquetée du ciel. Les formes sont d’une gracilité charmante et le visage serait charmant à deviner, le visage dont n’apparaît qu’un velours de joue et une pointe d’oreille ornée de nacre comme un paysage. Et c’en est assez pour que nous pressentions la fleur des lèvres vermeilles, l’orgueil marmoréen du front, la sensuelle assurance des yeux.
C’est qu’une logique absolue, une mathématique parfaite, fait de chaque Beauté de la Femme, le contraire d’une autre beauté, tous les chants merveilleux de ce poème vivant se déduisant et s’enchaînant, en une har-