‹ Le Nu au salon de (volume 5)Chapitre 3 sur 7 · PENDANT LE REPOS · texte numérisé non relu

PENDANT LE REPOS

LE NU ET LA BEAUTÉ DANS l’aRT

compareront encore, pour rendre leurs idées de beauté, les dents à des perles enfilées, les yeux à des narcisses, les mains — à cause des doigts teintés de , ,

henné, — a des fruits de jujube, les seins à des grenades, la taille à une lance llexible; et, si le sourcil est un arc, la paupière sera un « portier >. Ces métaphores, nous ne les employons guère.

Quant à la beauté du corps, ils ont sur elle des idées qui ne semblent guère se rapprocher des nôtres. Mais on peut croire que, quoiqu’ils l’ignorent, ils doivent penser comme Aristénète, qui disait d’une femme dont il était épris : « Quand elle est habillée, elle est belle ; quand elle est nue, c’est la beauté même.

Ainsi, Aet écrivain, qui composa Les Lettres auwitreiises et qui disparut dans un tremblement) de terre, proclamait au quatrième] siècle que le nu parfait, Qomme je l’ai écrit, est la beauté parfaite.

Je ne voudrais pas, après cela, démontrer ce que tant d’autres tirent déjà, que le Nu est chaste. Non seulement tous les artistes vraiment épris d’art, mais aussi une certaine partie du public, sont d’accord sur ce point.

Néanmoins, il ne faut pas se dissimuler que l’on trouve encore, quand on expose cette théorie, de sérieuses résistances. C’est que, pour beaucoup, l’idée du beau se confond avec celle du joli.

Fontenelle, ayant rencontré certain iour un gentilhomme de

BAIGNEUSE

A. j\I., phot.

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ses amis, . qui \œnait de convoler en- justes noces,' lui' demanda ;

« Votre -femme est-elle belle? Et l’autre de répondre : « Elle est

très aimable. Elle a de l’esprit, des lumières. ».Et Fontenelle de

répliquer : « Ce n’est FRTESCKE ^ ^

pas ce que je vous

demande... Est-elle jolie ? » Après quoi il ajouta, ce qui était aussi irrévérencieux pour le mari que pour l’épouse :

« Une femme n’est obligée qu’à cela. »

Laissons de côté la dernière réplique qui n’a pas trait au sujet qui nous occupe et qui prouve simplement qu’un homme d’esprit peut parfois être mal élevé. Ne voyons que cette demande ; « Estelle jolie ?» qui succède à la première interrogation : «Est-elle belle?» Elle prouve que Fontenelle,commeles personnes auxquelles je faisais allusion tout à l'heure, confondait volontiers le beau avec le joli.

Cette erreur des écrivains du xviir siècle fut d’ailleurs partagée par les artistes. Elle trouve sa raison et aussi son excuse dans la

FEMME NUE

A. M., phol.

frivolité, le relâchement des mœurs, le libertinage qui, déchaînés sous la Régence, s’épanouissent librement sous Louis XV. Les Pompadour et les Dubarry n’étaient pas faites pour enrayer un tel état de

choses. Il faut dire aussi que la Cour les suivait avec un remarquable

entrain. Ce fut alors le triomphe de la rocaille et du rococo. Et sculpteurs et peintres rivalisèrent d’émulation pour la reproduction des choses mièvres et d’une joliesse élégante.

Certes, il n’entre pas dans ma pensée de faire ici le procès des

Fragonard, des Watteau et des Boucher. Mais leurs nudités, ainsi que celles de leurs imitateurs, s’éloignent intensément de celles qu’on a peintes jusqu’alors. Elles ne sont jamais complètes comme celles

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des grands classiques. Il y a des retroussis de gazes légères, kles poses hardies de nœuds coquins, des draperies d’étoffes qui soulignent des attitudes et pimentent des situations. La grâce s’ajoute au joli; et, à part les amours joufflus qui culbutent, joyeux et rieurs, dans des nuages bleus avec des faces candides d’enfants trop gras, les personnages sont empreints souvent de malice ; quant à l’idée qui inspire le tableau, elle se mélange souvent d’une pointe de libertinage. Le maquillage de la nature correspond au maquillage des sentiments.

L’époque le veut ainsi d’ailleurs. Sur les têtes des femmes, les perruques s’étagent, ennuagées de poudre de riz. Les fards colorent les pommettes, les yeux s’agrandissent par des procédés factices, les mouches s’arrondissent aux coins des lèvres avivées par le carmin et les tailles de guêpe s'élancent au-dessus des énormes jupes à paniers. Les hommes n’apportent pas moins de soucis à se costumer et à se parer. Ils arrivent à des raffinements de coquetterie quasi féminins. Et cette facticité, ce besoin de corriger l’état naturel de leur physique, arrivent à influer sur leurs sentiments. Les Roués de la Régence ont des âmes mobiles et inconstantes de courtisanes. Ils leur empruntent même leurs vêtements. Rappellerai-je que Richelieu, afin d’obtenir les bontés de Mademoiselle de Valois et ne pouvant y parvenir à cause du Régent qui faisait monter bonne garde autour de sa fille, s’habilla en femme pour arriver jusqu’à elle ? Rappellerai-je aussi ce qu’il répondit à quelqu’un

Etienne TOURNÉS

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