G. GOUNOD
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)AS)e pliLs moderne des décors et le plus délicieusement intime.
Dans le cabinet tiède encore des bucesdu bain, où, dans
la baignoire, sanglote encore l'eau qui vient de perdre son image et le cygne de cuivre allonge son cou vers le spectre disparu de Léda ; retenant d'une main, au dossier d'une chaise absolument moderne, le linge qui vient d'éponger le velours de sa peau, de l'autre main elle ramène une mule sous la nacre d'ambre de son talon, l'autre pied demeurant nu encore sur le tapis encore tout scintillant, comme un pré matinal, de gouttelettes de rosée. Et dans ce mouvement tout à fait naturel et bien trouvé à la fois, elle infléchit doucement la belle ligne de ses épaules, montrant sa jolie nuque où le chignon humide est ramassé, se présentant à profil perdu, ne laissant voir des traits de son visage qu'une délicieuse oreille envolutée de rose comme un coquillage marin, arquant légèrement les reins et faisant saillir une hanche pareille à la coline où fleurit la volupté.
Car elle est tentante et chaste à la fois dans son indifférence, cette Suzanne moderne qui se moque infiniment des deux vieillards, cette Betsabée de nos jours dont l'époux est peut être parti, imprudemment aussi, pour la guerre !
Mais pourquoi lui chercher une aïeule parmi les baigneuses célèbres du monde biblique ! Pas plus elle n'appartient au monde olympien et n'est petite fille de Diane prête à se venger d' Actéon. Elle est la Femme, la Femme immor-
tellement belle et voilà tout. X'en demandons pas davantage. Elle est celle à qui le poète chante encore :
Sur tes seins triomphcints s'est embarqué mon rêve, Comme sur une mer dont la vague, en ses plis, Houle amoureusement une moisson de lis, Effeuillant leur blancheur au toucûer de la grève.
A tes seins orgueilleux dont l'armure s'élève
En deux globes jumeaux lumineux et polis.
Sentant renaître en nioi les désirs abolis,
Mon cœur pend comme aux fers aigus d'un double glaive.
A tes seins tout baignés d'une étrange saveur, J'ai senti du baiser renaître la ferveur Et ma lèvre a gardé les anciennes délices.
Sur tes seins je voudrais me coucher et mourir. Et, m'épuisant moi-même à les vouloir tarir, Laisser mon dernier souffle au bord de leur calice .
Car voilà l'éternelle chmson qui vient mourir aux pieds de la Beauté.
0 puissance ineffable de la Beauté ! Dans quelque décor que le caprice du psintre on du statuaire le pose, lecorps féminin y apporte une solennité naturelle, je ne sais quoi de puissant et de religieux. Pour mieux parler, il efface
tout ce qui l'entoure, de son rayonnement propre, comme un astre dans l'espace.
Certes, nous l'avons souvent adoré, avec Henner, dans la profondeur des feuillages et sur le duvet caressant des lits de mousse, bercé par l'enchantement des sources et contemplé par l'œil du ciel dont l'azur semblait attendri, et ce nous était une vision iDarticulièrement douce que celle de la Nature tout entière agenouillée devant la Femme, n'ayant que pour elle des beautés, des chansons et des parfums. Mais que ce charme du paysage disparaisse : qu'il soit remplacé, comme dans ce channant tableau, par des réalités sans grande jDoésie originelle, empruntées à la vie banale, n'ayant ni le murmure des Ijranches ni le mirage du soleil, l'image de la Femme n'en demeure pas moins divine et sacrée, étant tout dans le moindre coin de l'univers, aussi bien que dans les plus sublimes spectacles. Ultima ratio rerum, seule raison des choses qu'elle éclaire de son éblouissement !
