‹ Le Nu au salon de (volume 3)Chapitre 7 sur 25 · LUCAS · texte numérisé non relu

LUCAS

Le Matin

Avec des pâleurs de rose trémière,

La fleur du jour s’ouvre à Tliorizon clair Et monte, semant, aux voiles de l’air.

En ruisseaux d’argent, des pleurs de lumière,

C’est l’heure frileuse que traversent les dernières flèches d’argent de la nuit, avant que le rideau des cieux se dé-

chire sur la blessure sanglante du soleil ; l’heure où les verdures lointaines semblent, seulement, dans le jour naissant, une buée d’émeraude; l’heure où s’égrènent, comme les gouttes d’eau dans un vase, avec un bruit cristallin, les premières notes de la chanson des oiseaux.

Comme un vol léger de papillons blancs S’éparpille au ciel, un essaim de nues Secouant encore, à leurs ailes nues,

Du cœur d’or du lys les duvets tremblants.

Et voici que, nue aussi, sous le manteau sombre de sa chevelure qu’un souffle léger disperse inégalement sur la blancheur de ses épaules, les yeux chastement baissés, une joue appuyée à ses deux mains nouées, celle qui figure si délicieusement, ce réveil encore inconscient des choses, passe dans l’herbe mouillée, toute diamantée par la rosée .

Derrière cette image toute de grâce et ce décor de verdure tendre, écoutez chanter l’hymne des choses.

O terre, habitacle éternel Des choses, qu’à la Mort fidèle.

Le temps disperse d’un coup d’aile !

O terre, habitacle éternel Des âmes qu’aveugle en sa tâche,

L’Amour consume sans relâche.

Voici le matin solennel !

CHAMP DE MAES

Eevêts d’un manteau de soleil, Ton épaule, tremblante encore Des premiers frissons de l’Aurore ; Eevêts, d’un manteau de soleil Ton épaule tremblante et nue.

Et, dans l’extase de la nue.

Monte au devant du Jour vermeil !

Mmk LEE ROBBINS

Le Miroir

travers les rideaux aux transparences neigeuses, la fenêtre tamise un jour très doux, un peu pâle, et le jour descend dans la chambre coquette avec des discrétions faisant le plus grand honneur à sa tenue. A peine,

d’un reflet velouté, ourle-t-il la blancheur rose de ces chairs nues qu’un caprice de toilette, très naturel à une jolie femme, lui hvrait tout entier. La senteur sans doute de la chambre fait courir sur ces belles chairs vivantes comme un parfum de violettes qui deviendrait visible, des reflets d’une tonalité exquise comme celle de l’hyacinthe, et le visage très moderne sourit, encadré d’une chevelure sombre, légèrement moutonnante. Un miroir est debout sur un meuble voisin, entre des flacons et une boîte de poudre de riz, juste assez grand pour donner une image presque complète, et il semble que l’inspection, ainsi passée par une curieuse fantaisie, réalise tout ce que pouvait souhaiter celle qui la passe. Assurément elle se trouve charmante et je suis complètement de son avis. Le regard s’anime, les lèvres s’entrouvrent comme une fleur, la main se presse sur la hanche et tout cela est d’une coquetterie très hautaine et très rafflnée tout ensemble.

Mais êtes-vous vraiment bien sûre d’être seule. Madame, en cette confldentielle occupation ?

Tant mieux si la fenêtre dont les rideaux mettent derrière vous, un frémissement de blancheur, donne sur des jardins aux arbres élevés dont vous avez, au printemps, la caresse. Les merles sont des oiseaux curieux, mais vous

CHAMP DE MARS

n'avez rien à craindre de leur chanson, toujours la même, et le rossignol qui ne vole Jamais très haut est un animal exemplaire, uniquement fidèle à son nid. Je me méfierais d’avantage du vent qui est un bavard et qui pourrait bien soulever imperceptiblement la mousseline dont vous êtes protégée. Il ne faut pas beaucoup de place à un regard d’amoureux. J’ai vu de délicieux spectacles à travers le trou d’une serrure. Plus d’une m’est apparue ainsi, en un temps où les convenances ne me préoccupaient pas assez, et je n’ai pas encore le courage aujourd’hui de déplorer ce manque complet de bienséance.

Il est vrai que je n’ai guère profité de ces somptueux repas de l’œil qu’à la façon du malheureux Tantale. Il n’est pas permis à tout le monde, en ce temps de préjugés, de faire immédiatement partir en guerre le mari ou l’amant d’une personne dont la beauté nue vous est particulièrement sympathique, comme le fit l’excellent roi David avec l’époux de Betsabée, ce qui ne me paraît" pas justifier sa réputation de sainteté et l’amitié dont l’honora le Seigneur, pas plus que la fâcheuse habitude qu’il prit, dans sa vieillesse, de se réchauffer la nuit aux dépens de pauvres pucelles qui ne devaient pas se divertir infiniment sous ses draps. Décidément ce roi harpiste fut un homme surfait.

Je reviens aux indiscrétions de ma jeunesse et à leur parfaite innocence, n’ayant que le regret d’avoir perdu leur excuse en gagnant des années, marché de dupe que j’ai fait très certainement.

J’ai donc une reconnaissance infinie à l’artiste qui me donne la joie d’un spectacle pareil, sans me donner l’occasion de témoigner d’une éducation détestable. Oncques, j’en conviens, n’eusse- je une vision plus charmante que celle-ci, d’une dame à sa toilette en se croyant seule. C’est comme un monde de souvenirs troublants qu’évoque en moi, cette délicate image. Avec le jour très doux que les rideaux tamisent, mes carresses effleureraient, volontiers, cette moire vivante des bras et des épaules, et même les lignes exquises de ce ventre dont l’ombre est comme traversée par une vapeur très pâle d’améthiste.

Mais hélas ! qui raille ma fantaisie attardée d’un sifflet moqueur ?

Yos lèvres souriantes peut-être. Madame, mais j’aimerais mieux croire que c’est le merle qui, dans les hautes branches, sautille^ derrière votre croisée en cravate jaune et en habit noir.

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