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LE TEMPS DÉCOUVRE LA VÉRITÉ

ous rappelez vous une admirable idylle de Puvis de Chavannes ? Peut-être pas. Car le jury du temps interdit à ce chef-d'œuvre l'entrée du Salon de Peinture. Je vous décrirai donc ce poétique tableau.

Dans la campagne verte de jeunes femmes sont assises, écoutant la chanson des oiseaux, dans les branches frémis-

santés au soleil, et la plainte lointaine des sources filtrant dans l'épaisseur sauvagement parfumée des gazons. Elles pensent aux plus douces choses et l'âme des jeux passe dans leurs regards limpides, comme un joyeux éclair tandis qu'une fleur d'espérance épanouit la rose de leurs bouches.

Elles ne voient pas, dans le fossé que borde une muraille d'herljes encore debout, une muraille que les coquelicots mouchètent de gouttes de sang, le vieillard sinistre endormi dans son manteau, le grand faucheur qui guette la moisson et l'abbat à ses pieds, sans plus avoir pitié des fleurs que des gerbes nourricières. Un moment de lassitude est venu au travailleur infatigable. Il laisse un instant respirer la vie avant de reprendre son labeur impie de destruction.

Vous le reconnaissez à la faux couchée près do lui, dans le sillon, luisante comme un croissant de lune que les astres méchants auraient fait tomber du ciel. C'est le ïemps,le Temps sans merci et toujours acharné à sa tâche, insensible à l'âge comme aux douleurs et faisant tomber les fils des bras éplorés des mères, mêlant les sexes et les années dans l'éternelle promiscuité des mêmes funérailles. Il n'a pas d'ailes, il est vrai, à son dos osseux où le vent peut venir dire son chapelet, en comptant les grains de l'échine, dans les jours d'orage. Mais, sans doute, sont-

elles repliées sous son large manteau aux plis figés dans la rigidité des gelées matinales.

Et je le reconnais fort bien dans l'image nouvelle qui nous en est donnée.

Après le lourd sommeil qui l'avait étendu, inerte, au pied de son œuvre interrompue, il aura repris certainement le fer qui met les moissons tout à l'heure triomphantes et dorées, au ras des néants.

Et l'arme promenant, autour d'elle, cette vivante ruine, a, tour à tour couché, dans leurs robes à peine défraîchies, les belles jeunes filles sur le lit de fleurs où s'égarait leur fantaisie, pareille à celle des papillons. Sur leurs joues aussi subitement décolorées les roses sont mortes et les lys s'arrondissant, en bouquets de blancheurs, à leurs épaules, ne sont plus qu'une jonchée que foulent aux pieds les passants. Leurs yeux clairs se sont fermés comme un ciel de printemps qui se voile. Mais le soleil ne les réveillera plus et, dans leur azur terni, ne descendra plus l'image sacrée des étoiles.

Toutes ces grâces fleuries |de jeunesse, ces belles chairs éblouissantes de santé, ces fronts charmants où, sous la forêt obscure des cheveux, palpitait l'aile de phalène du Rêve, néant aujourd'hui, cendres à peine rafraîchies de quelques larmes, rien que le souvenir qui s'efface et que le nom qui s'oublie !

Le Temps est comme la Mort dont il n'est d'ailleurs qne le chemin. Eien ne le désarme, ne l'attendrit, ne rarrête,ni la promesse de jours longs encore, ni même cette souveraine maîtresse du monde : La Beauté.

Une image cependant demeure debout devant lui, tout à coup dressée dans le sillon qu'il ouvrait, comme un Lazare qui se lève d'une tombe mal fermée. Angéliquement coiffée de longs cheveux s'élargissant aux épaules, comme des ailes, elle étend les mains sur toutes choses et son miroir s'empUt de l'image du paysage dévasté. C'est l'immortelle qui survit à toutes les autres, nue comme Vénus ellemême, mais cuirassée d'une invisible armure contre laquelle s'épuisent les flèches et se brisent les javelots.

Celle qui rend au martyr le courage, qui console le héros de la Mort, qui, plus haut que les mythes et les sciences, que les recherches des prêtres et le caprice même des Dieux, garde le secret de tout ce qui est sans pouvoir jamais cesser d'être : La Vérité.

CAERIEE-BELLEÏÏSE

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