FIRMIN GIRARD
Sur l'eau morte et ijareille aux espaces arides Où le palmier surgit dans les sables brûlants. Le ne'nuphar emplit de parfums somnolents L'air pesant où s'endort le vol des cantharides.
Sur l'eau morte à l'aspect uni comme les lianes D'une vierge qui montre aux cieux son corps sans rides, Le nénuphar, nombril des chastes néréides, Creuse la lèvre en fleur de ses calices blancsi
Sur l'eau morte entr'ouvrant sa corolle mystique, Le nénujjhar m'apporte un souvenir antique : — Vénus mannoréenne, éternelle Beauté,
Ton image me vient de l'Immobilité ;
Et sous ton front poli, je vois tes yeux de pierre,
Comme les nénuphars profonds et sans paupière !
Ce sonnet de ma jeunesse amoureuse me revient en mémoire devant ce tableau aimable. Mais ce n'est plus l'image de Yénus païenne qu'il évoque, mais bien celle de la Femme de notre temps aussi bien que de tous les autres, ayant, pour immortel vêtement, son auguste nudité.
D'un geste infiniment gracieux et imprégné de souplesse voluptueuse, elle s'étend dans l'herbe fleurie, effleurant de sa main la fleur qu'elle atteindra à grand peine, et dont la poursuite obstinée lui pourrait bien valoir la douceur d'un second bain.
Fleur mystérieuse que le nénuphar et d'un charme pénétrant comme son arôme, grisant comme son odeur :
Lent parmi le calme des eaux Où se double le ciel nocturne, Le nénuphar, sous les roseaux.
Ouvre l'or pfde de son urne.
Le Matin, qui passe tout blanc, Croit voir une étoile tombée Prise aux verdures de l'étang Comme l'aile d'un scarabée.
Vers l'astre captif plein d'ardeur, Il étend la main qui délivre.
Mais, de sa tiède et fine odeur, La fleur l'enveloppe et l'enivre.
Il s'endort et, sous son front pur. Passent les visions aimées D'un ciel terrestre dont l'azur A des étoiles parfumées.
Tel, désertant l'immensité J'ai rencontré sur une grève Une femme dont la beauté.
M'a fait la puissance d'un rêve.
Et ce rêve, aiicable baigneuse, c'est vous qui le réalisez aujourd'hui.