‹ Le Nu au salon de (volume 4)Chapitre 6 sur 27 · GUILLAUME DUBUFE · texte numérisé non relu

GUILLAUME DUBUFE

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LNS un mouvement superbement vainqueur, elle pose le genou sur la roue d'un rouet fantastique, développant la cambnu'e harmonieuse de son torse, faisant saillir

les nobles contours de sa gorge, arrondissant, au-dessus de sa tête farouche et souriante à la fois, de sa chevelure sauvagement crespelée, ses beaux bras dont un éventail forme l'arc.

Tout autour, c'est un air traversé de petites flammes et de légères fumées.

Elle n'est pas seulement le Feu, mais elle est aussi le Rêve, un rêve de chaleur et d eblouissement. La fantaisie de l'artiste s'est donnée librement cours dans cette figure d'un modelé amusant, éclairé, par places, de lumières fantastiques. C'est le Feu ; c'est le Rêve ; et c'est aussi la Salamandre qui vit au milieu des flammes et court sur les brasiers ardents sans se brûler. Ainsi, dans les Pyrénées, ai-je vu d'étranges lézards qui semblaient boire le soleil sur les pierres incandescentes, rouges, jaunes et tachetés de noir, innocents avec cela, ce qui est un bien grand avantage sur la femme.

Dans ce poétique caprice de dessin et de couleur, nous sommes bien loin des philosophiques légendes du Feu chez les Aryas et chez les Chaldéens.

Les premiers ont certainement rattaché au Feu tout un ensemble de mythes reliés à leurs croyances religieuses. Mais il ne semble pas cependant que leur culte eut la grandeur de celui qui était rendu à l'Agni védique. Ce dernier est de création purement indienne et est aussi dif-

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férent du Yulcaiu greco-romain que du Logi Scandinave.

L'Agni védique est, avant tout, le symbole du sacrifice.

C'est lui qui sert de médiateur entre les Dieux et les mortels ! Car il amène les premiers, d'après les antiques images, sur un char magnifique traîné par des chevaux rouges et il leur apjwrte l'offrande des hommes dont il est le messager. Aussi est-il constamment invoqué dans les hymnes qui accompagnent les holocaustes.

Les Clialdéens adoraient le Feu, mais seulement dans la Ijersonnification des astres.

Aujourd'hui encore, lea derniers croyants de la plus antique des religions, les Parsis et les Guêbres, conservent les traditions sacrées du magisme (Le Sar Josephin Péladan n'est donc pas seul) et continuent d'entretenir et d'adorer le feu sacré dans leurs sanctuaires du Kerman et du Goudjerat.

C'est des tribus pélargiques que la Grèce, puis l'Italie, reçurent le culte du Feu. On sait que, dans les temples d'Apollon, à Athènes, comme à Delphi, comme dans celui de Cérès, à Mantinée, on entretenait un feu sacré que devait, seul, ressusciter, s'il s'éteignait, le rayonnement sacré du soleil.

A Rome, Numa avait fondé le collège des Vestales dont l'histoire est demeurée si poétique à travers les temps et

qui, elles aussi, avaient pour missiou d'entretenir un feu symbolique.

Les Hébreux eux-mêmes, si facilement idolâtres, ont connu plusieurs pratiques de culte du Feu.

Quand le grand prêtre Aaron, d'après la Bible, accomplit, pour la première fois, le sacrifice, Dieu fit descendre un feu miraculeux qui consuma l'holocauste, et le feu dut être ensuite religieusement entretenu par les Lévites.

Toujours clément, Jehovah n'hésita pas à frapper de mort subite Nadab et Abias, les fils du grand-prêtre, lesquels avaient allumé l'encens avec un feu sacrilège.

Enfin, dans le christianisme même, nous trouvons un peu de cette séculaire tradition.

Ce fut un usage ancien dans l'Eglise catholique, puisque c'est le poète Prudence qui nous l'a transmis, de tirer du choc d'un silex, et de bénir le feu qui allume, le samedi saint, le cierge pascal.

Mais voilà bien de l'érudition inutile à propos d'une charmante image. Je veux oublier maintenant tout ce que j'ai appris dans les livres, pour en admirer les contours féminins, pour en saluer la grâce troublante. C'est que le vrai feu, celui qui consume les âmes, nous vient des regards perfides et enchanteurs à la fois, de la Femme et que c'est dans ses yeux seulement qu'est la flamme vraiment sacrée.

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