‹ Le Nu au salon de (volume 4)Chapitre 5 sur 27 · MANGEANT · texte numérisé non relu

MANGEANT

C'est un printemps de l'an fatal à notre race, Dans les jardins sacrés à nos fils interdits, Sous le grand ciel profond des lointains Paradis Qui de nos pas mortels ont oublié la trace.

Le pommier svmbolique où pendra notre sort, Et le secret amer de l'avenir morose, N'est qu'un arbre charmant, fleuri de neige rose, Et d'où, comme d'un nid, un vol d'abeilles sort.

Et Celle qui sera la douloureuse mère Des fils impurs d'Adam par le monde jetés Est encor, sous l'éveil de ses jeunes beautés, La vierge au front nimbé d'or pâle et de chimère.

Sur un rideau mouvant d'azur aux sombres plis Et dans la houle d'or de l'herbe ensoleillée. Par l'hosanna vivant des oiseaux réveillée. Elle s'avance blanche et droite comme un lis.

La libellule autour de ses épaules rôde, Le papillon voudrait sa gorge pour prison. Aux blancheurs de sa peau le reflet du gazon Fait courir en frissons, des vapeurs d'émeraude.

Comme dans un profond et doux ruissellement, Autour d'elle l'air pur, le ciel, tout s'extasie. Elle est l'immense espoir, elle est la poésie, Celle qui deviendra notre éternel tourment.

Elle porte en ses flancs l'orgueil de la Nature, A son front la beauté que rien ne peut ternir, Et, sous ses beaux pieds nus, les âges à venir^ De l'herbe et de nos cœurs inclinent la torture.

CHAMP DE yiAT.

Accoure?^ sur ses pas, channes doux et pervers Qui font nos corps lasse's et nos âmes fidèles ; Cj-gnes blancs du désir, venez à tire d'ailes Brûler votre âme au souffle errant des rameaux verts.

Hâte, pommier fatal, les ferveurs de ta sève, Sœur du farouche sang dont nos cœurs sont brûlés. Ouvre, en lèvre de fleurs, tes boutons étoiles, Tout prêt à te briser dans la main blanche d'Eve.

Car les temps sont venus, par le destin prédits. Que tout ici-bas vive et meure par la femme. Et, menaçant l'amour de son glaive de flamme. L'ange déjà se dresse au seuil du Paradis !

Page 1