‹ Le Nu au salon de (volume 4)Chapitre 17 sur 27 · HARRISON · texte numérisé non relu

HARRISON

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»^ i'EST d'un mouvement très calme que, dans toute sa longueur roulée, la vague s'en vient mourir, sur le sable, en un doux clapotement, mettant à peine une frange d'argent à la rive dorée, d'un azur très pâle avec de grandes lignes d'un bleu plus sombre qui semblent les cassures

d'un lapis-lazuli. Et dans cette caresse de l'eau, à leurs jambes nues, que double, sur leurs épaales, la caresse du ciel, elles s'abandonnent aux joies innocentes d'une nudité qu'aucun regard indiscret ne menace.

Deux sont assises sur la grève, l'une contre l'autre penchées, mêlant leurs chevelures et qui semblent indécises encore. Une autre frileusement s'avance dans la mer où ses compagnes l'appellent, encourageantes et l'attirant avec un sourire aux lèvres.

C'est peut-être qu'elles voient la mer pour la première fois et que ce premier caprice est plein, pour elles, de vagues terreurs.

Dans un grand enveloppement fluide de vapeurs nacrées, la mer, les jeunes corps, le ciel même se confondent, dans l'œil à demi-fermé, sous le vague rideau des cils, et c'est une impression vraiment charmante de lumière discrète et argentée, un véritable régal pour la prunelle.

Vers l'une d'elles — mais je ne vous dirai pas laquelle — cette chanson monte de mon cœur :

Dans tes yeux bleus passe la mer D'où Vénus autrefois est née, Lorsque, vers la rive étonnée, Elle monta du flot amer.

Ton corps souple, vibrant et cher, Sous ta chevelure effrénée, Vague (le Ij'chens couronnée M'enveloppe et m'étreint la chair.

Les perles blanches de ta bouche, La nacre fine que je touche Au bout de tes ongles rosés,

Tout parle, dans ta beauté blonde.

De celle qui, sortant de l'onde, Tend ses pieds nus à nos baisers !

Eh quoi ? un seul madrigal pour cinq demoiselles ! C'est vraiment trop peu en vérité ! Je sais bien que la mer a des chansons mystérieuses pour la Femme, que chaque flot l'enveloppe d'une sonore caresse qui vaut bien un accord de lyre. Et c'est pourquoi

Je voudrais être, charmeresse, Quand tu te baignes dans les flots, Celui qui t'emporte et te presse.

Qui te soutient et te caresse, T'enveloppe de sa tendresse Et te quitte avec des sanglots !

Prenez garde, mesdemoiselles ! L'aube a déchiré sa robe blanche, à l'horizon où flamboie comme une poussière de

soleil ; l'aile des brises s'est attiédie comme si une mystérieuse chaleur y faisait courir un nouveau sang. La grande vision des choses se fait plus nette, ayant entr'ouvert le rideau des brumes, comme un enfant curieux écarte de légers branchages. On se réveille là-bas, sur le rivage et, bientôt une voile, pareille à l'Alcyon qu'un souffle balance, se penchera sur cette étendue longtemps solitaire. Et si vous ne fuyez, vous serez pareilles aux antiques sirènes qui charmaient les matelots et suspendaient, à leurs mains détendues, le poids inutile des rames. Si vous n'êtes la pudeur qui s'enfuit, vous serez la tentation éternelle. Cependant inconscientes de votre cruel pouvoir, peut-être vous chantez et vous riez à la clarté qui vous enveloppe d une caresse où tout s'oublie !

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