ALBERT AUBLET
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)n motif de figure nue souvent traité et le plus charmant du monde pour ce qu'il donne un cliarme très particulier à la féminine beauté. Dans le sommeil de la femme, en effet, s'accomplit un allanguissement divin de ses
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formes, se rassérène le côté parfois troublant de son être, se développe le charme tout sensuel qui complique, d'un désir, l'admiration muette que comportent ses splendeurs vivantes.
Et dans le sommeil de la femme, est tout un poème, le j)lus intime et le plus pénétrant qui soit au monde.
Comment en a-t-elle conquis les bienfaits ? Le plus souvent dans les combats mystérieux de l'amour d'où lui vient cette lassitude délicieuse oîi tous ses membres sont enveloppés.
Je ne me permets aucune hypothèse malséante, mademoiselle, mais on ne me surprendrait qu'à demi en m'assurant que c'est aux mains d'un amant que, tout à l'heure, cette belle chevelure s'est épandue, comme un fleuve sombre sur la neige parfumée de vos épaules, et que c'est sous une moisson de baisers que ces lèvres, dont on aperçoit à peine le pli souriant, se sont entr'ouvertes dans un sourire.
Cette main que vous ramenez sur votre front, dans une pose amphorique d'un charme al)solu, n'y retient-elle pas la douce vision qui vient de s'envoler, et vos paupières baissées n'enferment-elles pas dans vos prunelles jalouses
l'image chère de l'absent ? Cette jolie oreille ambrée de nacre rose comme un petit coquillage marin, ne semblet-elle pus savourer encore l'écho des paroles d'amour et ce l.ieau coup révulsé ne se tend-il pas encore vers quelque imaginaire caresse ?
Encore une fois je serais absolument désolé de calomnier votre vertu, ô liliale créature qui avez cherché comme un large pétale de la plus blanche des fleurs pour j coucher les blancheurs de votre corps immaculé ! Car vous réalisez la symphonie en blanc majeur du poète, votre chevelure semblant une tache d'encre sur une page vierge encore de tout griffonage humain.
Peut-être en est-il ainsi de l'état de votre âme, et jamais le traitre amour n'a encore enfoncé son stylet dans votre cœur pour y creuser, comme l'enfant dans l'écorce d'un arbre jeune, son nom redoutable et adoré. Alors, sans doute, toute la volupté de votre sommeil vous vient d'un rêve seulement; mais la tentation est proche. C'est-à-dire la chute sublime d'où nous tombons, de la terre, dans le ciel.
Car l'amour est comme un ciel retourné, image de l'autre lX)ur les esprits sans ferveurs et sans grande tendresse, ciel véritable pour ceux-là seulement qui savent se donner à lui tout entier. Magna res est amor, magnum om-
nia bonum ! mademoiselle. Et savez -vous cVoù vient ce bout de latin intempestif égaré sous ma plume ? D'mi livre que vous avez peut-être emporté quelquefois à la messe, quand vous étiez encore une fillette pieuse, promenant un missel dominical sous votre petit bras. C'est le théologien A. Kempis qui a écrit cette admirable phrase sur l'amour. Mais peut-être ne parlait-il pas du même que moi.
Qu'il vienne goûter les réelles délices de vous tenir dans ses bras ou seulement qu'il ait été évoqué par votre songe, je ne plaindrais pas un seul instant, mademoiselle, celui qui est déjà venu ou qui viendra tout à l'heure. Car ce n'est pas un mince trésor que celui de vos charmes, depuis le sillon charmant que creusent entre elles vos deux épaules arrondies et veloutées, et la belle cambrure de vos reins, et le valonnement délicieux d'où votre croupe jailUt, éblouissante de blancheur, et le noble dessin de vos cuisses l'une sur l'autre repliées, jusqu'à la nacre rose dont sont bordés les ongles féhns de vos petits pieds ; et c'est un long enchantement à parcourir, avec des recueillements dans l'âme et des tendresses éperdues aux lèvres, que celui de votre beau corps abandonné, pareil à une vague immobile ou subitement figée dans son majestueux enroulement.