DIANE AU BAIN
'est encore ri uimov- " telle chasseresse que nous avons rencontrée, ° : ■ un carquois sonnant sur les cpaules, dans la profondeur rouillce •^"^y^ par l'automne des antiques forêts, tcrr „ reur des cerfs timides et des oiseaux
matinaux aux ailes lourdes de rosée, celle qui marche pieds nus, dans les hautes herbes un arc à la main. Bien vite vous la reconnaissez au héron sanglant
qu'elle a accroché au roc, comme im trophée, avant de descendre, parmi les iris en fleurs jusque vers la source qui pleure sur le sable d'or.
Mais à cet attribut seulement vous la reconnaissez. Estce l)ien vraiment une Déesse qui, le long de la pierre luisante, étirant ses beaux bras et cambrant son torse poli, care sse le granit de sa chevelure dénouée et roule entre ses doigts fuselés, les perles d'un collier ? A quelle mortelle alors a-t-elle dérobé, non pas l'amour curieux d'Actéon, mais le long voile dont ses jambes sont enveloppées ? Car les Déesses cheminaient nues, sur les terrestres chemins admiration vivante des Bergers pensifs et des Poètes.
Païen que je suis et ne croyant qu'à la mythologie, je n'en fais pas moins souvent quelque procès à la Fable qui me sert d'Évangile. Ce n'est pas de la chasse, mais de la pêche que j'aurais fait Diane déesse. Plus volontiers, je me l'imagine le long des eaux tranquilles, poursuivant le sillon d'argent de quelque monstre comestible, qu'acharnée au trépas des habitants sonores de l'air. Il y a mille raisons, pour moi, à cette vision particulière. D'abord mon grand désir de rencontrer Diane dans mes matinales promenades au bord de mon fleuve familier. Quand l'aurore y égrène ses premiers ruljis, parmi le grand frisson des eaux réveillées, de la profondeur verte des joncs palpitants sous les buées, j'ai crû souvent voir sortir son image toute blanche avec une rougeur aux lèvres et aux deux seius seulement.
Au fond des belles imaginations grecques il faut toujours chercher la. Femme. Pour être la plus sage des personnes de l'Olympe, Diane n'en n'était pas, sans doute, moins sensible aux hommages et moins jalouse de sa beauté. C'est, avant tout aux cœurs qu'elle faisait la guerre et l'embûche a toujours été la meilleure arme de la Femme contre nous. Dans le courant qui nous entraîne à ses pieds par une pente fatale, comme le flot suivant son inexorable chemin après les antres flots, nous sommes svu'tout comparables à la proie que l'hameçon guette et saisit au passage. C'est de notre propre désir que nous sommes les victimes et c'est la convoitise qui nous pousse jusque sous la dent qui nous déchire. Nous ne sommes ni l'oiseau <iui vole, ni le cerf qui fuit, mais l'obéissant butin (juc fait prisonnier un sourire.
Bien que Diane et Phébé ne doivent être confondues, au moins sont elles proches parentes dans le livre immortel des croyances surannées. Or, tandis que les rayons d'argent delà lune se brisent, comme d'inutiles javelots, à l'armure d'or sonore des frondaisons automates, toute entière elle descend dans l'eau qui coule et y mire sa pâleur divine qu'auréole un vague et voluptueux frémissement. Tandis que sa clarté, tamisée par les feuillages, n'est plus qu'une poussière sur les gazons bordés de lucioles, c'est en nappe large et vibrante, comme une coulée de métal, qu'elle les répand sur la rivière recueillie.
C'est donc au bord du flot bien plus que dans les taillis où s'ensanglanterait sa gorge nue, que j'ai cru souvent rencontrer Diane, que j'ai vu passer dans l'air ses flèches étincclantes. Elle n'est pas fllle de la mer comme Vénus, qui i»rte en soi l'âme désespérée des tempêtes et l'océan toujours houleux des passions ; mais son berceau fut quel- (jue source paisible susurrant parmi les hautes tiges que l'aile d'éraeraudc du martin-itêclieur effleure. Je ne suis donc pas étonné, la retrouvant ici lires de cette eau qui murmure dans son bassin de mousse ; ce qu'elle écoute, dans sa rêverie, c'est la chanson qui fêta sa naissance, la printanière clianson qui passait dans l'haleine des hlas, célébrant la blancheur immaculée des vierges. Et derrière la roche dont elle sa^'oure la fraîcheur, j'entrevois le chœur désespéré de^ amants qui ne boiront jamais le vin du baiser à ses lèvres qui ne savent que sourire. Cette plainte ne leur est pas moins douce que l'hymne du flot. Notre torture demeurera la joie éternelle de la Femme, et ce sont des larmes qui brillent dans les plis capricieux de ce collier.
DIEÏÏDOMÉ (Emmanuel de)