‹ Le. P. Girard et lé̕ducation par la langue maternelleChapitre 15 sur 46 · SES SYMPATHIES POUR LA FRANGE · texte numérisé non relu

SES SYMPATHIES POUR LA FRANGE

çais. Il aima la France, bien avant qu’il eût à lui être reconnaissant des témoignages d’estime qu’elle lui prodigua dans les dernières années de sa vie (1).

Il avait pris peur cependant des tendances irreligieuses des assemblées révolutionnaires ; et cinquante ans plus tard la République de 1848 l’effraya de nouveau. Cependant, l’impression que lui causèrent par leur attitude les aristocrates français réfugiés en Suisse l’avait réconcilié en partie avec la Révolution.

La Suisse, en 1798, n’a pas subi seulement l’invasion des soldats français. « Nous les saluâmes, dît Girard, du nom d’amis, mais ils mirent à haut prix leur amitié...» : il y eut aussi l’invasion des émigrés, qui vinrent renforcer le parti rétrograde. «Les Français, écrivait plus tard Naville, devraient porter partout avec eux les lumières et la civilisation. Pourquoi faut-il qu’il s’en trouve qui préfèrent à cette noble mission celle de prêcher l’obscurantisme et de fomenter les discordes? » Tel était aussi le sentiment de Girard. Mais quand il eut appris de quelques-uns des réfugiés que, sous l’ancien régime, la France n’avaitpas d’écoles rurales, et que, même dans les villes, on laissait grandir les enfants sans culture, « comme les champignons dans les bois », il fut plus disposé à comprendre et à excuser les violences révolutionnaires. Il constatait que si la présence des royalistes français dans la Suisse républicaine avait peut-être fait gagner quelque chose à la politesse et aux belles manières, en revanche « ils y avaient importé leurs préjugés et le mépris

(i) Dès i8i6, Girard avait été noftimé membre honoraire de la ^ Société pour V enseignement élémentaire.

LE CARACTÈRE DU P. GIRARD

qu’ils affectaient pour le peuple ». Déplus, en matière d’éducation, ils favorisaient l’ordre des trappistes, qui, ministres d’un Dieu terrible, se proposaient pour but de briser la volonté humaine, tandis que Girard, s’éveillant déjà à sa vocation d’éducateur, ne voulait être auprès^des enfants que l’interprète d’un Dieu d’amour et de miséricorde, le Dieu de ^aint François de Sales.

Girard n’eut jamais une occasion plus décisive de manifester son esprit de conciliation, ses sentiments de large tolérance, et comment il entendait lui-même le christianisme, que pendant les quatre années, 1799-1803, qu’il dirigea l’église catholique de Berne. Il avait été ordonné prêtre en 1789 par l’évêque de Lausanne, Bernard de Lenzbourg, dont il dit c|u’« il professait la religion du Père céleste et de la fraternité des hommes », et qui fut si mal remplacé par l’évêque Odet, auquel succéda en 1803 un autre évêque ultramontain, IVP'’ Jenny. Dès lors Girard s’était consacré à son ministère de prédication et d’enseignement, soit au collège d’Ueberlingen, où il professa de 1789 à 1790, soit à Fribourg, où il enseigna la philosophie et la morale. Il y vivait en paix, lorsque Stapfer, qui depuis longtemps l’appréciait, le nomma ministre du culte catholique auprès des autorités de l’Helvétie. Girard hésita avant d’accepter : il demandait qu’on le laissât dans son monastère. Mais Stapfer insista : «Voulez-vous, lui écrivait-il, qu’un Graf, ou un Schœfer, ou un autre automate du même genj*e, vienne perpétuer ici ce préjugé que les cérémonies religieuses sont l’essence du wilte, ot qu’ils déshonorent le vôtre aux yeux des pro-

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