‹ Le Nu au salon de (volume 4)Chapitre 25 sur 27 · RAMEAUX · texte numérisé non relu

RAMEAUX

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NOT sans pensée ! Car qui pourrait dire ce qu'est le bonheur !

Un poète charmant dont on a tort de ne connaître que les ïambes farouches, Auguste Barbier a écrit :

Si le vrai bonheur, au terrestre Empire, Est le doux moment où deux jeunes cœurs, Epris, tous les deux, d'égales ardeurs, Au livre d'amoar s'entendent pour lire.

Pourquoi si l'un d'eux veut le livre clore, Soit par lassitude ou désir de mieux, Yoit-on aussitôt l'autre malheureux Au livre d'amour vouloir lire encore ?

Tel n'est pas le bonheur intime et tranquille que conçoivent les trois belles jeunes filles enlacées dans une danse éperdue qui mêle, à la fois, leurs mains blanches et leurs belles chevelures. Telles l'une l'autre les vagues se chevauchent doucement, dans une caresse ensoleillée, quand la mer daigne sourire à l'innombrable lèvre de ses flots.

Or c'est la griserie printanière sans doute qu'elles respirent dans l'air, et qui leur vient de leur propre jeunesse, qu'elles portent, ainsi enlacées, une musique mystérieuse et lointaine scandant la cadence de leurs pas. Au premier abord elles semblent pareilles, mais c'est seulement par l'égalité des charmes dans le même parfum de renouveau. 0 Paris, berger fatal à Ilion, qui cueillais des pommes, comme l'Eve biblique, te voilà fort embarrassé, j'imagine, de décerner le prix que t'a confié le caprice d'un Dieu. Qui oserait faire un choix entre ces corps char-

mants et (jui oserait préférer celle-ci à celle-là, dans ces trois Grâces, ou bien celle qui ramène en arrière ses bras par un mouvement des épaules qui les infléchit harmonieusement ; ou celle qui croise légèrement les siens pour donner une détente à la ronde ; ou celle encore qui nous montre la rondeur divine de ses hanches en liberté ?

JMieux vaut prendre tes pipeaux, o pasteur et chanter a leur grâce vivante. Car,

Quelque pasteur jaloux, au lait clair de tes chèvres, Sans doute avait mêlé quelque enivrant poison, Pour chasser, de ton front aimable, la raison, Et faire épanouir la sottise à tes lèvres,

0 jeune homme qui, fier de ta virilité^ Et des reyards furtifs dont, sous le bois humide, Te suit la nymphe ardente où la vierge timide. Osa d'an prix mortel honorer la Beauté.

Téméraire berger, laisse tomber tes pommes. Sous la triple splendeur de ces corps blancs et nus . Prosterne-toi, meurtri de frissons inconnus ; La terreur de la feumie est ce qui nous fait hommes.

Garde-toi de juger laquelle, sous sa main, Effeuillera le mieux tes fragiles années. Et, sans lever les yeux, laisse les destinées Vers la douleur d'aimer te choisir ton chemin !

0 fragile image du bonheur, que tu prépares bien^pour nous, les mensonges et les tortures de l'amour ! j Beaux pieds blancs à qui les rythmes inconnus donnent des ailes, aujourd'hui c'est de rosée que l'herbe fleurie vous caresse. Ce que vous boirez demain, c'est le sang même de nos cœurs !

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