CARRIER-BELLEUSE
T, sur le catalogue, le peintre ajoute : Elude. Étude, non, cher Monsieur, mais poème. Anecdote vivante peut-être, mais poème certainement. Car, pour être plus charnel, il n'en est pas moins aussi mystérieux que
celui de la Joconde, le sourire qui découvre ces jolies dents entre la pourpre jumelle des lèvres, et aussi ce regard où la tentation met un aimant, et encore ce mouvement des bras dont l'un ramène la chevelure sur le sommet de la tête cependant que l'autre semble tendre, aux baisers, la main que décore un anneau.
Et c'est un poème encore, le plus beau que je sache, celui de ce corps vraiment souple et jeune dans sa robustesse de race, les seins ne perdant rien de leur fermeté à leur pesanteur apparente, le ventre également ferme dans son noble développement, et la saillie des hanches montueuse et violemment sensuelle.
A celle-là je dirai, comme autrefois à la Vénus de Vienne.
Dieu te fit cette image immortelle et profonde Où nos premiers regards retrouvent, éperdus, L'amante impitoyable et la mère féconde A qui tous nos malheurs et tous nos maux sont dus.
Pour leur double labeur il arrondit tes hanches Où meurent les désirs, où tes races naîtront ; Et pencha le sillon de tes épaules blanches Vers le joug que lui fait la caresse ou l'affront.
Sous ton col généreux il gonfla tes mamelles, Robustes à la soif comme aux enlacements, Où viennent boire, ainsi qu'à des coupes jumelles,. La bouche des petits et celle des amants.
Ou encore ce chant de ma jeunesse virile à la beauté qui, la première, mit, à mes sens, la Ijrûlure que le temps n'a jamais pu guérir, quand je m'écriais :
Je chanterai toujours dans sa grâce et sa force
La beauté de Sarah, prêtresse de Vénus,
Quand le frisson mordait aux splendeurs de son torse
Et que ses lourds cheveux balayaient ses bras nus .
Quelle sève courait sous ta vivace écorce, Arbre qui m'as versé des poisons inconnus? Sarah ! j'épuiserai les baisers contenus Aux pourpres de tes lèvres où le désir s'amorce.
Mon front contre ton front d'airain je sécherai Mes pleurs à tes regards qui n'ont jamais pleuré. Oubliant, dans tes bras, l'idéal qui rayonne.
Je veux lui anéantir sous ton channe vainqueur. Et, parmi ce tumulte ou ton corps s'abandonne. Admirer le repos éternel de ton cœur.
Ainsi, dans cette belle vision d'un ai-tiste qui a, de la Femme, un idéal vraiment viril et sensuel bien rare aujour-
d'hui, revit pour moi l'image de la femme constamment adorée, dans sa vigueur mortelle à nous mêmes, dans la plénitude sacrée de ses beUes chairs vibrantes, dans l'épanouissement de la santé et de la jeunesse, non pas l'apparition maladive et pâle si fort à la mode aujourd hui, mais la petite fille de Vénus antique dont le pied de marbre, bien que souvent brisé, se pose encore victorieusement sur le monde.
M^ïE CLAIRE LEMAITRE
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Moutonnant comme une toison, La mer, au ciel vibrant pareille, De rumeurs emplissant l'oreille Rejoint le ciel à l'horizon.
Sur la vague bleue où s'épanche La limpidité d'un jour clair, Et sous la caresse de l'air, Seule une voile, au loin, se penche.
Pareille à l'aile des oiseaux Dont le vol, des rochers, s'e'lance, Sa blancheur, là-bas, se balance Sur l'azur pâlissant des eaux.
Parmi le^ roches presque nues.
Aux fleurs que dessèche le vent, Elle s'est assise rêvant A des tendresses inconnues.
Ses cheveux dénoués ainsi Que ceux des prêtresses des Gaules Laissent tomber sur ses e'paules Leur flot d'air humide e'paissi.
Et, tandis qu'autour d'elle passe Le rêve éperdu de la mer.
Triste, sans pourtant rien d'amer, Son regard plonge dans l'espace.
Doux, inquiétant et subtil Comme tout ce qui vient de l'âme.
A l'horizon que cherche-t-il, Ce regard troublant de la femme ?
Est-ce le lointain paradis
Des amours à jamais fidèles,
Dont les beaux anges n'ont plus d'ailes
Dont les bonheurs sont interdits ;
La terre aux rives charmeresses Que fleurit toujours le Printemps, Où l'homme comptait les instants Au bruit e'perdu des caresses ... ?
Femme au front vêtu de beauté.
Eegarde plutôt sur la grève.
— La vie est encore un beau rêve Puisque l'amour nous est resté !
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