ACTE PREMlEn, SCÈNE II
LORNOY
Ce qu'a dit André? La femme a droit au silence sur son passé?... Peuh!
{Un domestigue entre et remet la correspondance à Lornoy.)
MADAME LORNOY, dès le domestique sorti.
Eh bien, reconnaissez-vous que j'avais raison? Croyezvous encore qu'Henriette devait parler ?
LORNOY, triant les lettres.
Mais non! Hais non! Et puis, ce qui est fait est fait... Ils sont heureux... c'est Tessentiel...
MADAME LORNOY
Mais, vous ne conviendrez pas que j'ai eu raison.
LORNOY
Mais si! Mais si! Seulement... {Changeant de ton). Ce sont des lettres pour la revue...
MADAME LORNOY
Seulement quoi?
LORNOY, e« décachetant une lettre.
Seulement le silence a-t-il été prudent? Tu juges avec l'autorité de M""® de Staël, et moi je raisonne comme une vieille bête d'avoué, qui sait, tout de même, comment se défont les mariages et qui n'en connaît pas beaucoup ayant résisté à l'incertitude de la dot et à la déloyauté du capital.
MADAME LORNOY
Et vous eussiez trouvé très équitable d'obliger Henriette
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d'avouer Morier,qui n'existe plus pour elle depuis trois ans, et de dispenser André d'avouer M""" de Gizeuil, qui était sa maîtresse... hier?
LOKNOY
Hais pas du tout. J!entendais l'obligation réciproque. C'était pour moi la plus sûre sauvegarde contre Timprévu... Qui sait ? H"^* de Gizeuil existe. Elle est même très vivante. Henriette et elle se rencontreront. C'est un contact fâcheux... Et Morier, il n'est pas mort, que je sache. lia été des premiers à t'écrire lors de la fondation de la revue. Il voyage. Nous ne savons où il est. Mais enfin, il appartient à un monde qui n'est pas si éloigné de celui d'André! Ils peuvent être mis en présence... Ah! ce n'est pas impossible, un événement quelconque, je ne sais quoi, peut apprendre à Youzon ce qu'il ignore.
MADAME LORNOY
Ce sont là, d'abord, des suppositions invraisemblables...
LORNOY
C'est lavie I {Décachetant.)Tiens^ un anti-féministe résolu qui répond à ta question... (// lit.) « La femme doit avouer, et, s'il y a lieu, l'homme doit châtier. » Signé : «Thomas, ex-capitaine de gendarmerie. »
MADAME LORNOY
Eh bien, quoi qu'il arrive, je ne me reprocherai jamais ce que j'ai fait. Henriette a expié courageusement et cruellement. J'ai jugé qu'elle avait assez souffert pour avoir le droit d'être heureuse, et je me félicite d'avoir su l'empêcher de faire l'aveu d'une faute pour laquelle il n'appartient plus à personne de l'absoudre ou de la condamner...