R. MÉNARD
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)AXS un paysage d'une grâce antique, purement agreste et idyllique, sans temple au lointain comme dans ceux du Poussin, en pleine nature et sous le regard clignottant à peine des étoiles, sur l'herbe molle où perle-
ront tout à l'heure des gouttes de rosée, elles sont assises en des poses gracieusement abandonnées, celle-ci couchée sur le flanc à demi, celle-là les mains ramenées sur les genoux, l'une écoutant dans un demi-soleil, l'autre savourant, avec une volupté plus consciente, les sons divins de la lyre.
Voulez -vous écouter ce que chante la poétesse aux beaux cheveux dénoués ? Il me semble l'entendre dans la musique vague du soir, faite de mille bruits confus et qu'emporte le parfum des roses.
Vénus a dénoué son collier d'étincelles Qui s'égrène et remplit les cieux d'étoiles d'or^ Et sème des baisers aux lèvres des pucelles : Un feu s'allume au cœur de la vierge qui dort. — Vestale qui ne sait quel foyer tu recèles, Vénus a dénoué son collier d'étincelles .
Vénus a dénoué ses cheveux ramassés
Qui roulent dans l'azur, leurs molles avalanches.
— 0 vierge, quel frisson mord tes épaules blanches !
Vénus a dénoué ses cheveux ramassés :
Le fleuve d'or descend de son col à ses hanches.
De vivantes chaleurs tes flancs sont caressés.
Vénus a dénoué ses cheveux ramassés.
Vénus a dénoué sa ceinture embaumée :
L'essaim voluptueux des parfums de la nuit Prend son vol et s'abat sur la terre pâmée. Vénus a dénoué sa ceinture embaumée Qui; de ses plis flottants, t'enlace et te poursuit. — 0 Vierije éveille-toi. ma pâle bien-aimée. Vénus a dénoué sa ceinture embaumée I
Et cependant qu'ainsi la Muse antique chante, la pensée moderne s'attendrit devant le souvenir des splendeurs oubliées, des mythes glorieux d'autrefois, des étoiles qui furent des mondes aujourd'hui éteints.
Comme une vaste cible où pleut le fer des lances, Criblé sous les regards des chercheurs inconnus, Le firmament, déchu des antiques silences. Pleure le sang divin d'Hermès et de Vénus.
0 mythes glorieux, qu'êtes vous devenus, Du Beau que nous servons étemelles semences I Devant un peuple obscur d'astres nouveaux venus La foule olympienne a fui les cieux immenses.
Trahissant le secret de sa limpidité, Pour montrer son trésor inerte de clarté. L'azur a déchiré la pudeur de ses voiles.
Et l'homme, revenu de son rêve orgueilleux, Après avoir compté le troupeau des étoiles Prend en pitié le ciel qu'ont déserté les Dieux 1