ROLL
Joies de la Vie
H ! la belle et noble page de foi dans la joie, dans la jeunesse et dans l’amour! Quelle résurrection exquise et puissante à la fois de toutes les joies rêvées, de toutes les ivresses entrevues, de tous les bonheurs cherchés en rêve !
Quelle magnifique et reposante revanche a pris le grand artiste des aridités de la peinture officielle que son talent avait abordées, avec tant de bonheur cependant. Mais ici nous voyons revenir à nous le grand peintre de Silène, l’auteur des plus savoureux morceaux de nu que nous ait donnés la jeune école. Et c’est une reconnaissance, iDOur nous, que cette enchanteresse vision rendue à nos yeux.
Tout ce qui fait aimer la vie est réuni dans cette admirable composition, la beauté de la nature, la douceur des après-midi ensoleillées, l’enivrement de la musique, le mystérieux pouvoir des parfums qui semblent y ouvrir, un instant, dans la caresse de l’air, leurs invisibles ailes qui portent aux papillons tremblants les aveux embaumés des roses. Je ne sais rien de plus lyrique au monde que cette virile envolée vers toutes les gaîtés païennes et vers la sincérité des nus triomphants. C’est un credo d’amour qui semble avoir servi d’épigraphe à ce beau livre, un credo d’amour que je vais tenter de composer pour en dire, au moins, le commentaire qu’il a mis dans mon esprit :
CHAMP DE MAES
Je crois aux choses éternelles De la lumière et de l’amour ;
Car la beauté, comme le jour,
Allume un feu dans les prunelles,
Car les femmes portent en elles, L’ombre et la clarté tour à tour.
— Je crois aux choses éternelles De la lumière et de l’amour!
Je crois que tout vit, sur la terre,
Par le soleil et le baiser !
Car tous les deux savent briser L’effroi de la Nuit solitaire.
Car, la douleur, divin mystère !
Tous les deux savent l’apaiser
— Je crois que tout vit, sur la terre, Par le soleil et le baiser!
Je crois que tout meurt et se presse Vers l’ombre du dernier soleil.
Hors l’éclat de l’astre vermeil Et le pouvoir de la caresse.
Hors ce que nous versent d’ivresse Où le sourire ou le soleil.
— Je crois que tout meurt et se presse Vers l’ombre du dernier sommeil !
Hâtez- vous donc d’aimer, de respirer les roses, d’écouter
les chansons d’amour, de croire aux tendresses éternelles, belles femmes étendues dans la fraîcheur des gazons, parmi les fleurs qui vous enveloppent de naturelles guirlandes, au bord des eaux qui m^murent d’harmonieuses plaintes à votre oreille, dans ce grand épanouissement des choses à la vie et à la clarté, parmi les splendeurs de ce temple de verdure dont vous demeurez les idoles à jamais adorées. Car tout cet enchantement ne serait rien sans vous, et vous êtes la grâce vivante de toutes ces voluptés inanimées.
Au milieu de vous, trois musiciens s’évertuent sur les cordes sonores. Ils sont vêtus de noir et à la moderne. J’imagine que leur chanson sans paroles vous dit cependant, au fond, les mêmes choses que moi. Les représentants de la vie contemporaine ne sauraient être exempts de quelque tristesse, en regardant autour d’eux. Vous êtes l’Olympe où sont venus les exilés de la terre, tout à fait honteux d’être mélancoliques et vêtus. En conseillers sages ils vous conseillent de ne pas perdre un seul instant de
CHAMP DE MAES
ce beau rêve qu’un souffle peut effaroucher, comme le velours de l’aile d’un papillon.
Aimez ! Aimez ! tout le reste n’est rien !
Soupire leur archet, inspiré par l’âme même du divin Lafontaine.
O temps heureux que celui qu’évoque ce tableau triomphant !
Le soleil dans l’éther, la nymphe au fond du bois,
Des cœurs énamourés le tranquille délire,
Tout vivait sous les lois du thyrse et de la lyre Dans les siècles païens. qu’évoque encor ma voix. Temps d’amour et de fête où j’ai rêvé de vivre, Sentant le vert laurier trembler dans mes cheveux. . .
Temps évanoui à jamais jusqu’à ce que le ressucite le caprice d’un grand artiste grisé de l’Idéal vivant qui demeure la source unique de l’immortelle beauté.
Les forces de la vie? Elles sont là toutes! N’entendezvous pas, dans l’air, la chanson des buveurs qui apportent des coupes pleines aux lèvres des amoureux pour y raffraî-
chir la ferveur divine des baisers. Ecoutez ! Ecoutez encore :
Le Vigneron met dans la tonne,
Mêlés aux flots de sang vermeil Toutes les chansons de l’Automne Et tous les adieux du soleil !
Fêtons la bouteille Adèle !
C’est la pourpre d’un horizon Qu’on entrevoit au travers d’elle,
Et c’est, avec un frisson d’aile,
Que le vin sort de sa prison.
Dans le cristal vibrant du verre,
Ecoute rire à belles dents La Vendangeuse peu sévère Qui gravit le joj^eux Calvaire Où saignent les pampres ardents.
Dans le gai reflet de la coupe Eegarde passer, en chantant.
Les Vignerons, joyeuse troupe,
Et le soleil dorer la croupe De la Colline qui s’étend.
Le Vigneron met dans la tonne.
Mêlés aux flots du sang vermeil Toutes les chansons de l’Automne Et tous les adieux du soleil.
CHAMP DE MARS
Mais c’est encore dans l’amour qu’est l’immortelle joie de vivre. Vous êtes les sages, dans l’immortelle folie, amoureux fervents qui ne comptez l’heure qu’avec des baisers, qui laissez couler le temps entre vos doigts; comme une onde inutile, pourvu que vos lèvres s’unissent à des lèvres aimées !
Croyez, en le bon Lafontaine dans l’immortelle chanson de Psyché.
Aimez ! Aimez ! tout le reste n’est rien !