GEORGES CALLOT
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Le doux printemps a bu, dans le creux de sa main,
La fraîcheur des baisers qu'au bois, y mit l'Aurore.
Vous aimerez demain, vous qui n'aimiez encore ;
Et vous qui n'aimiez plus, vous aimerez demain.
— Le doux Printemps a bu dans le creux de sa main!
Le Printemps a cueilli dans l'air, des fils de soie Pour lier sa chaussure et courir par les bois. Vous aimerez demain pour la première fois, Vous qui ne saviez pas cette immortelle joie. Le Printemps a cueilli, dans Tair, des fils de soie .
— Le Printemps a cueilli des fleurs sur le chemin Que la beauté remplit de son rire sonore.
Vous aimerez demain, vous qui n'aimiez encore. Et vous qui n'aimiez jdIus, vous aimerez demain.
— Le Printemps a cueilli des fleurs sur le chemin.
Et, toutes les deux, d'une beauté égale, dans l'épa = nouissement de leur jeunesse fleurie de grâce et pareille au printemps, dans la sincérité de leurs charmes nus qu'elles découvrent avec une fierté toute naturelle, au pied des grands arbres qui balancent au-dessus de leurs têtes de verdoyants parasols, dans l'herbe moite encore des rayons de soleil tamisés par les branches, elles sont venues mettre une fête vivante parmi les fêtes éternelles des choses. Et, une griserie, véritable et douce, montant à leurs cerveaux, de ces floraisons éparses dans l'air ou s'écrasant sous leurs poids voluptueux, elles respirent à pleins poumons l'air embaumé, l'une d'elles abîmée dans une délicieuse rêverie et l'autre envoyant dans l'air qui la caresse, d'imaginaires baisers, les mains ramenées sous ses seins
CHAMP DE 3IARS 111
aigus et roses, où d'invisibles abeilles font saigner leur aiguillon. Qu'adviendra-t-il si de ce besoin éperdu de caresses qui est en elles ? Baudelaire aurait pu vous le dire en magnifiques rimes, mais je ne le veux pas chercher. Il me suffit de me réjouir très honnêtement au spectacle de ces deux figures aimables donnant au décor son réel et durable enchantement, d'admirer cette belle chevelure sombre épandue dans le gazon et cette autre pareille de couleur, dans laquelle un léger zéphyr se joue, d'envelopper de mon propre désir ces deux corps jeunes et beaux d'une puberté si triomphante dans le rajeunissement universel des formes et des couleurs. 0 giuventu, j^rimavera ! dit le poète itahen.
Comme un faune endormi dont les nymphes lascives Ont caressé les flancs de leurs gerbes de fleurs, L'an se re'veille et prend mouvements et couleurs Au doux flagellement des brises fugitives.
0 Printemps ! un frisson court dans l'air matinal : La sève mord l'écorce et le lierre l'enlace, Et la source entr'ouvrant sa paupière de glace, Sous des cils de roseaux montre un œil virginal.
Cependant qu'aux frissons de l'aube e'namoure'es, Les vierges enlaçant leurs jumelles toisons, Dorment dans la fraîcheur humide des gazons, D'un soujffle de baisers les lèvres empourprées.
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ESCOULA
|ANS la jeunesse de l'année, la puberté divine de la Femme ; dans le réveil de la Nature l'éclosion sublime des premières impressions d'amour. Avec quelle grâce inconsciente, les yeux a demi-levés vers le ciel où la brise déKvre l'azur de la course des nuées, elle tend les fleurs sauvages
cueillies au revers du chemin, fleur elle-même dont les pétales s'ouvrent au souffle inquiet des baisers gazouillant, invisibles, parmi les oiseaux, dans les branches ! Fleur d'innocence et de volupté tout ensemble, troublante image de celle qui nous torturera un jour et n'attend que la science fatale de nous faire souffrir.
Et, autour d'elle, des voix mystérieuses chantent l'immortelle chanson des renouveaux :
Voici que l'An revêt l'habit des renouveaux. Ondulant comme un flot léger frange' d'écume, Flotte sur les gazons le voile de la brume, De blanches visions emplissant les cerveaux.
— Voici que l'an revêt l'habit des renouveaux.
Le sang subtil des fleurs a frémi sous la terre ; L'âme douce des fleurs est lasse de sommeil, Et les cieux attiédis, dans un baiser vermeil, Du rajeunissement évoquent le mystère.
— Le sang subtil des fleurs a frémi sous la terre.
La gaieté du jour luit dans l'œil clair des ruisseaux Dont la brise a fondu la paupière de glace. Un frisson de verdure insensible s'enlace Aux méandres que font les jeunes arbrisseaux.
— La gaieté du jour luit dans l'œil clair des ruisseaux.
Souris, œil du ruisseau ! souris, bouche des roses ! Le Printemps, dans son vol puissant et gracieux. D'un seul coup de son aile a balaj-c des cieux. (yomme un souffle maudit, l'omlire des jours moroses. — Souris, œil du ruisseau 1 souris, bouche des roses !
Souriez, tous les deux, à la femme, seule souveraine maîtresse de tout ce qui l)rille, rayoïme et sourit ici-bas.
Car à ses pieds blancs, si doucement l'un contre l'autre inclinés, comme deux Ijs dont les corolles se mêlent dans un même souffle embaumé, vient mourir l'hommage de tout ce qui naît, de tout ce qui chante. Et c'est pour elle, pour ses mains qui les cueiile,que les fleurs sont nées d'un caprice du soleil ou du sang d'un Dieu. Car
En les créant toutes pareilles
Par la grâce et par les couleurs.
Dieu fit — complétant deux merveilles —
Les femmes parentes des fleurs.
Au même azur il prit les charmes Des bluets clairs et des doux yeux.
Et dans tous deux, mit une larme Où luit le souvenir des cieux !
Larme qui sourd déjà sous ta paupière, ù belle jeune fille qui nais seulement à la vie, c'est-à-dire à l'amour, qui pleures aujourd'hui d'une tendresse inconnue et qui nous fera pleurer demain !
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