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LE POÈTE ET LA SOUECE

Hic geledi fontes, Hic mollia x>rota, Lycori.

Comme soupire Gallus clans l'immortelle églogue de Virgile. Dans la sérénité d'un arcadique paysage, devant un décor de roclies bleues se découpant sur les clartés laiteuses du ciel, au pied d'arbres verdoyants, ombre tissée, par les rayons qui la traversent, d'imperceptibles fils d'or, reposant sur la fraîcheur des mousses fleuries, elle est assise, virginale image de la fécondité, impeccablement nue

comme il sied à une immortelle. Lasse de chanter seule son hymne délicieusement monotone et d'égréner sur la pierre des notes d'argent, elle a souffert que le poète vint s'asseoir à ses pieds et lui soupirât quelque belle plainte d'amour. Que pourrait-il dire autre chose, en effet, à celle qm est la Beauté et qui l'écoute, pensive, dans le ruissellement de sa chevelure d'or ? Il n'est vers immortels que ceux qui ont chanté l'immortelle tendresse !

C'est qu'EUe est radieuse vraiment dans l'éclat immaculé de sa jeunesse, adolescente encore avec des promesses déjà réalisées. Seins présomptueux dont aucune lè-VTe n'a amorti le triomphe, hanches délicieusement allourdies, fruit mûrissant dans le pollen encore poudreux de la fleur. C'est pour lui obéir, sans doute, que le Poète tend la main vers la coupe que lui sert un jeune échanson et remplie au plus clair de l'eau où le ciel se mire. Ce n'est pas de cette onde, si limpide qu'elle soit, que sa bouche a soif, mais de baisers implorés timidement. Ce que ses yeux avides contemplent ce n'est pas l'inutile laurier qu'elle tient d'une main indifférente, mais la splendeur douce de ce corps exquis, pétri dans la vigueur et dans la grâce.

Cependant le ruisseau qui descend et serpente emporte vers les horizons le désir et la chanson du Poète, confondus dans le même murmure mourant à l'infini. Dans sa course il reflète l'insensibilité des choses à nos peines l'azur indifférent et le feuillage superbe. Une seule image

demeure immuable clans cette fuite du paysage, mais sans paraître s'attendrir davantage, la Beauté de la Femme devant la prière de l'Amour.

Et comme le Poète sait bien que toutes ces splendeurs ne sont que le vêtement de son rêve éternel, la Femme dans sa nudité glorieuse ! S'il dit la fraîcheur des bois et l'orgueil des étoiles et l'immense mélancolie de la mer, ce n'est que pour appeler la Femme et lui montrer ces merveilles agenouillées sur son chemin. De toute ces beautés elle est l'âme vivante, et le cœur du monde s'an'êterait si le souffle léger dont elle le berce s'éteignait dans sa poitrine. Ce que la source, elle-même, chantait au Poète avant que celui-ci lui répondit, n'était-ce pas la divine chanson de Psyché, celle qui devrait être dans toutes les mémoires :

Tout Vunivers obéit à l'Amour.

Jeunes amants, soumettez lui votre âme.

Les autres Dieux à ce Dieu font la cour,

Et leurs jplaisirs sont moins doux que sa flamme,

— Des jeunes cœurs c'est le suprême bien.

Aimez! Aimez! tout le reste n'est rien!

Non, sans l'Amour tant d'objets ravissants, Bosquets fleuris et jardins etj'ontaines, JV'awaient plus rien qui ravissent nos sens Et leurs attraits sont moins doux que ses pleines.

— Des jeunes murs, c'est le siq^rême bien. Aimez.' Aimez! tout le reste n'est rien!

Et l'Echo, dans les sonorités lointaines du feuillage frémissant au premier souffle du soir a répété :

A imez ! Aimez ! tout le reste nest rien !

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