HECTOR LEMAIRE
Pécheresse au grand cœur et dont l'àme, en vain pleine. S'ouvrit au saint de'sir d'un immortel tounnent, Et qui, rêvant d'un Dieu méconnu pour amant, Bus ton dernier baiser dans sa dernière haleine.
Te voici maintenant qui caches sous la laine, Comme un trésor impur, ton corps doux et charmant, Et fuis, sous les rochers, l'œil clair du firmament. Vierge du repentir, ô sainte Madeleine !
Toi qui portais plus haut que la virginité
Le sacrilège oubli de ta propre beauté,
Comme un soldat vaincu laisse tomber ses armes.
L'ennui gémit en toi, — plus que l'ennui du ciel — Du jeune homme au front pur, beau comme Alarciel, Et c'est encor l'amour qui pleure dans les larmes.
Ainsi m'appamt Madeleine, dans cette image surtout si pleine d'un charme païen, nonobstant les emblèmes ascétiques dont elle est entourée, la tête de mort qui semble encore baiser son pied nu dans une caresse désespérée, les visions qui s'enroulent au creux de la pierre où elle est posée, course fugitive des souvenirs morts dont fut faite sa vie.
Ne pleure plus, ô toi qui demeures la Beauté ! ayant été l'Amour !
Christ n'a-t-il pas dit :
Madeleine au grand cœur, attends un peu, je t'aime ! C'est seulement quand au linceul tu m'e'tendras, Femme que tu pourras, sans affront ni blasphème. Me baiser sur le front, et m'étreindre en tes bras .
Mon sang de tes pe'chés aura lavé l'injure.
C'est pour toi que je meurs, ô Femme, seulement.
Que ta chair rachetée et que ta lèvre pure,
Te fassent digne enfin de ton Dieu pour amant !
0 Dieu dont elle a consolé les dernières angoisses, c'est toi qui lui apparais encore dans le rêve mystique où son regard se perd, cependant qu'entre ses belles mains coupables, s'assouplit l'or pesant de sa chevelure dénouée.
Ta mort fut douce, à toi, de charmes infinis, Sur le sein d'un ami tu bus le dernier verre, Et Madeleine en pleurs, consola ton calvaire, Comme autrefois Ye'nus les mânes d'Adonis.
La fable nous a légué des amantes tragiques. Madeleine demeure parmi les plus touchantes, n'ayant pas connu le réveil de son rêve dans la cruelle réalité, ayant continué de le vivre, même alors qu'était mort celui qui en était l'objet immortel, assez faite de tendresses éperdues et inutiles après les vénales tendresses qui avaient occupé ses sens sans remplir son cœur, image des inassouvies dont le délicieux martyre emplit le ciel de sanglots mêlés à des baisers.
Tantôt pleines de cris, tantôt pleines de pleurs . Comme a dit magnifiquement Baudelaire.